Féria de Pâques-Arles 1970

Al Prubray

Comme les bulles d'une limonade au citron, les souvenirs d'enfance remontent à la surface quand on regarde le ciel d'avril

Pâques


Pâques est là et donne l'heure !

Il est venu le temps des combats !

Les feuilles tendres montrent leurs doigts;

Il est printemps, on se réveille

Avec la fanfare le Réveil du Delta.


Sur les quais gris dans la Roquette,

Elle sonne fort comme un mistral,

Elle tonitrue et te transperce,

L'air de la fête des mises à mort.


Sous la mitraille de la caisse claire,

Les basses vibrent jusque dans tes os,

Elle sonne claire l'heure des corridas,

Celle du sang, du sable, et du lilas.


Quand elle s'arrête Boulevard des Lices

En plein midi, la lumière te foudroie.

On entend descendre les taureaux.

Et tu regardes les gardians,

Volant au dessus de la foule comme des anges.

Puis les chevaux apparaissent,

Et c'est trop tard !

L'animal noir est déjà là ; sur toi il fonce

La tête basse la corne droite ;

La peur te prend et tu sursautes,

Et tes jambes vont plus vite que toi,

Tu est déjà derrière la barrière

Et tu vois l'autre qui était avec toi,

Nono, sous les sabots du taureau.


Ton cœur palpite comme celui d'un poulet,

Celui figé dans la cage du lion,

Livré tout vif pour le repas,

A la ménagerie de la Croisière.


Cette lumière du jour de Pâques

T'illumine comme le Christ !

Tu est lavé et blanc comme l'hostie,

Comme la feuille de pain azyme

Qui recouvre le nougat,

Chose sacrée pour les enfants

Qui vont et viennent

Et s'y cassent les dents.


Nougat qu'on donne pour adoucir

Leur vie d'enfant qui prend des gifles,

Pour l'enfermer dans le mensonge,

Du sucre blanc autorisé.


A celui-là ils préfèrent

Le noir réglisse le Carambar,

Le Malabar rose et obscène

Comme une langue qu'on étire,

Celui des filles de préférence,

Que les plus grands vont chercher dans leur bouche.


Et en juillet on t'arrachait,

Au ciel bleu éternel de l'été,

A l'ombre des pins parasols,

Aux cris d'enfants sur sable blanc.


Fini de jouer au torero,

Dans la poussière de la terre battue !

Derrière la barre d'immeuble,

Fini de jouer au toro,

Avec une fourche de vélo,

Ou des cornes emmanchées dans un liteau

Et une cape en drap de lit.


Nougat des tendres années !

Comme sont tendres les jeunes pousses

Des arbres blancs des bords du lac

Dans ce Vichy de mes vacances

Où tout est blanc ou tout est bleu

Comme l'eau au fond de tes yeux.



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