Khmaèr Yop Yon

Eva Scardapelle

C'est un jour de peine. Un jour gris et terne, sans l'espoir d'un soleil.

Un de ces jours maudits où la pluie s'invite,

insolente,

crépite sur le toit de bois, et finit sa course aux pieds des pilotis.

Elle gonfle le Mékong, bousculant notre barque oblongue.

Un jour sans joie.


Sur le ponton, le roulement de la charrette du livreur de bananes,

au loin, le rire éclatant des petits baigneurs dans les marécages,

le sifflement du potier dans la cabane d'à côté,

me rappellent

la Vie, égoïste, lâche, qui reprend ses droits

sans se soucier de moi.


Crevant le transistor fatigué, la voix d'un Lama, malade, s'élève dans le silence 

que tu as instauré.

Attablée, les mains croisées, je pleure au souvenir de ta peau sucrée,

sanglote à celui de tes yeux malicieux.

Parti. Parti sans un mot, sans un bruit, sans prévenir.

Juste cette photo, ton sourire.

Dans le fleuve, tes cendres dispersées à ta liberté tant aimée.



Lune estivale.

Insolation fiévreuse.

Cauchemar dans la nuit torride. Mélange incertain de mes excursions asiatiques révolues et de mon voyage présent avec toi.

Alors, j'ouvre les yeux, épuisée, sur la peur de te perdre.

Toi. Toi, que je connais à peine

Toi, que j'aime tant, pourtant.

Report this text