J’ai testé pour vous : les iNanites

stabatpatergnagnagna

Petite uchronie à tendance dystopique rédigée pour le concours "Dans la tête de Steve Jobs"

Dans une semaine jour pour jour, nous serons le 5 octobre 2024. Dans une semaine jour pour jour, cela fera 13 ans que Steve Jobs a vaincu son cancer, la maladie et repoussé la mort aux calendes grecques. Cette date est désormais rentrée dans l'Histoire ; ce jour-là, Steven Paul Jobs, que tous croient à l'article de la mort, terrassé par son cancer pancréatique neuroendocrinien, annonce, encore faible mais avec un sourire conquérant et d'une voix pleine d'assurance, que ses jours ne sont plus en danger : les nanotechnologies l'ont sauvé.

Le monde éberlué n'en croit pas ses oreilles numériques, les réseaux sociaux s'emballent et bruissent de mille et une questions : est-ce là le chant du cygne en forme de canular d'un mégalomaniaque aigri par son inéluctable mort prochaine – XPTDR – ou bien un véritable tournant dans l'histoire humaine, initié par un visionnaire ? Nous rejoue-t-on une version 2.0 de la célèbre manipulation radiophonique orchestrée par Orson Welles au siècle passé ? De qui se moque-t-on, à la fin ? Est-ce qu'on pourra seulement ramener Elvis et Mickael Jackson avec cette nano-truc ?

Mais les faits sont là, incontestables. Fidèle à son fameux discours à l'adresse des étudiants de l'université de Stanford en 2005, Steve Jobs a eu le courage de suivre son cœur et son intuition, il a été insatiable et fou : il a cru au potentiel des nanotechnologies quand la communauté scientifique internationale, dans sa grande majorité, ne s'y intéressait encore que marginalement. Avec le soutien financier et amical de certains des plus puissants magnats de la Silicon Valley, tous réunis sous la bannière de la doctrine transhumaniste défendue par Raymond Kurzweil, Steve Jobs a, aussi secrètement que massivement, investi dans ces technologies. Courant 2008, il recrute sous le sceau de la plus stricte confidentialité les chercheurs du Human Brain Project, une des rares initiatives de recherche dans le domaine des nanotechnologies à l'époque. La contrepartie du financement quasi illimité dont ont disposé ces scientifiques pour leurs recherches est claire : guérir leur mécène du cancer qui le dévore petit à petit.

Au début de l'été 2011, alors que son état de santé s'est sévèrement dégradé, les recherches aboutissent enfin et Steve Jobs décide de précipiter le protocole de test : il sera le cobaye de la première injection de nanobots – ou nanites – dans un corps humain. Ces petites merveilles, de l'ordre du nanomètre – 1 milliardième de mètre – et dotées d'une intelligence artificielle redoutable, bien au-delà des prérequis du test de Turing, sont alors paramétrées pour reconnaître, détruire et stimuler le remplacement de toutes les cellules cancéreuses – et d'elles seules – du corps qu'elles viennent, innombrables, d'investir. Une mission dont elles se sont acquittées à la perfection puisque quelques jours seulement après l'injection, le cancer de Steve Jobs est en complète rémission.

Fort de ce succès, M. Jobs et son groupe de richissimes partenaires technophiles et transhumanistes, qui viennent là d'obtenir confirmation que leur flair légendaire ne les a pas trompé, créent une nouvelle entité commerciale, la désormais célèbre NanoTech Inc., et verrouille le marché des nanotechnologies à coup de brevets qui vont s'avérer tous plus lucratifs les uns que les autres. Possédée à 40% par Steve Jobs, puis à part égal par Bill Gates, le frère ennemi avec qui il s'est depuis longtemps réconcilié, Larry Page et Sergueï Brin, fondateurs de Google et Mark Zuckerberg, créateur de Facebook, la NanoTech Inc. ne tarde pas à devenir l'entreprise hégémonique que l'on connaît aujourd'hui. Et ce n'est pas prêt de changer car si jusqu'ici ses produits étaient réservés à un usage militaire ainsi qu'à certaines industries de pointes, cette époque touche à sa fin ! N'en déplaise aux superstitieux de tout poil, c'est bien le 13e anniversaire de l'annonce du miracle technologique de son rétablissement que celui que l'on surnomme l'Homme Providentiel a choisi pour lancer sur le marché civil mondial son nec plus ultra : les iNanites. Votre serviteur a pu tester pour vous, en avant-première, ce concentré de technologie d'avenir ; les quelques lignes qui suivent relatent mon ressenti.


C'est une (véritable) révolution !


Je pèse mes mots : les iNanites ne sont pas une simple innovation de procédé mais une véritable innovation de rupture, ce que l'on est en droit de nommer… une révolution ! Mais avant d'aller plus avant dans ce compte rendu, je tiens à rappeler aux plus enthousiastes d'entre vous que c'est une version CIVILE des iNanites qui sera mise en vente le 5 octobre prochain. A ceux qui se voyaient déjà reproduire les exploits des soldats de l'OTAN lors de la Guerre de Crimée de 2015 qui a vu la défaite rapide du camp Russe, dont les combattants ne disposaient pas de l'appui de la nanotechnologie, ne rêvez pas : pas de force ou de vitesse surhumaine pour vous ! Les iNanites civiles seront dans un premier temps paramétrées pour trois usages : la communication et l'apprentissage synaptiques, ainsi que le suivi médical personnalisé. Ceci posé, et même dans ces limites, en toute honnêteté, l'expérience iNanites est proprement fabuleuse. Bon, pour pouvoir en profiter, il faut malheureusement en passer par une étape peu ragoûtante : l'introduction de la myriade de minuscules robots intelligents que sont les iNanites dans votre organisme… Pas de panique toutefois, pour ceux qui craignent les piqures (comme moi), l'injection n'est pas obligatoire et l'on peut opter comme je l'ai fait pour l'ingestion sous la forme de banales capsules du type de celles utilisées dans l'industrie pharmaceutique.

Une fois à l'intérieur de votre organisme, les iNanites s'attellent immédiatement aux tâches pour lesquelles elles ont été paramétrées. Concrètement, elles font de votre corps un nœud de liaison avec tout objet connecté, qu'il soit en contact direct avec n'importe quelle surface de votre épiderme (ou des vêtements connectés que vous portez), en réseau avec vos iNanites ou même accessible via tout système de type Bluetooth.

Oui, vous avez bien compris, cela veut en effet dire que vous êtes à même de communiquer par la pensée (enfin techniquement via le truchement de vos iNanites) avec toute la batterie des objets intelligents qui parsèment votre environnement ! Je ne vous cache pas que cela demande un peu d'entraînement et de discipline mentale pour ne pas s'emmêler les pinceaux et qu'il faut bien penser à sécuriser les connexions de vos objets intelligents afin qu'ils ne soient pas accessibles à toute personne usant d'iNanites, mais les possibilités sont tout bonnement fantastiques. Un petit exemple personnel que je trouve très significatif : pour faire du rendez-vous galant que j'avais planifié trois jours après le début de mon test des iNanites une réussite éclatante, je n'ai eu qu'à y penser et fleurs et repas étaient commandés tandis que la sono se préparait à diffuser ma sélection musicale « et plus si affinités » et que mon véhicule s'acheminait tranquillement au domicile de la personne désirée pour ensuite venir la déposer chez moi ! J'avais prévu un retour véhiculée à son domicile après un repas en tout bien tout honneur mais cette précaution s'est avérée inutile et j'étais bien trop occupé pour penser à décommander mon pauvre véhicule qui a fait le trajet à vide…

Mais revenons-en à nos moutons nanotechnologiques. Comme je vous le disais, l'une des trois fonctionnalités principales des iNanites civiles est le suivi médical personnalisé. Bien qu'étant en parfaite santé, je dois dire que le sentiment de sécurité induit par le fait d'avoir en permanence une armada de nano-anges gardiens veillant sur moi n'a pas été pour me déplaire. En effet, les iNanites surveillent inlassablement les constantes vitales ainsi que tous les taux utiles (de nutriments, de vitamines, de cholestérol, de plaquettes…Dieu sait qu'il y en a) de leur propriétaire et échangent en temps réel avec tous les objets connectés concernés : le frigo par exemple, qui adapte sa liste de courses en ligne, le coach holographique qui modifie son programme d'activités physiques ou encore le smartphone qui s'occupe de transmettre un menu adapté à vos besoins aux restaurants où sont planifiés vos déjeuners d'affaires ou, à la moindre alerte, de contacter les secours ! Plus fort encore, en cas de blessures bégnines, les iNanites se chargent d'accélérer la cicatrisation de même qu'elles feront tout pour faire baisser une fièvre maligne ou pour calmer une diarrhée inopportune par exemple.

Pourtant, aussi merveilleux que tout cela soit, ce n'est rien à côté des fonctionnalités de communication et d'apprentissage synaptiques. Pourquoi « synaptique » ? Et bien parce qu'ici, les iNanites interagissent directement avec vos synapses, ces connecteurs qui transmettent l'information de neurone en neurone ou d'un neurone à une autre cellule (musculaire, récepteurs sensoriels…). Ce faisant, elles vous permettent de communiquer, littéralement à la vitesse de la lumière, vos pensées débarrassées de toutes les scories dont les affligent usuellement les oripeaux du langage. Terminée l'impossibilité d'exprimer clairement un ressenti à la vue d'une toile qui vous touche particulièrement, à l'écoute d'une musique qui vous émeut jusqu'au tréfonds de votre âme ou encore à l'odeur alléchante et au goût affriolant d'un plat sublime : toutes vos émotions et réflexions sont transmises dans leur quintessence, via vos iNanites respectives, de vous, émetteur, au(x) récepteur(s) consentant(s) de votre choix.

De la même manière, il devient possible grâce aux iNanites d'apprendre sans trop d'efforts des quantités astronomiques d'informations diverses. Concrètement, la scène restée célèbre du mythique film Matrix où Neo, le personnage principal quelque peu messianique, apprend les arts martiaux par téléchargement, est désormais envisageable (même si ce genre d'apprentissage ne sera pas permis par la version civile des iNanites) ! Pour prendre un exemple plus concret, si à vrai dire j'ai pu comprendre aussi clairement ce que j'essaye laborieusement de vous décrire avec des mots, c'est justement parce que, lors de mon interview pour cet article avec Tim Cupertino, l'homme à la tête du département Recherche et Développement de NanoTech Inc., nous avons communiqué de manière synaptique grâce à nos iNanites respectives et que j'ai pu en parallèle apprendre d'une traite des principes mathématiques et biochimiques hautement complexes ayant trait aux nanotechnologies. Chers lecteurs, cette sensation de plénitude corrélative à ce mode d'acquisition du savoir et de la sapience est parfaitement grisante et vous pourrez vous aussi très prochainement en faire l'expérience, la comprendre jusque dans son essence, en profitant par exemple de la version synaptique à venir de cet article. En effet, je vous annonce que dès leur date de sortie officielle, notre journal proposera à ses abonnés qui utiliseront des iNanites des versions synaptiques de ses articles, à commencer par celui que vous lisez en ce moment même !

Vous l'aurez compris, ma vie quotidienne a radicalement évoluée depuis que les iNanites y sont entrées (et cela ne fait même pas 5 jours !). Mais face à une technologie presque trop belle pour être vraie, n'y aurait-il pas anguille sous roche ? C'est en tout cas ce que certains pensent.


Big Brother Jobs ?


Peut-être y'en a-t-il parmi les plus anciens qui se souviennent qu'en 1984, la société Apple, première entreprise de Steve Jobs, se targuait dans une publicité devenu culte d'être, grâce à ses produits, la Némésis du système de surveillance généralisé (et fictionnel) Big Brother. 40 ans plus tard, nombreux sont ceux – les Anonymous en fer de lance – qui estiment bien au contraire que l'arrivée sur le marché civil des iNanites marque l'apogée de Big Brother et de tout ce qu'il symbolise. Leur crainte principale est que les iNanites soient pourvues de « portes dérobées » permettant à la NanoTech Inc. et à tous ses clients et partenaires, au premier lieu desquels l'État, a minima d'espionner tous nos comportements et a maxima de faire de nous les dindons de la farce en nous transformant en obéissant Cheval de Troie…

Quant à moi, j'estime que les grands procès Manning et Snowden – des noms des célèbres lanceurs d'alerte qui sont à l'origine des révélations qui ont permis l'instruction de ces procès – sont loin derrière nous et ont permis d'apurer et d'encadrer les mauvaises pratiques d'espionnage étatique et industriel des citoyens. Par conséquent, on flirte ici avec la théorie du complot la plus crasse dont les Anonymous et consorts sont familier… La seule "surveillance" dont je me suis senti "victime", c'est celle de mes envies de shopping à peine formulées en pensée alors que j'avais laissé ouvert mon compte Amazon… Mes iNanites ont pris les devants et ont commandé pour moi l'objet de mon désir, et si je dois bien avouer avoir été quelque peu surpris lorsqu'un drone est venu m'apporter un gros colis que je n'avais pas souvenir d'avoir commandé, il me faut aussi confesser que je le voulais depuis sa sortie ce fauteuil d'immersion en réalité simulée de dernière génération ! Par ailleurs, si jamais comme moi vous oubliez de vous déconnecter de vos comptes e-commerce alors que vous ne souhaitez pas faire de shopping, comme je le disais plus haut la solution est simple et réside dans le contrôle de vos pensées et de votre désir de possession. Sans pour autant faire de vous des ascètes, vos iNanites pourront vous pousser à mieux vous contrôler et c'est la planète qui vous remerciera !

Au final, on en revient à l'éternel constat : les iNanites ne sont que des outils et c'est à chacun de nous de faire attention à ce qu'elles le restent. Personne n'a jusqu'ici mieux exprimé notre responsabilité collective que François Rabelais : « science sans conscience n'est que ruine de l'âme » !


Nous sommes à l'aube de la Transhumanité


En conclusion, à tous ceux qui pensent qu'iNanites = Inanités, j'affirme que les tester c'est les adopter. Avec leur soutien constant, le ciel lui-même n'est plus la limite. Superman et toute la clique des super héros peuvent remiser leurs costumes de lycra, nous n'avons plus besoin d'eux puisque nous sommes tous des Superman en puissance ! Avec elles, adieu drogues, bonjour interactions humaines synaptiques (imaginez un peu ce que donnera une partie de jambes en l'air passionnée entre deux utilisateurs consentants d'iNanites) ! Je l'affirme haut et fort, à partir du 5 octobre 2024, la formule consacrée ne sera plus Jésus Sauveur des Hommes, mais Jobs Sauveur des Hommes en l'honneur du premier des transhumains, du pionner qui a osé faire le premier pas pour le reste de l'humanité, véritable Promethée des temps modernes.

Par Walter Isaacson Jr. pour l'Apple Times. Une publication de Pixar Communications pour NanoTech Inc.

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