Fin de l'autarcie(15)

Alain Balussou

pièce 15 de DESHERENCE-parag 1, Les Prémices
        Car ils vont mourir. Les hommes. L'homme.
Et l'idée. Après avoir toujours vécu ici, pareil aux
bêtes-noble-grâce à la terre, au soleil, l'homme
partit. L'autarcie enfin liquidée.


C'est un village abandonné.
De loin, par toutes ces ruptures
de forêts claires à obscures
rien ne le laisse deviner.


On n'en voit pas une muraille
debout. En ce fond de vallée
le temps a très bien travaillé
et continue, le temps travaille


à casser un dernier linteau,
la belle pierre sous laquelle
passe l'ombre de ceux et celles...
mais cela cessera bientôt.


Qui parle à ces ruines désertes ?
Une fontaine de mille ans
de note unique qu'en coulant
produit l'eau, dans la vasque verte


cernée d'énormes tilleuls creux
où des chats vacants-don étrange,
je peux les voir-dormaient aux anges,
dormaient, le jour, souvent par deux.


Au mois d'octobre, à dix-huit heures
la nuit tombe. Comme en banlieue.
Je ne sais, naïf, penser mieux
que la vieille fontaine pleure.


Ici, le soir, même le bruit
de l'eau signe la fin de l'homme.
Dans cet endroit entre au prodrome
l'inquiétude des lieux détruits.

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