Du sable dans les moules (2)

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Du sable dans les moules (2)


 

Je palpe mon flingue qu’a pas quitté son berceau toujours bien au chaud ! Et je donne un coup de projo sur le dehors. Avec toute cette sauce qui tombe du ciel, j’y vois que dalle, mais assez pour me dire qu’on n’est plus dans Pantruche, mais dans un coin qui sent bon le traquenard !

- Dis-donc Nénesse, faudrait voir à te remettre dans le droit chemin parce que sinon, il va t’arriver des bricoles !

- Ah, Madame est réveillée ! Encore un peu, et tu roupillais jusqu’à la livraison !

- Tu t’égares, Nénesse ! Il va y avoir du grabuge dans ta caisse et je vais te garnir le buffet d’un peu de plomb pour de te lester la panse !

Je sais pas pourquoi j’y balance cette phrase ! C’est certainement pas pour lui coller la trouille vu qu’il est gaulé comme un coffre-fort le Nénesse ! Juste que le premier truc qui me passe dans le crâne. Si j’avais la moindre idée de ce qui allait m’arriver, je vous jure que j’embrasserais sur la bouche celui qui filerait l’info ! Même si c’était l’Abominable Homme des Neiges en personne ! Faut dire que c’est pas banal de se faire prendre en taxi pour se retrouver au fond de la banlieue sans avoir de ticket pour le retour ! Tout commissaire Sania que je m’appelle, il y a de quoi y réfléchir à deux fois avant de se laisser alpaguer par une bande de tire-laine qu’en ont après toi ! Parce que, c’est sûr comme deux et font quatre que le Nénesse me balade pas pour mes beaux yeux ! Il faudrait être sacrément cruche pour y croire ne serait-ce qu’une seconde ! Je peux rester les bras croisés et la bouche en cul de poule, il faut pas s’attendre à un miracle ! A ce qu’on en dit, c’est fini depuis belle lurette les miracles ! Surtout dans la maison poulaga depuis que les truands ont pris la sale habitude défourailler sans te demander comment ça va à la Santé !

Dans le rétro, je vois ses yeux qui s’allument en même temps qu’une sorte de rictus qui voudrait ressembler à un sourire. Avant qu’il ait pu réaliser ce qui se passe, il se retrouve avec mon pétard collé dans le dos, juste séparé par le siège et ma carte de police sous le pif !

- Ecoute un peu gros lard ! Ce que je vais dire, c’est pas du boniment pour lopette ! Va falloir que tu t’astiques le caberlot, je le répéterai pas deux fois ! Tu vas te ranger bien gentiment et tu vas me foutre le camp de là ! Mais, parce que dans la vie, il y a toujours de mais ! C’est comme ça ! T’y peux rien et j’y peux rien ! Va falloir que tu me balances ton tôlier si tu veux conserver tes valseuses en bon état de marche ! je suis pas sûr qu’une balle de 11,43 ça fasse pas du dégât du côté de ton bas-ventre si d’aventure, il me prenait l’envie d’essayer !

- Ecoutez, tout ce que vous voulez commissaire, mais faut pas me demander de balancer ! Je suis un homme mort !          

- Si tu crois que je suis une première communiante, mon Nénesse, il y a comme qui dirait gourance ! Tes états d’âme, c’est avant qu’il fallait y penser ! Maintenant, t’es plus en état de discuter ! Balance où je me sers de tes couilles comme cible ! Descend de ta charrette ! Tu vas connaître les joies de la marche à pied ! Tu verras, c’est bon pour le cœur ! Enfin, c’est que disent les docteurs ! Dis-moi où on est !

- Commissaire, on vient de passer Pantin et on file sur Bobigny ! Pour le reste, je peux rien vous dire de plus !

- Mon bon Nénesse, je voudrais pas te causer du tracas, mais j’ai pas l’intention de moisir ici avec toi ! File moi tes pognes que je te passe les bracelets et ensuite, direction le coffre de ta tire ! Tu seras au frais jusqu’au Quai, chez la maison poulaga ! Le Vieux sera ravi de t’entendre en confession !

Faut croire que le kawa me faisait défaut, à moins que ce soit le calva et que j’avais le cerveau dans la brume ! C’est quand j’ai vu la camionnette qui faisait une embardée en klaxonnant tout ce qu’elle savait que j’ai pigé que le Nénesse était pas tout seul !

Les bastos qui sifflent, la commissaire à plat ventre sur l’herbe mouillée et à peine le temps de mettre ce putain de bahut en joue, qu’il disparaît dans le décor !

Je peux me vanter d’avoir des réflexes pas trop émoussés ! Si je suis encore de ce bas monde, c’est que les galipettes, ça me connaît ! Ca ne se commande pas ! C’est plus fort que soi ! Au moment où tu dis qu’il serait temps de penser à une petite prière au cas improbable qu’il y aurait du monde là-haut pour t’attendre, c’est fini ! Tu te relèves et tu te secoues les plumes avant de repartir ! Ce réflexe, faut croire qu’il était pas donné à tout le monde ! En tout cas, pas à Nénesse ! Il était affalé, à moitié dans le coffre et il pissait encore le sang ! Il avait pas eu de chance dans son malheur, le bougre ! Ils lui avaient explosé les couilles en le sulfatant !

Je fais le tour de la chignole pour me dégourdir les arpions et histoire de retrouver des douilles s’il y en a ! Je nage en pleine purée de pois ! Faudrait pas prendre la commissaire Sania pour une truffe ! Elle est pas encore prête à se transformer en omelette ! Et c’est pas œufs qu’elle va casser, la petite ! Un peu fumasse, je fouille mollement dans l’herbe devant les phares. Je vois un petit machin qui brille. Putain ! C’est de la bastos ! Ca doit être à vue de nez de la sulfateuse russkoff ! Je ne sais d’où, ils tiennent leur joujou, ais ça doit pas être de l’héritage de tante Zoé ! Il me reste plus qu’à finir de charger le Nénesse dans le coffre et direction le Quai ! Il fera plus clair quand il fera jour comme dirait un allumeur de réverbère aveugle !

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