Echouage de nuit

loinducoeur

Il y a aussi la nuit qui tombe sur nous sans prévenir. Déjà que tu avais du mal à voir le jour depuis que l'automne s'est installé. Maintenant c'est pire encore, tu me laisses sans espoir d'en sortir intacte. Tu sais que le doute me ronge les sangs et pourtant tu ne fais rien pour me rassurer. Plonger dans ton corps me donnerait peut-être l'illusion d'un feu de paille éblouissant mais brûlant.

Tu crois que je vais te le dire ce mal qui m'étrangle. Tu attends encore que je te dégueule cette souffrance muette et sourde à la fois. Calvaire ironique et fantasme de colère froide se rencontrent dans le silence nocturne. La nuit est bien pire que le jour. Collé à ta peau, je transpire mon angoisse comme un manque d'horizon.

Plus tard, il a fallu que je sorte de là. De ce lit qui pue la peur. Je me suis assis dans ce fauteuil, souriant à moitié de mes couilles au contact du cuir vieilli. N'est-on pas mieux, dépourvu de ces draps qui masquent nos blessures intimes ? Le froid m'oblige à rassembler mes restes d'énergie refoulée. Ma main pend inutilement de l'accoudoir. Bien loin de te toucher, de te caresser les courbes, elle végète. Est-elle le seul témoin de cette nuit sans amour ? 

J'aimerai voir la lune me percer de son rayon blanc. J'aimerais crier au loup comme un chien affamé et solitaire. J'aimerais pleurer aussi mais rien ne veut couler de mon corps. Je suis tout entier nu à l'intérieur. Nu ou vide de toi, qu'en penserais-tu ?

Je m'endors un instant, épuisé par les vagues creuses de mon errance. Une plage blonde et douce voudrait-elle de moi ? Je suis prêt à m'y abandonner sans mot dire pour la nuit. Echoué là, submergé par l'ombre, rejeté par la mer et pourtant encore tiède, je ne rêverai plus de toi.

Le calme m'envahit, me grise presque. Un souffle balaye le salon. Est-ce déjà le jour qui se pointe ? Attends ! Ne bouge pas ! Sens comme ton coeur est devenu froid. 


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