La défense de l'éléphant

vert-de-grisaille

- "Tu te trompes", dit-il.

- "Tu la trompes", répondit-elle du tac au tac.

Tout était résumé en ces deux phrases, si représentatives d'un ping-pong verbal qu'elle était habituée à rondement mené.

Il restait toujours admiratif de sa répartie, et il savait que, même quand elle ne l'agaçait pas prodigieusement de ses mots, son esprit restait titillé par la pensée qu'elle n'était qu'à quelques minutes seulement de ses bras, de ses baisers.

Il s'abstenait toutefois de céder.

Elle n'avait pas voulu.

La barrière était mise depuis le début, et il savait que la franchir était manquer à son devoir de la protéger d'affres qu'elle avait déjà éprouvés auparavant.

Elle s'était défendue d'avoir encore à subir les mensonges, les sous-entendus, et les non-dits.

S'il avait voulu la voir, il aurait fallu qu'il puisse accéder à sa porte et à son coeur. Mais comme elle avait mis un triple cadenas et verrouillé, il savait qu'il lui fallait la clé pour l'atteindre. Et sa clé était là: la défense qu'elle avait bâtie minutieusement, une véritable muraille de froideur opaque et sans pitié.

Une défense d'éléphant, mais ce n'était pas elle qui trompait...

Et on était plutôt loin d'ivoire claire...

Elle s'amusait parfois à l'observer depuis son judas. Il ne savait jamais quand elle le ferait, ni comment elle le voyait. Il ne savait plus s'il devait camper devant sa porte, ou s'éloigner en espérant vaguement la recroiser. Il avait fini par opter pour la seconde tactique, pensant qu'il avait plus de chance qu'elle entr'ouve si elle ne voyait rien du mal nécessaire qu'elle lui imposait.

Et, au fond du magasin de porcelaines brisées qu'elle était, elle espérait bien, elle, un jour, pouvoir à nouveau circuler dans des rangées pas trop dérangées...

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