Chapitre cinq

shuyler

«Un nouveau départ habillé de noir.»

PDV Logan.

Le soleil se lève, annonçant le décompte des derniers jours qu'il me reste à vivre ici... Je n'ai pas dormi de la nuit. Elaura m'avait appelé, inquiète, me demandant pourquoi je n'étais pas venu à notre rendez-vous habituel.

A cet instant, j'aurais voulu tout lui avouer. Tout lui raconter, lui demander de m'aider. De m'accompagner. Mais je n'avais rien dit, de peur qu'il lui arrive quelque chose que je n'aurai pu me pardonner. Au final, je l'ai seulement prévenue que je ne viendrais pas en cours. Et aujourd'hui, je reste à la maison, cherchant une excuse qui peut convaincre ma tante de me laisser partir. Je sais qu'elle n'acceptera jamais que je fasse un service militaire, alors je penche pour l'idée de m'émanciper, prétextant avoir besoin de recul sur cette ville, de voir du nouveau et découvrir le monde, de me chercher... Au final, ce mensonge est un peu vrai. Par la même occasion, je me demande pourquoi j'aide Drame et Erin, pourquoi je les aide, alors que je peux ne pas accepter ? C'est sûr que l'idée de faire du mal à Elaura me dégoûte au plus au point. Mais il y a autre chose, je le sens...

Il est déjà l'heure, je n'ai pas vu le temps passé, plongé dans mes réflexions je n'entends pas ma tante rentrer. Je prends mon courage à deux mains, et descends pour lui parler de mon émancipation.

-Bonjour !

-Bonjour mon grand, tu vas mieux ? me demande-t-elle avec un air soucieux.

-Oui. Mais, j'aimerais te parler de quelque chose d'important. je lui dis d'un ton grave.

-Dans ce cas, asseyons nous.

J'attends qu'elle s'installe confortablement avant de lui dire :

-Voilà, j'ai besoin de m'émanciper.

Un ange passe. Je ne sais pas à quoi elle pense en ce moment, mais elle m'a l'air perdue. Après quelques minutes de silence, elle reprends la parole :

-Tu veux t'émanciper... Mais pourquoi ? Tu n'es pas bien ici... avec moi ? Elle a les larmes aux yeux.

Mais dans tous les cas elle aurai eu mal, alors je préfère la rassurer.

-Le problème n'est pas là. Je suis ici depuis tout petit, j'ai besoin d'un changement d'air, d'environnement...

-Mais où vas-tu aller ?

-Il me faut du recul sur cette ville, je pense aller assez loin...

Les larmes lui coulent silencieusement des joues.

-Mon petit...

-Ne t'inquiète pas, ce ne sera pas pour toujours. J'ai juste une phase où je dois me chercher...

-Et, pour Elaura, comment tu vas faire ?

-Je reviendrai.

Elle ne répond plus, s'excuse et monte dans sa chambre. Je suis inquiet, mais je sais qu'elle s'en remettra. Je monte à mon tour dans ma chambre, et prépare une petite valise avec les choses les plus utiles. Des vêtements de rechanges, de la musique et un peu de lecture. Ainsi que mes dessins d'Elaura et des photos de cette dernière. Drame s'occupe des armes, et Erin de la nourriture. Je leur fait confiance.

Il est vingt heures, je descends et vois ma tante sur le canapé. Je la rejoins. Un long silence commence à peser lorsqu'elle me dit :

-C'est d'accord pour ton émancipation. A ton age, ton père s'était aussi émancipé. Je me demande si c'est héréditaire cette manie ! Elle prononça ces mots avec un petit rire que je ne lui connaissait pas.

-Merci ma tante.

-Tu vas me manquer mon grand...

Après ça, s'ensuit une petite semaine de cours qui parût affreusement longue. En milieu de semaine, avec ma tante, nous avions décidés de faire les papiers pour mon émancipation. A ce jour, tout est en ordre. J'ai revu mes nouveaux compagnons, et nous avons mis au point les derniers arrangements pour ce week-end. Et, Eaura m'a évité quand je lui ai appris la nouvelle.

Aujourd'hui est mon tout dernier jour ici. Après le diner, je passe chez Elaura. Je patiente longuement avant que cette dernière ne m'invite à entrer. Je la suis, montant silencieusement dans sa chambre et elle s'allonge sur son lit, mettant son casque audio sur ses oreilles. Je remarque que sa mère n'est pas à la maison ce soir.

J'attends encore un peu avant de me jeter à l'eau, puis m'approche. Elle m'aperçoit, retire son casque, et pose un regard interrogateur sur moi. Mais aucune réponse ne vient. Elle me fait signe de venir sur le lit, et nous nous allongeons ensembles, en regardant le plafond étoilé de sa chambre. Nous restons ainsi longtemps, le soleil décline à travers sa fenêtre. Je me relève, et décide d'enfin lui avouer mes sentiments.

-Elaura, je dois te dire quelque chose... je laisse ma phrase en suspend, et elle se relève à son tour.

-Si c'est pour me dire que je ne dois pas m'inquiéter et que tu reviendras, laisse tomber. Je préfère attendre sans me faire de faux espoirs. Qui sait qui tu pourrais rencontrer là où tu pars ? Qui sait ce qu'il pourrait t'arriver ? Qui sait... elle fini sa phrase en pleurant à chaudes larmes.

C'est alors que je fais quelque chose dont je ne me pensais pas capable. Je me rapproche d'elle, prends son visage dans mes mains, et essuie ses larmes. Je la regarde longuement, et, presque instinctivement, mon visage se rapproche du sien. Je finis par l'embrasser pour la première fois. A ma grande surprise, elle m'entoure de ses bras fins, et me rends mon baiser. Après quelques minutes, étant essouflés tous les deux, nous mettons fin à cet instant magique. Elle me regarde, un air perdue sur le visage. Je n'oses plus rien dire. Et si elle m'aimait elle aussi, depuis tout ce temps ? Une phrase mit vite fin à ma rêverie.

-Logan, je suis désolée. Je... Tu devrais y aller, sinon tu risque d'être en retard...

Je m'exécute sans dire un mot, sort de sa chambre, et marche tant bien que mal vers la sortie. En rentrant chez moi, je me remémore l'instant partagé avec E. un peu plus tôt, et prends ma valise. Je dis au revoir à ma tante, qui me serre fort dans ses bras, et marche jusqu'à la forêt. Il est 22h00, et j'ai peur de ce que je suis en train de faire...

PDV Elaura.

Pourquoi a-t-il fait ça ? Pourquoi je lui ai rendu ce baiser ? Si je me suis tellement éloignée, c'était pour avoir moins mal. Alors pourquoi a-t-il fallu qu'il vienne quand même ? Pourquoi ai-je craquée comme ça ?

Il m'abandonne, sans raisons valables, et je ne fais rien pour l'en empêcher. Je ne suis qu'une idiote. Après tout ce que l'on a partagé, il part sans se retourner, et je le laisse faire...

Sur un coup de colère, j'ouvre mon armoire et enlève tous mes vêtements colorés. A la place, je mets tous ceux noirs et amples que j'avais gardé dans un carton. Je savais bien qu'ils me serviraient encore un jour. Par la même occasion, je remplace toute ma playliste par des chansons tristes que je n'ai pas écouté depuis fort longtemps. J'espère que lorsque ma mère reviendra de son voyage, elle ne remarquera pas trop le changement.

Il est 22h00, et depuis que Logan est partit, je ne suis plus la même. Un changement soudain pour un départ qui l'est tout autant.

Je m'endors, me noyant dans mes larmes, sur cette dernière pensée : un cœur qui a appartenu à quelqu'un aussi longtemps ne peut plus battre tout seul...


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