Eux, et nous

june

Petite observation (un peu romancée) d'un microcosme social parisien, observé il y a quelques années lors d'un "petit job" ...

 Les cravatés arrivent, fin prêts pour le souper d'affaires. Vestes impeccables, attachés-case identiques. Ce matin je l'ai laissé au pressing chérie, tu sais le complet Armani que tu aimes tant. J'ai mis le Valentino, excuse-moi. Ils vagabondent comme des gamins, attentifs à la moindre distraction, petits fours, idiotes au sourire vain, ou encore coupes de champagne. Mais les affaires sont les affaires, c'est ce que j'ai dit à François pour le pot de départ de Martine. Les portes s'ouvrent, fébrilité, ébriété et sobriété pour les plus désuets. Mais ma tête, ma tête me tourne tu vois, un peu comme si tu m'avais emmenée dans un manège. Ils tentent de se convaincre que le monde est beau en billets de cinq-cent, à grands renforts de sourires de stratèges. Je vous montre ma carte d'identité, je n'ai pas besoin d'émettre un seul son tout le monde sait qui je suis. Mais oui tu te rappelles le gala de charité pour les pauvres, tu es bien bonne c'est toi la pauvre qui te fais tout le temps avoir. Soudain, le goût du sang dans la bouche, un bedonnant s'essuie les mains aux toilettes. Il se regarde dans la glace, menton affadi par des années requines, à dîner avec quelques investisseurs pour conquérir le microcosme. Il regarde les autres, et envie un de ces vestons Calvin Klein. Il a le modèle de l'an dernier.  Il s'est fait une tache. Infime, celle-là. Et cette femme, qui laisse la coupe de champagne sur les marches. Il aimerait être aussi désinvolte, mais il doit produire. C'est papa qui l'a dit, Maurier de père en fils. Il est chanceux : il a sa femme, et son assistante, pour les coups durs. Encore materné, aux vieux relents libidineux. Mais oui chérie Chong va faire la vaisselle elle ne s'appelle pas Chong ah pardon oui c'est Tiong, c'est vrai que je devrais le savoir depuis le temps. Parfois, ils ont la nostalgie de la fleur qui pousse sur le monticule de terre. Pour se racheter, ils consomment local. Cent euros les chaussettes made in France, en poils de perlinpinpin. Une femme se précipite vers la porte. Personne. Tant mieux. Elle ferme la porte à clés. Elle sort la carte imagine R, le sachet. Ce truc là, ça permet d'être plus performant. Même plus besoin de dormir. Il suffit d'être discret. Et le nez ne démange pas toujours. Illusion de l'or, sur fond de crise économique. Les autres, les discrets, ceux qu'on regarde à peine, fonctionnels. Pour vous servir, mon cher. Ils passent entre les groupes pour proposer à manger, surveillés de près eux aussi. Mais mon cœur s'est fermé jusqu'à l'écœurement, voilà ce que pense Madame Coke. Je ne suis plus qu'une horloge réglée sans arriver à me l'avouer. Je cours, je cours pour avoir l'air importante. Mon sac Chanel, plutôt derrière, il faut en prendre le plus grand soin. Mais pourquoi ils me regardent tous avec insistance qu'est-ce que j'ai sur la tête sur le nez sur les bras. Peut-être qu'ils savent. L'homme consomme plus qu'il ne peut produire depuis un certain temps, dit l'un. Pas mon affaire, dit l'autre. La nature, des foutaises. Un bout de branche dans un vase, voilà ce qu'ils veulent aujourd'hui. Du jeune, du branché.

  • Eux et nous...et tout ce qui nous sépare...!
    ;)

    · Ago 12 months ·
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    wan

    • Et tout ce qui nous sépare, effectivement, tout un monde ...

      · Ago 12 months ·
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      june

  • Rien à ajouter, si ce n'est que j'adore. Merci pour ce texte, june!

    · Ago 12 months ·
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    Noire

    • Merci beaucoup :) !

      · Ago 12 months ·
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      june

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