Colore-moi Chapitre 2

Alicia Lo


Blablabla… A peine cinq minutes avec elle et j'ai l'impression que mes oreilles se mettent à saigner. Alors que je m'apprête à remettre mon casque sur mes oreilles, le sort s'acharne à nouveau sur moi. Mon portable n'a plus de batterie. IL-N-A-PLUS-DE-BATTERIE. C'est une blague ? Quelqu'un veut ma mort ? On m'a forcément jeté un mauvais sort !

            Alors que j'effectue une liste de mes potentiels ennemis, ma malédiction me rattrape.

« En fait, je m'appelle Margaux ! Et toi ? »

            Elle me sourit. Ses parents ne lui ont jamais appris à se méfier des inconnus ?!

            Comme je ne lui réponds pas dans la seconde et que je laisse un blanc, elle se sent obligé de le comblé.

« Oh je sais ! Laisse-moi le deviner ! »

Ok ! En espérant qu'elle passe les dernières quarante-cinq minutes à parler seule quand soudain ma mâchoire se décroche sous ses prochains mots.

« Clément ! », me dit-elle toute fière et sûre d'elle.

DEMON ! C'est forcément un coup monté ! Où est la camera ?! Quelle est la supercherie ?!

« Ahah ! Tu devrais voir ta tête ! S'est-elle mise à sourire à pleine dents. La grande pochette verte, c'est donc bien la tienne ! Il y a ton prénom marqué dessus. Je l'ai vu quand j'ai voulu mettre mon sac à côté et… après il t'est tombé sur la tête… Est-ce que ça va en fait..? »

Je me suis arrêté de l'écouter. Pas par ennui cette fois mais à cause de son rire. J'ai eu littéralement le souffle coupé. J'aimerais vous dire que c'est à cause de sa mauvaise haleine mais il n'en est rien. Ce sourire, je n'en n'ai jamais vu de semblable, il est si… pur. Je suis resté planter là, devant elle, sans qu'aucun son ne puisse dépasser mes lèvres.

Cette expression sur son visage, contrairement à cette couche épaisse de maquillage et ces faux travers, ce sourire, il était sincère et vrai.

« Eh, pourquoi tu me regardes comme ça ? » M'a-t-elle sorti de mes pensées, un sourire au coin des lèvres. Est-ce qu'elle a déduit mes pensées comme elle a déduit mon prénom ? Ma bouche reste scellée. C'est la première fois que je ne sais pas quoi répondre à quelqu'un. Je ne sais pas quoi lui répondre et j'hésite comme si ma vie en dépendait. Etrange sensation.

« Tu ne sais pas parler ou quoi ? Ne t'inquiète pas ! Je sais faire la conversation ! Tu descends à Reims ! 

-       Oui… C'est aussi marqué sur ma pochette? Dis-je intrigué.

-       Non ! S'exclame-t-elle tout sourire. Mais Reims c'est le terminus ! »

Je me sens assez bête mais elle ne se moque pas et reprend.

« Tu fais des dessins ? Je demande ça par rapport à ta pochette.

-       Oui.

-       Je vois… Et c'est juste pour le plaisir ?

-       Oui, et non. Je suis en terminale littéraire spécialité arts plastiques, disons que je m'exerce pour mes dossiers à monter pour le bac. »

Je me rends compte que je parle plus que je ne le voudrais et que je ne peux simplement plus m'arrêter. L'art est ma passion.

« Eh bien ! Spécialité art plastique… Je vois, je vois ! Je ne connais strictement rien à l'art ! On a encore quarante minutes devant nous. Tu crois que tu pourras faire de moi une critique d'art avant l'arrivé du TGV ? » M'a-t-elle défié avec un regard espiègle.

Elle est plus intéressante qu'on ne pourrait croire au premier regard. Les prochaines quarante minutes risquent de passer trop vite.

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