Cerveau sous contrôle

Mini Pouce

Me voilà prête à subir l’engagement le plus douloureux de ma vie. Pourtant jusque là je ne m’étais posée aucune question, à aucun moment je n’ai douté de mon choix.

Je suis dans cette pièce blanchâtre aux odeurs d’antiseptique, quelques personnes s’affairent autour de moi dans un silence plutôt impressionnant et surtout effrayant. Ma vue s’oriente davantage sur le plafond blanc dont la peinture apparaît un peu décollée à quelques endroits. Je suis allongée dans ce lit et une sorte de machine étrange est reliée à ma tête enfin pour être plus exacte à mon cerveau.

Il y a déjà des années que la science a fait des progrès techniques fabuleux, on peut choisir et faire de notre corps ce que l’on veut. Le droit de prendre des décisions qui vont bouleverser notre vision des choses, notre manière de vivre. Il parait que c’est une chance, il parait aussi que la science n’est pas à craindre au contraire elle est là pour répondre à tous nos besoins. On pourrait presque croire qu'on nous vend une télé... Le marketing est partout jusque dans nos têtes, là il n'y a plus de doute... On est bien dans ma tête.

La science peut-elle me rendre heureuse ?

Et puis là allongée dans ce lit, ces câbles sortant de ma tête, cette odeur violente qui me prend au nez, je ne sais plus.

On m’a dit qu’aujourd’hui en 2032 on pouvait décider d’oublier. Créer son bonheur, ou plutôt oublier ce qui nous chagrine. Oh bien sur cette chance n’est pas accessible à tous, mais seulement à cette population qui est digne de moins souffrir enfin plutôt ceux qui ont la chance de pouvoir se payer ce changement. Moi je peux me permettre de critiquer j’en fais partie, alors quand on m’a proposé de me sortir de ma chambre noire, quand on m’a proposé de la bonne humeur sur un plateau dorée, bas j’ai accepté. Qu'auriez vous fait d'autres ?

Comment était ce possible que je prenne une décision si important sans réfléchir ?

Flashback...

Ma famille désolée de me voir perdre mon enthousiasme et surtout épuisée de trouver tous les moyens possibles pour me sortir de mon lit. Il y avait aussi mes amis qui avaient finis par ne plus prendre la peine de me téléphoner, agacés de m’entendre leur dire non.

Depuis son départ ma vie s’était transformée en une pauvre routine, complètement dépourvu de joie, et surtout de passion. L’expression « métro, boulot, dodo » avait tout son sens pour moi.

Pourtant jusque là je respirais la vie, je croquais dedans à pleine dent. Je l'avais découvert et j’étais vite devenue accro à sa manière de vivre. Quand il a disparu dans les bras de cette autre, j’ai perdu toute ma joie et surtout il s’était barré avec tout ce qu’il m’avait apporté. Je me suis sentie vide, si vide...

Quand il a décidé qu’il m'avait tout donné, qu’il m’avait appris le bonheur et que c’était suffisant il est allé remplir sa mission avec une autre.

Il a laissé mon corps et mon âme sans vie, toute la force qui m'agitait s’était évaporée, comme si à l’époque j’étais le moins et qu’il était le plus, nos corps s’affrontaient et s’agitaient en présence de l’un et l’autre. En partant il ne restait plus que mon côté négatif et plus ça allait et plus je sombrais vraiment dans la négation.

Il me suivait partout, où du moins c’était plutôt nos souvenirs qui hantaient ma vie, alors un jour quand on m’a proposé de l’effacer de ma mémoire j'ai pensé que c'était la meilleure solution pour revivre. Il ne s’agissait pas d’oublier toutes ces années mais plutôt juste lui. Il allait me rester juste le sentiment d’avoir oublié quelque chose, et c’est tout ce que je voulais qu’il devienne « une chose ».

Je devais me réveiller le lendemain et avoir l’impression d’avoir oublié mes chaussettes sales sous le lit, pas plus. On peut facilement vivre avec ce sentiment, il suffit de laisser sa culpabilité de côté. Ma vie aurait repris son cours et j’aurai à nouveau eu des envies et des joies.

Mais là j’hésite, même si je souffre je ne suis pas certaine d’avoir envie de l’oublier, quand on a connu le bonheur on se sent vivant, notre vie n’a de sens que si c’est pour aimer. Je ne suis pas encore prête à oublier la chaleur de ses mains sur mon corps et encore moins le goût de ses baisers brulant et tremblant lorsqu’il s’agrippait à mes hanches. Si je souffre aujourd’hui c’est seulement du manque de lui, alors plutôt que d’oublier et de recommencer à nouveau la recherche du bonheur et du sens de ma vie sans avoir aucune idée de ce que c’est vraiment, il me faut trouver autre chose cette fois.

Me voici maintenant en quête. La quête, c’est l’homme qui refera battre mon cœur comme il a pu le faire et lors de cette recherche je promets de tous les rendre heureux à mon tour.

Je soulève mon corps dans cette frénésie et j’arrache tous les câbles qui pendaient autour de moi, je me lance dans une course à travers les couloirs de cet hôpital, je dois vivre.

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