Irrésistible

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Irrésistibles

Une cigarette entre les lèvres, son petit mac posé sur ses genoux, dévorant sans goût un paquet de chips allégé dans son club décoloré. C'est toujours comme ça que débute la soirée pour Marie-Alice, rentrée encore trop tard du boulot. Elle sait comment ça se terminera, un bain et au lit. Quand elle n'a pas le courage de se bouger et d'aller rejoindre ses copines dans un bar, elle reste devant l'écran, et devient Malice, regardant défiler les profils à sélectionner, comme on fait son ménage. Elle est inscrite, depuis une éternité maintenant ! sur liberty-net, un site qui propose des rencontres sexuelles. Là, pas de sentiment, pas de romantisme, on se parlait, on voyait des photos, on disait non, et quand on disait oui on baisait. Pas plus compliqué. Et puis si ça marchait bien, on recommençait, mais pas trop souvent, il ne fallait pas s'attacher.

C'est tout ce qu'elle demandait à la gente masculine.

Devant son écran, Marie-Alice fait la moue, les yeux mi-clos. Rien d'intéressant. Après « vente privée », où elle avait dû renoncer à une robe en daim de chez Agnes B, qu'elle avait raté d'un clic, la voilà qui jette dans les contacts « indésirables » un petit gros qui se contente de lui envoyer un message standard envoyé à toutes les concurrentes du site, un couple trop vieux dont la femme a des fesses de panda, et un petit minet blond, appelé Simon312 dont on dirait qu'il vient de passer son bac. Mauvaise soirée en perspective... Dernier de la liste... un homme, pseudo : irrésistible. Ben voyons... Marie-Alice ouvre le message, appelé comme toujours « salut », déjà prête à se moquer. La photo d'un grand black. Ben voyons... encore un étalon ! Beau, bien bâti. Marie-Alice se laisse gagner par la curiosité.

Je désespérais un peu ce soir mais je viens de voir ton profil et je suis séduit par ce dos sculpté et ces hanches rondes que tu veux bien nous dévoiler. Aurais-je trouvé mon alter-ego ?

Pas une faute ! Marie-Alice, qui travaille dans une maison d'édition, se laisse aller et dévore des yeux la photo de cet apollon qui ne montre qu'un buste à la peau noire comme la nuit, sous une chemise d'un blanc immaculé. Elle ouvre le tchat, avec un petit gloussement de petite fille, comme si elle bravait un interdit, parce qu'elle s'était toujours interdit, comme on fuit l'enfer, de coucher avec des black, sans trop savoir pourquoi. Leur réputation de butor, peut-être, un membre trop long ? Ce n'était pas du racisme, cependant, elle couchait bien avec des asiatiques, surtout les filles... Cela lui faisait peur, c'est tout. Ou alors elle avait comme une intuition...

Bonjour je suis Malice. Mais mon vrai nom est Marie-Alice. Et toi ?

Marie-Alice, enchanté, je m'appelle en réalité Lucien.

Lucien... délicieusement suranné... Marie-Alice pense aussitôt au personnage de Balzac. C'est ce qu'elle écrit. Il ne connaît pas, mais il aimerait bien découvrir. Il a l'air gentil, bienveillant, il est excessivement poli.

Pouvons-nous ouvrir nos albums privés?demande-t-elle, levant une première barrière.

Elle découvre un corps nu, jusqu'à la ceinture, un beau corps imberbe et musculeux, aux bras longs et fins et puissants comme elle les rêve. Elle scrute dans la peau noire du visage le détail des yeux, des pommettes, qu'elle distingue mal. Le dessin des lèvres charnues est noyé dans l'ombre. Il a un crâne rasé de frais, pas un poil sur le torse et les bras. Ses yeux ont l'air peints à l'encre. Il ne sourit pas. Un frisson la parcourt. Crainte ? Excitation ? Il est bien plus beau que tous les hommes avec qui elle est sortie. Irrésistible ?

Ouaouh, répond-il en écho à ses pensées. Quoi qu'il arrive dans le futur, je suis déjà content d'avoir vu ça !

Malice rit toute seule, l'excitation la prenant. Elle va se servir un verre de vin. Ses photos font toujours des ravages. C'est un de ses amants, un photographe, qui l'a prise dans le château de ses parents. Sur une photo, elle est nue, et elle entre dans le foyer d'une cheminée monumentale. On la voit de dos, un bras se soulevant pour s'accrocher au cadre supérieur de la cheminée, sa longue courbe du dos rejoignant ses hanches, et se terminant par le galbe de sa fine jambe tendue. Ses longs cheveux en cascade blonde tombent sur le côté. Sur une autre, elle joue nue du piano. Puis, un portrait révèle un visage de poupée, qui fronce les sourcils d'un air agressif. Sa démarche marketing est rodée.

Se sentant l'esprit canaille après avoir bu son verre de Chardonnay, elle répond :

Le futur sera-t-il proche ou lointain ?

Je suis à votre disposition, très chère, jusqu'en enfer s'il le faut !Dès maintenant si vous le souhaitez.

Malice sent le feu lui monter aux joues. Sur une seule photo, et quelques mots galants, elle braverait un second interdit, voir une personne le jour-même du premier contact ? Cela manque de prudence.

Pour toute réponse, elle tape son adresse et son numéro de téléphone. Aussitôt celui-ci se met à vibrer.

« Je serai là dans moins d'une heure. Lucien. »

Sur le site, il est déjà signalé hors-ligne.

Après une heure de nettoyage et de préparatifs, l'ambiance de l'appartement s'est métamorphosée. Des bougies se consument partout, le vieux club est recouvert d'une étole en cachemire, le lit qui lui fait face est fait, et Marie-Alice a troqué son jean et son vieux gilet pour la dernière robe noire qu'elle s'est offert, très courte et près du corps, et excessivement élégante, surtout avec ses escarpins Dior. En dessous elle est nue.

Nerveusement, Marie-Alice remplit un bol avec des smarties, seule chose qu'elle a trouvée dans le placard, au cas où il voudrait manger quelque chose. On sonne en bas. Elle ouvre. Elle reste un moment, refaisant son chignon, devant la porte close. Elle entend ses pas dans l'escalier ; il frappe doucement ; son cœur bat comme jamais. Elle a la trouille mais elle ouvre la porte.

« Bonjour, Marie-Alice. »

Elle fond littéralement. Sa voix est chaude et grave comme celle d'un crooner. Ses yeux sont d'un noir insondable. Il a un sourire chaleureux et tranquille. Il est grand ! Il est svelte ! Elle reste interdite, la bouche ouverte.

Elle prend le champagne qu'il lui tend, et lui rend, lui demandant en minaudant de l'ouvrir pendant qu'elle va chercher des verres. Elle revient, et ils boivent en se dévorant des yeux, presque cul-sec.

« Tu habites où, en fait ? Demande-t-elle, sans rien trouver d'autre. Et elle s'empêche de demander s'il y avait de la circulation.

-J'habite à Boulogne. Pas si loin.

-Ah, oui !

Ils parlent un peu déroulant le chapelet ordinaire, leur vie, leur décision d'aller sur le site. Ils aiment tous les deux le sexe. Lucien pose son verre. Ils se sont regardés assez longtemps en parlant. Elle défait son chignon en riant, le champagne la rend joyeuse. Lucien quitte le club où il s'était calé, ses genoux au niveau de son visage, ses coudes comme des ailes de pélican sur les accoudoirs. Il s'assoit près d'elle, sans marquer aucun trouble, et sa main vient se poser sur le haut de sa cuisse, à l'intersection du bas de sa robe. Ce premier contact la fait frémir. Il la regarde avec un regard si serein... Sa longue main noueuse vient se poser sur ses cheveux, elle saisit avec émoi le contraste de cette peau noire, sur ses cheveux blonds et sa peau blanche. C'est à la fois si simple et si beau ! Sa respiration s'accélère. Elle le laisse la coucher sur le lit. En embrassant son cou et son épaule nue, il défait les boutons de sa chemise blanche. Les yeux écarquillés, elle contemple son torse noir et imberbe, qu'elle ose à peine toucher. Sa main si blanche sur cette peau noire, souple et sèche ! Elle n'en revient pas. On sent les muscles se tendre en dessous. Ses grandes mains chaudes englobent ses seins sous son décolleté. Ils ne parlent plus, laissant leurs souffles mener la musique. Son bras s'allonge entre ses cuisses, et il la regarde en souriant lorsqu'il découvre qu'elle est nue sous sa robe. Nue, et humide. Il pose un doigt, puis deux, dans le creux des lèvres, et son cœur se soulève comme un drapeau. Des palpitations l'empêchent de respirer. Elle descend elle aussi vers la ceinture du pantalon, et sans que leurs visages collés ne se quittent, il accompagne son geste et se met nu.

Elle n'ose pas regarder mais découvre avec ravissement sous ses doigts un sexe aussi imposant qu'elle l'imaginait. Ferme et dur dans sa main. Elle caresse comme une chose indépendante l'objet de son futur plaisir. Elle caresse aussi la peau ferme et sèche comme de l'argile chaud, laissant Lucien la déshabiller, caresser avec une douceur infinie son corps dénudé qui se tend sous les caresses. Leurs lèvres se mêlent, la bouche épaisse comme une éponge de Lucien aspire ses lèvres fines, leurs deux langues se mêlent, elle pose l'empreinte de sa main sur les bras, les épaules larges gonflées par les muscles, elle sent ses mains chaudes sur ses joues, sa nuque, ses cheveux qu'il coiffe avec tendresse. Il se redresse soudain, quand elle commence à frémir sous ses doigts et qu'il frémit sous les siens. Elle voit ce grand corps sombre illuminé par les bougies, les fesses fermes, le dos long et puissant, et quand il se retourne elle admire le membre gonflé dressé vers elle, comme une statue. Alors, frémissante et haletante de désir, elle murmure :

« Viens »

Et quand il revient s'allonger, elle écarte les jambes et l'enserre contre elle. Appuyé sur le coude, il pénètre lentement son sexe qui remplit vite le sien, qui comme une sangsue s'est écartelé pour lui. La sensation est atroce. Elle est ivre de désir. Il bouge en elle doucement, et elle halète à chaque va et vient, de plus en plus fort, se sentant dans un état second. Elle se met à gémir contre ce corps qui fond sur elle comme une vague, à peine moite contre sa peau brûlante qui semble se liquéfier. Puis avide de savoir, avide d'en découvrir plus, elle le repousse et le couche sur le dos, s'amusant un instant à lui mordiller les seins avant de se blottir contre lui. Il relève ses cheveux d'un geste gracieux pendant qu'elle s'assoit sur son sexe tendu, elle sent progressivement qu'il s'ensevelit sous elle, et elle bouge, freinant ou accélérant la poussée de chaleur qui lui gonfle les entrailles.

« Attention, gémit-il. Tu vas me faire jouir... »

Alors il la soulève de ses deux grandes mains sur ses hanches et la laisse les genoux appuyés sur le matelas, il agrippe ses hanches et plus violemment la pénètre par derrière. Elle sent son sexe se ramollir contre l'assaut puissant qui la submerge, elle imagine ses grandes mains comme deux taches sombres sur les courbes laiteuses de ses hanches ; ne lui laissant pas de répit, il s'enfonce en elle jusqu'à l'insoutenable et elle crie, elle gémit comme jamais, ivre, incapable de rien comprendre, jouissant sans discontinuer en criant en cadence, comme si elle demandait grâce, sous les coups redoublés et de plus en plus rapides, et à moitié inconsciente, affolée par ce plaisir éblouissant, elle l'entend gémir à son tour, rauque et mâle.

Les jours qui suivirent furent un véritable calvaire pour Marie-Alice. Elle interrompait sans cesse son travail pour aller sur le site vérifier s'il n'avait pas laissé un message. Puis, elle décidait de ne pas rentrer chez elle afin de ne pas avoir à attendre qu'il se manifeste. Mais elle n'eut pas de nouvelle de Lucien, ni le lendemain de leur rencontre furtive, ni le surlendemain.

Cela faisait deux semaines. Marie-Alice avait fini par croire qu'elle ne lui avait pas plu, bien qu'il ait exprimé, en partant, l'envie de la revoir vite. Puis un soir, alors qu'elle se gavait de chocolats pralinés, il lui adressa un message sur le tchat.

Bonjour beauté blonde. Tu te souviens de moi ?

Marie-Alice ne fit qu'un bond sur sa chaise. Quelle attitude adopter ?

Montre-moi ton visage, lui écrivit-il.

Elle ouvrit sa webcam.

Montre moi le tien !

Il ne répondit pas mais écrivit :

Défais ton chignon.

Elle défit son chignon, souriante et séductrice.

Tu n'as pas de webcam ?

Non, c'est mieux comme ça. Tu ne me verras pas et je te verrai. Prenons cela comme un jeu.

Un autre que lui, elle l'aurait envoyé paître. Mais que faire face à « lui » ?

Montre moi tes seins.

Marie-Alice, tout en défaisant lentement les boutons de sa chemise, écrivait :

Et si ce n'était pas toi derrière l'écran, mais ton grand-père qui aurait pris ton compte ?

Imagine ce qui t'excite... j'ai juste envie de jouer un peu.

Il la fit jouer. Elle montra ses seins, les caressa langoureusement, fermant les yeux pour imaginer qu'il était à ses côtés. Quand il demanda qu'elle soit complètement nue, elle s'exécuta et prit des poses lascives, se plaisant à admirer ses seins, ses cuisses qui dansaient devant l'écran. Elle se caressa en gémissant, suivant les indications qu'il lui donnait. Elle jouit devant ses mots qui l'échauffaient, ses phrases courtes qui la commandaient comme une poupée. Montre moi tes fesses. Maintenant, caresse-toi. Recule, que je puisse tout voir. C'est bien, je me touche en te regardant. Tu es belle. Je vais jouir.

Elle jouit, dans un râle sensuel, la caméra rivée sur son sexe entrouvert autour de ses doigts. Quand elle écrivit, sur le tchat : Quand se revoit-on ? Il avait déjà disparu.

L'enfer recommença pour Malice. Elle attendait, sur les nerfs, que passent les jours de creux sans nouvelles de Lucien, frémissant dès qu'elle le voyait connecté. Elle hurlait intérieurement de ne pas connaître son adresse, pour aller elle-même réclamer une seconde étreinte. Il reparut après deux semaines d'absence. Elle frissonna quand elle lut son message.

Salut, déesse blonde. Envie de jouer ?

Oui, oui, elle a envie. Plus que tout.

Pour toute réponse, une adresse. Un hôtel, pas loin de chez elle.

Viens nue sous un manteau. Reste dans le noir. Mets le masque qui sera sur le lit. Attends-moi.

Elle s'exécute, le cœur battant. Sur le lit, dans cette chambre d'un hôtel confortable, elle attend. On ouvre la porte. On lui caresse les seins. Elle reconnaît l'odeur, la texture de la peau. Il prend ses seins dans sa bouche. Elle frémit des pieds à la tête, haletant sous ses caresses. Sa voix la fait vibrer quand il dit :

« Touche-moi. »

Elle prend entre ses mains son sexe dur. Ses entrailles se liquéfient de nouveau. Elle le caresse, le branle, suivant le rythme que ses mains lui imposent. Il jouit entre ses seins, sans l'avoir touchée...

« Et moi ? frémit-elle, dans un état second.

-Demain, répond-il en l'embrassant. Même heure, même endroit.

Le lendemain elle était là. Que voulait-il ?

Il la caresse longtemps, répétant à mi-voix : « comme tu es belle, tu m'excites, je voudrais que tous les hommes puissent voir comme tu es belle... »

Il jouit dans sa bouche en lui caressant les cheveux.

« Et moi ? répète-t-elle comme la veille, désespérée.

-Demain, même heure. Je veux te voir avec un autre homme. Après, je m'occuperai de toi.

Sans rien dire, il part, la laissant là avec ses regrets et sa frustration.

En rentrant chez elle, elle se dit qu'elle n'y retournera pas. Un autre homme, pour quoi faire ?

Je n'irai pas, lui dit-elle dans la journée.

Si, tu iras, lui répond-il. C'est le jeu. Tu ne veux pas jouer ? C'est le prix à payer pour que je sois à toi.

C'est lui qu'elle voulait, la moindre parcelle de son corps le réclamait. Elle se caressa en pensant à lui, se ressouvenant de ses mains, de sa bouche, de sa peau. Cela ne pouvait pas se terminer comme cela. Il avait dit qu'il s'occuperait d'elle juste après.

Elle alla dans la chambre d'hôtel, mit son masque. Ils arrivèrent. Lucien caressa ses seins, comme les deux fois précédentes, et les embrassa. L'autre ne se manifestait pas. Cela lui fit comme la veille l'effet d'une décharge électrique, qui venait s'immiscer dans son ventre, jusqu'au clitoris qui se mit à vibrer. Il embrassa sa bouche, caressa son sexe trempé.

« Tu es belle, tu es excitée, je t'ai trouvé un partenaire digne de toi... Mets-toi à genoux sur le lit. »

Elle obéit, ne pouvant refuser. Elle sentait surtout, après ses caresses et ces deux jours de frustration, un désir de jouir qui annihilait toute volonté. Elle sentit des mains sur ses hanches, des doigts dans sa fente ouverte, et devant son visage le sexe de Lucien qui lui barbouillait les lèvres.

« Tu vas voir comme ça va être bon. Nous allons jouir ensemble. Mon copain est tendu comme un arc. Vas-y, prends-la. »

Elle sentit un sexe la pénétrer, un sexe ordinaire, qui se poussait en elle malgré un début de résistance. Alors elle blottit ses lèvres sur ce qu'elle avait de Lucien, qui lui emplit la bouche. Elle gémit au bout d'un moment, happant de sa bouche le gland salé, et elle se mit à jouir, malgré elle, quand il se répandit dans sa gorge.

Le lendemain soir, elle attendit un nouveau message. Il la contacta vers onze heures. Il écrivait ce simple message : je viens. Tu as gagné !

Cela lui fit peur. Elle attendit, fébrile dans sa petite robe, raide sur le bord de son lit, les smarties dans le bol. Elle entendit comme dans un rêve les pas dans l'escalier. Etaient-ce les siens ? Elle ouvrit...

« Bonjour, Marie-Alice ! »

Lucien lui tendit une bouteille de champagne, un sourire chaleureux sur les lèvres, plus grave et plus mystérieux que la première fois. Elle soupira de soulagement, en l'embrassant. Elle avait gagné...

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