Frankie (seul en scène, extrait)

Olivier Ducray

"Frankie",

De Stéphane Hausauer et Olivier Ducray, avec Stéphane Hausauer, mise en scène d'Olivier Ducray

Avignon off 2009, Théâtre Darius Milhaud Paris (octobre-décembre 2010), Avignon off 2011

Synopsis:

Frankie? C'est l'animateur de nuit sur Spleen FM à Montluçon. Il vaut mieux en rire. "L'humour - c'est important l'humour". Le micro une fois éteint, Frankie s'abandonne à son monde secret. Un passé obsédant, une vie fantasmée qu'il traverse comme un film. De chez lui à sa boîte de nuit préférée, d'une discrète visite au cimetière à un curieux speed-dating, Frankie nous ballade. Au rythme d'une bande son hors du temps, un bout de chemin cocasse et... de plus en plus inquiétant.

Tableau 4 / Speed-dating ("FAITES ENTRER L’ACCUSÉ")


Frankie attablé, face public...


Attends, attends… Attends ! (un bref temps) C’est parti ! 7 minutes ! C’est marrant, je racontais tout à l’heure à celle d’avant… euh, je sais plus… on s’en fout… bref que j’ai du remonter chez moi, j’avais oublié de programmer l’enregistrement. Quand je peux pas le regarder parce que je sors, je l'enregistre et je me le passe en rentrant... c’est mon petit péché mignon. Hein ? Enregistrer quoi ? Ben enregistrer Faites entrer l’accusé on est mardi… tu parles, c’est sacré !

Hé, approche-toi… Y a vraiment des gars un peu tordus... toujours des hommes d’ailleurs les accusés : à croire que les femmes elles se font jamais chopper ! Toujours victimes... Ben voyons ! Ca c’est la télé parce qu'entre nous dans la vraie vie, y en a des folles, hein ! Vous êtes trop malines. (un temps)


Tu sais moi j’apprends des choses devant Faites entrer l’accusé. Tu vas me dire on apprend toujours plein de choses devant la télé, mais là particulièrement ! Ben hé, tu sais toi lester un corps avant de le jeter à la flotte ? La télé ! Nettoyer le sang sous du lino ? La télé ! Découper une hanche ? La télé ! On t’apprend pas ça à l’école ! C’est con d’ailleurs. Un jour ou l’autre ça peut s’avérer utile... un jour ou l’autre...

Non et puis au hasard des affaires qu’ils évoquent, je fais des recoupements en fait. Y en a qui découpent, ben moi je recoupe (rire con)...

Tiens par exemple, un recoupement évident, les orphelines disparues de l’Yonne, hop disparues : comme ma mère ! En plus disparues dans l’Yonne, Lionne : ben comme moi, du 15 août ! ...bref y a beaucoup de similitudes ! Beaucoup trop... C’est troublant... (un temps) Hein ? Elle est où ma mère ?

Eh ! A la fin quand le journaliste il met son cuir sur les épaules (Frankie se lève pour mimer le geste) – mais non te lève pas toi, c’est juste pour te montrer ! La classe qu’il a, hein, t’es d’accord… quand il sort en coupant la lumière comme ça là (mime le geste en fredonnant la musique)


Hier en éteignant j’ai pensé : est-ce qu’il y a pas un petit Emile Louis qui sommeille en chacun de nous ? Un bon gars comme ça qui conduit un bus et puis un beau matin ça dérape. Pas le bus, Emile... Ben eh ils feraient pas une émission entière sur un bus qui dérape non plus (rire con puis très bas) …elle est marrante…

Tu t’rends compte, ils disaient que « Mimile » il les enterrait en forêt, il se souvenait où, des années après. Ben il a pas mis longtemps, il a reniflé trois secondes. Comme les cochons qui vont aux truffes. C’est pareil. A part que le corps décomposé d’une orpheline au kilo ça vaut moins que la truffe. Et puis c’est moins bon râpé sur les pâtes ! (rire) Je plaisante, c’est pour détendre un peu l’atmosphère... L’humour, c’est important l’humour.

On est mieux à Montluçon, non ? Ici, à part un ou deux nourrissons oubliés dans un local à poubelle, c’est quand même plutôt tranquille. Oh et puis oublier, ça arrive...

La plupart du temps ils disent que c’est une affaire qui révèle une autre, plus ancienne ; il faut rouvrir le dossier bien des années après pour démêler le vrai du faux... C’est un merdier leur histoire à chaque fois ! On a l’impression qu’ils le font exprès. Et que j’t’ouvre une instruction, et que je la referme et que j’la ré-ouvre… Moi, mon instruction je l’ai clôturé en troisième. Au moins ça c’est fait ! (rire) Ah, c’est bon de rire hein ? C’est tellement bon... (soudain et sec) Pourquoi t’arrêtes pas de regarder ta montre, comme ça ? Me dis pas qu’on y est déjà aux 7 minutes, t’es la troisième avec qui je discute ce soir, j’en ai toujours pas entendu une seule ! Vous avez rien à raconter ou quoi ?

(off : sonnerie... la jeune femme part immédiatement) Eh mais…

(à lui-même) Oh merde, c'est frustrant, on commençait tout juste à... à s’apprécier ! 

(O.Ducray)

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