Dernier chapitre

Sergueï Bonal

 

Hôpital, chambre de Gunnar, 8 heures du matin

 

Assis près du lit, Stewart fixe Gunnar salement amoché. Il lit le rapport médical en souriant.

– Je ne t'ai pas loupé, mâchoire fracturée, dents fêlées, côtes brisées et j'en passe. Je suis assez content de moi ! Malheureusement, les médecins disent que tu vas t'en sortir. Que veux-tu, on ne peut pas toujours gagner. Mais si tu n'es pas encore mort, crois-moi, en prison, tu vas prier pour mourir. Tout le monde sait ce que tu as fait à ces pauvres gamines. Tu vas trouver le temps sacrément long, moi je vais m'extasier en te voyant prier. Un conseil : si j'étais toi, je me flinguerais là, tout de suite. Car ce que tu viens de vivre n'est rien à côté de ce que tu vas endurer. Pourquoi ta nièce ? Et pourquoi avoir enlevé ces filles ? Pour le trafic de ton fils ?

Gunnar se redresse sur son lit. D'une voix faible, il dit avec froideur.

– Ma nièce, pour me venger de mon frère. Pourquoi la violer, disons que j'en avais envie ! Mon frère devait payer pour ce qu'il m'a fait. Pour les autres, je voulais m'amuser. J'ai appris assez tard ce que faisait mon fils dans les sous-sols. Puis quand je l'ai su, je lui ai proposé mon aide. Je lui trouvais les filles, il me donnait de l'argent tout le monde y gagnait. Ma femme ne me désirait plus. Alors, quand je suis passé devant le lycée un jour et que j'ai vu cette fille, j'ai craqué. Ça aurait pu être une autre ! Vous vous attendiez à quoi ? Comme j'ai perdu ma fille, je voulais la remplacer. Oh, pauvre petit Gunnar ! Rien de plus, ça s'arrête là. Je me suis vengé de mon frère et je me suis amusé avec les filles. Par la même occasion, j'ai aidé mon fils dans son affaire au sous-sol. Avant que mon frère ne décide de tout dévoiler, tout allait bien. Arthur vendait ses filles, je lui en fournissais et personne ne disait rien.

Un médecin arrive et fait sortir Stewart. Gunnar fait un petit geste de la main avant que les rideaux ne se ferment. Stewart est accompagné par des collègues jusqu'à l'entrée. Plus tard, dans la journée, il passe à la maison pour nous inviter à manger. Durant le repas, je regarde tout le monde, Marcus, Maman, Stewart, Camilla, nous sommes tous réunis. Je me sens libéré, le livre est enfin terminé. Je me repasse la fin inlassablement dans ma tête.

Après des années de silence, la vérité éclate enfin. Mon éditeur s'empresse de le lire et de l'éditer. D'ici quelques mois, tout le monde découvrira la sombre vérité sur la famille Rupertz. Marcus fier de moi, m'a annoncé que ce livre allait faire un succès phénoménal. Mais je me fous pas mal de la réussite, ce que je veux c'est honorer la mémoire d'un homme innocent.

Trois semaines plus tard

 

Je me tiens de nouveau devant une foule immense. Les caméras sont braquées sur moi, tout le monde attend la lecture de mon nouveau roman. Le silence se fait, mon auditoire me regarde. Je n'arrive pas à commencer, ma gorge se noue. Je ferme le livre et fixe mes lecteurs.

– Avant toute chose, je vais vous parler de Ralph Rupertz, l'homme pour qui j'ai écrit ce roman. Monsieur Rupertz m'a commandé un livre policier. J'ai accepté, durant des semaines, j'ai appris à le connaitre ainsi que le reste de sa famille. Tout au long des recherches, j'ai compris qu'un lourd secret planait autour de lui. Et j'ai mené ma petite enquête. Mais j'ai découvert une sombre et terrifiante affaire de meurtre. Ce roman est une histoire vraie qui a débuté il y a plus de dix-huit ans. Sachez, avant toute chose, que Ralph Rupertz est innocent dans cette affaire.

Après ces quelques mots, j'imagine Ralph près de la porte d'entrée à écouter ma lecture. J'ouvre le livre et lis du mieux que je le peux.

 

 

 

FIN

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