La cité des possibles

Claire Fenez

Concours "Les nouvelles proximités dans la ville de demain".

A 8 h, le diffuseur d'huiles essentielles s'est allumé automatiquement. Le camaïeu de violets et l'odeur de lavande l'ont doucement tirée de son sommeil. En entrant dans la douche, Chrystel pianota sur l'interface waterproof et sélectionna sa playlist préférée. Elle aimait entendre les sons de la musique et de l'eau s'acoupler, ça lui permettait de finir son rêve de la nuit. Elle tapota encore l'interface pour préparer son petit-déjeuner. Une fois séchée et habillée, le café et le pain grillé étaient prêts. A chacun de ses pas, les dalles de carrelage s'allumaient d'une lumière chaude, la laissant dans l'ambiance tamisée qu'elle chérissait. Avant de partir, elle prit soin de ne pas oublier son égo-montre, qui lui annonça qu'elle n'avait rendez-vous qu'à 15h à la boutique. Ça lui laissait un peu de temps pour flâner.

Sur le palier de l'appartement, on pouvait déjà voir qu'il ferait beau aujourd'hui. La rotonde à ciel ouvert de la résidence laissait entrevoir un bleu annonciateur de temps clair. L'ascenseur emmena Chrystel au rue-de-chaussée, là où la résidence se mêlait à la ville. Les boutiques s'alignaient tout autour de la rotonde, salons de thé, marché de fruits et légumes, boulangerie, boutique de vêtements... Elle faisait le tour d'un regard quand un ballon frappa ses pieds. 

- Hey, bonjour Jules ! Tes parents sont déjà descendus eux aussi ?
- Oui, ils sont assis au Starstruck Café cette fois.

Chrystel alla saluer ses voisins et partager avec eux le traditionnel encas du matin. Elle aimait bien cette nouvelle façon de commencer la journée, dire bonjour aux gens, et le penser vraiment, avant d'aller travailler.

Elle se décida finalement à aller vers le centre ville en vélo. Arrivée devant la station, le détecteur reconnut l'égo-montre et ouvrit le portique. Elle empoigna l'un des vélos et le compteur se mit en route. En chemin sur les pistes cyclabes, l'égo-montre annonça à Chrystel que l'une de ses boutiques préférées proposait une opération exceptionnelle pour la journée. Elle déposa le vélo à la station du centre et le compteur s'arrêta, la somme serait directement prélevée sur son compte.

C'était une boutique de chapeaux faits mains. Chrystel craquait souvent pour ces couvre-chefs de toute sorte, et l'opération de réduction valait vraiment le coup ! Elle entra, prit plusieurs chapeaux et les essaya dans la cabine. Une interface lui proposait de régler la lumière et la température pour essayer les chapeaux en conditions réelles. Par temps d'hiver, le bonnet gris était bien chaud et couvrait les oreilles. Au printemps, le chapeau de paille laissait passer l'air et permettait de garder le visage à l'ombre. 

- C'est rien que du gadget tout ça. Mais je les prends tous les deux...

Elle posa l'égo-montre sur le capteur pour régler ses achats et confirma par emprunte vocale. Plus tard, sur le chemin de sa propre boutique, Chrystel reçut sur l'égo-montre un mail du magasin de chapeau détaillant son achat et lui recommandant des enseignes partenaires.

La rue était longée de résidences similaires à la sienne, certaines avaient le ciel ouvert, d'autre un plafond en trompe l'oeil numérique qui variait selon les événements et le calendrier. Aux rues-de-chaussées, des panneaux d'informations indiquaient les fêtes et les anniversaires des résidents, les rendez-vous importants de la copropriété et les travaux prévus pour améliorer le confort de chacun. Tout cela bougeait sans arrêt.

Mais dans le vieux quartier, les maisons de ville en briques et en parpaings n'avait pas changé. Beaucoup de personnes n'avaient pas encore réussi à changer de mode de vie. Chrystel était entre les deux. Sa boutique était située dans une ruelle de la vieille ville, entre une boulangerie et une cour pavée. Elle alluma l'enseigne sur laquelle on lisait "La boutique des possibles : cartes, pierres, runes." En entrant, elle éteignit son égo-montre et la déposa dans une sacoche accrochée près de la porte. Ici le temps futur et le temps passé n'avaient pas d'importance, le téléphone et internet n'existaient pas.

Elle époussetait les tourmalines quand un client entra. Quelqu'un qu'elle n'avait encore jamais vu.

- Bonjour. Je passais devant votre magasin et je me suis dit qu'au point où j'en suis je pourrais peut-être essayer. Je n'ai pas pris rendez-vous, ça vous dérange ?
- Pas du tout. La seule chose qui me dérange c'est votre égo-montre. Vous pouvez la déposer dans la sacoche, il vaut mieux ne pas la garder sur vous ici. Installez-vous.
- Merci. En fait je n'ai pas vraiment de question en particulier. Je voudrais juste savoir où j'en suis, je suis un peu perdu.
- D'accord, on va regarder ça ensemble. Pour vous tirer les cartes j'ai besoin de votre prénom.
- Guillaume.

Guillaume tira 9 cartes et Chrystel les aligna devant lui. En les lisant, elle vit que les problèmes de Guillaume trouveraient rapidement une solution mais une dernière retint son attention.
- Guillaume, il semblerait que vous et moi venons de faire une rencontre qui va changer nos vies.

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