C'était un rendez-vous... En Twingo

Mathias Dugenetay

Le mythique court-métrage de Claude Lelouch, version XXIème siècle, au volant d'une espiègle Renault Twingo

Paris, un homme se réveille seul dans une chambre d'hôtel. Il devra affronter les affres de la circulation parisienne pour rejoindre sa bien-aimée, en passant par les lieux les plus emblématiques de la Ville Lumière, de l'Arc de Triomphe à Montmartre.


Il est 5h, le Paris de Jacques Dutronc s'éveille. Moi aussi. Elle m'a laissé pour seul indice un mot indiquant « je t'attends à Montmartre ». L'esprit encore brumeux, je descends au sous-sol, après un café serré et une douche froide. Ma Twingo  m'attend. Sa teinte jaune poussin tranche avec la froideur du béton. Elle toise ses -ai-grises voisines de parking avec autant d'aplomb qu'un petit roquet face à des bergers allemands.

J'agrippe le petit volant et j'allume la radio. Ça sera Motown ce matin, avec Martha Reeves & The Vandellas, avec Dancing in the Street. La porte du garage dévoile les premiers rayons du soleil, à mesure qu'elle poursuit son ascension.

L'avenue Foch est déjà pleine de grosses berlines, toutes plus strictes les unes que les autres. Ma Twingo est un iceberg dans un océan d'austérité. L'Arc de Triomphe se dresse devant moi. Le tract que ressent chaque automobiliste avant de se lancer dans ce manège infernal monte. Je m'élance. Le turbo de mon TCe me siffle sa joie de vivre. J'arrive à me faufiler entre 2 4x4, qui ne s'attendaient sûrement pas à tant d'aplomb de la part d'une petite voiture.

Enfin sorti de cette jungle automobile, je m'élance sur les Champs Elysées. Les rayons du soleil soulignent les façades en pierre de taille des immeubles Haussmanniens, et la silhouette enjouée de ma Twingo se reflète dans les vitrines des enseignes les plus prestigieuses. Je passe ma main à travers le toit ouvrant pour m'imprégner de l'instant.

Plus le temps de flâner, la place de la Concorde pointe le bout de son Obélisque. Ne voulant pas connaître la funeste destinée de Louis XVI, je décide d'accélérer. Ma fiancée n'est pas du genre à attendre. Je donne un coup de volant pour m'engager sur la place. Les pneus de ma Twingo mordent le pavé avec appétit. Les touristes présents me lancent des regards étonnés.

Ma petite Renault grimpe avec entrain la butte Montmartre, pour ralentir devant la place du Tertre. Je sens l'ombre de Picasso rôder sur ce quartier où le temps semble s'être arrêté. J'imagine déjà ma Twingo réaliser son auto-portrait, en perpétuel mouvement, et toujours dans l'air du temps.

Un coureur du Tour de France vous le confirmera : les derniers mètres de l'ascension sont les plus longs. Je sais qu'elle m'attend. Dernière accélération, mon cœur se met à battre plus vite. Je la vois.

A peine arrêté je me précipite vers elle, et je la serre dans mes bras. La Twingo nous observe, avec ses petits yeux malicieux.

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