Someone please call 911 !

pierre-m

Toute ressemblance avec des personnages existants ou ayant existé est purement volontaire...


Chapitre 1


Le gouvernement l'avait officiellement annoncé il y a un peu plus d'un an et demi, et depuis c'était la guerre !

L'annonce avait fait l'effet d'une bombe ! Il avait fallu cinq centièmes de seconde au Pdg pour réagir, puis trois minutes au téléphone avec son meilleur conseiller en communication pour se décider, plus quatre brainstorming avec le service de communication et encore trois débriefing avec le conseil de direction, derrière, treize réunions de coordination et encore cinq lettres aux actionnaires. Au final, quatre millions de dollars dépensés en lobbying et encore soixante autres en publicité et en marketing, plus trois cent mille dollars pour les bonnes œuvres de la ville mais enfin ils étaient là, en pôle position, prêts à décoller avant tout le monde. Ils s'étaient même offert pour l'occasion un feu d'artifice géant et un show laser en trois dimensions au cœur de Washington et ils avaient encore déroulé une banderole numérique de cinquante mètres de long du sommet de la ‘Old Post Office Tower', le plus haut bâtiment de la capitale. Le message éclairait les citoyens en lettres de feu : « A partir du 1er septembre 2016, Pizza-Out livre toutes vos pizzas préférées à domicile avec des drones ! » La publicité précisait : « en moins de dix minutes garanties ! »

Le plus beau coup de pub de la planète ! Michael J. Box, le directeur marketing international de Pizza-Out jubilait. Après six mois de lobbying intensif, il avait finalement reçu l'autorisation officielle du directeur de la FAA - L'agence fédérale de l'aviation américaine - de faire décoller une escadrille complète de dix huit drones civils en avant-première. Les premiers drones livreurs de pizza à évoluer dans le ciel américain. Un mois avant tout le monde. Un mois avant tous les concurrents directs et même un mois avant tous les autres services de livraison possibles et imaginables. Une opération marketing justement inimaginable encore six mois auparavant. Le conseil de direction de Pizza-Out avait dû batailler ferme et dépenser sans compter mais le directeur de la FAA, le secrétaire d'état à la défense, le gouverneur de l'état et le maire de Washington avaient tous été sensibles aux arguments marketing des pizzas volantes. Ils avaient finit par s'en convaincre : les consommateurs allaient adorer, les médias s'extasier et les électeurs s'en souviendraient avant d'aller voter. Le service de communication de la Maison Blanche avait même accepté de se faire livrer le soir de l'avant-première pour appuyer la campagne.

La partie n'était pourtant pas gagnée d'avance. En réalité, depuis l'annonce de l'ouverture des premiers couloirs aériens réservés aux drones civils, la mise en place de ce nouveau programme avait rencontré de nombreux opposants et de solides résistances jusqu'aux plus hauts niveaux politiques et médiatiques du pays. Depuis les premiers sondages, les citoyens étaient unanimement mitigés, complètement partagés même en réalité. Enfin, après six mois de campagne, les dernières consultations donnaient des résultats encourageants avec 57% de voix « pour » mais toujours 38% de « contre », plus 2% « sans réel opinion », et 3% des personnes interrogées qui demandaient si elles pouvaient recevoir une première pizza gratuite avant de se décider. Le message derrière ces résultats était clair, les citoyens étaient prêts à en découdre avec les autorités et à leur faire payer les pots cassés aux prochaines élections si cette opération tournait au pire. Sur ce coup, tous étaient d'accord sur au moins un point : il ne fallait prendre aucun risque.

Sans risque ! C'est cet argument qui avait pesé dans la balance et le dossier de candidature des pizzas volantes avait en effet de quoi rassurer. Après tout, il s'agissait de produits de proximité, dont le taux de pénétration des foyers flirtait bon avec les 100% et c'était une évidence, pratiquement chaque famille du pays avait compté au moins une fois dans son histoire un livreur de pizza sous son toit. Avec cette affaire, l'opinion publique comprendrait tout de suite de quoi on lui parlait. Michael J. Box à la tête de la direction marketing de Pizza-Out l'avait clairement exprimé :

─ Cette histoire est une histoire américaine, une histoire de pionnier et de conquête. C'est une histoire de l'Amérique profonde ! répétait-il à chaque fois qu'un collaborateur le questionnait sur leur légitimité à s'envoyer en l'air avec des drones.

De plus une pizza, même si elle tombait dans le vide, même si elle tombait de haut, voir même de très haut, n'avait aucune chance d'endommager quoi que ce soit. D'après tous les tests de simulation, il y avait seulement 0,05% de chances de blesser quelqu'un - en fait personne n'avait été blessé durant les tests mis à part un cas très rare d'allergie cutanée aux pepperonis qu'il avait néanmoins fallu répertorier dans l'historique des simulations - mais finalement toutes les études le confirmaient, il n'y avait absolument aucun risque de blesser ou encore moins de tuer un citoyen avec une pizza volante. Le département de Recherche & Développement de Pizza-Out avait d'ailleurs déposé plusieurs brevets techniques pour de nouveaux modèles de parachutes et airbags spécialement conçus pour équiper ces nouveaux drones. Les sommes astronomiques mises sur la table en communication et publicité à côté des pizzas gratuites avaient fini de convaincre les plus réticents.

Depuis la réception de l'autorisation d'envol délivrée par la FAA, maintenant encadrée sous verre dans le hall d'entrée, Larry Bird, le Pdg de Pizza-Out était extatique. Il volait littéralement sur un nuage, distribuant consignes, bons mots et tapes amicales dans le dos à tous ses collaborateurs sans toucher le sol.

─ Après ce coup là, les marques de sodas qui accompagnent nos pizzas peuvent bien se payer tous les sauts dans la stratosphère qu'elles voudront, ça n'aura plus le même impact ! s'était-il écrié en frappant du poing sur la table en clôture du dernier conseil de direction.

Dés lors, tout le monde au siège de Pizza-Out s'était activé, de jour comme de nuit, pour préparer cette première mondiale et organiser une soirée d'ouverture dont l'humanité se souviendrait durablement. Les premières livraisons par drones étaient programmées pour le 1er septembre et tout avait été réglé de manière militaire. Les premiers drones décolleraient ensemble à 19h00, pas une seconde avant, ni une seconde après, à dix neuf heures, zéro minute et zéro seconde, ce soir là précisément, la planète entière aurait les yeux rivés sur la capitale des États-Unis d'Amérique, sur Pizza-Out, sur ce premier carton décoré aux couleurs de la maison, sur cette première livraison à travers le ciel américain et puis sur le livreur, ce drôle de drone.

Et le résultat était là ! Le grand soir était enfin arrivé et au nouveau quartier général de Pizza-Out tout était prêt. Sur un écran géant qui recouvrait la totalité de la façade-avant de cet imposant bâtiment high-tech, les médias et les spectateurs étaient venus s'entasser devant par milliers. Ils pouvaient maintenant voir s'égrener le compte-à-rebours qui touchait à sa fin. Pour l'instant, sur le toit du bâtiment, l'on pouvait seulement apercevoir les dix huit drapeaux étoilés flottant au vent, il y en avait un pour chacun des dix huit drones autorisés à s'envoler. En bas, les limousines noires charriaient des célébrités et des officiels en tous genres dans un étrange ballet synchronisé, mais pour le moment, c'était tout ce qu'il y avait à voir. Il était 18h03 et l'horloge numérique incrustée sur l'écran géant indiquait H-57 minutes et 38 secondes, 37 secondes, 36 secondes…

Jusqu'au bout tout avait été tenu secret et miraculeusement aucune information sérieuse n'avait filtré à l'extérieur. Personne ne savait, ni combien de drones décolleraient à l'heure fatidique, ni où ils iraient, ni quels types de pizzas seraient dans les cartons, ni surtout à qui, seraient livrées ces toutes premières pizzas volantes d'Amérique. Comme toujours dans ces cas, les rumeurs les plus folles allaient et venaient en tourbillonnant à des vitesses exponentielles. Les médias essoraient les informations les plus variées, les réseaux sociaux chaviraient sous les buzzs les plus insensés, les bookmakers explosaient sous les paris les plus dingues et la rumeur enflait comme un serpent de mer sans queue ni tête. Maintenant tout le monde s'attendait au moins à voir Godzzila sortir des côtes de l'Atlantique Nord pour engloutir son poids en pizzas.

Au dernières nouvelles, Tom Cruise et Tom Hanks, qui avaient tous les deux été aperçus dans la capitale ces derniers jours, figuraient en tête des pronostiques sur la liste des célébrités qui seraient livrées en avant-première. Brad et Angelina étaient également pressentis pour une livraison de pizzas végétariennes sans gluten et une rumeur persistante prétendait que Lady Gaga avait commandé trois pizzas au thon rouge en forme de chapeau melon, qui selon une seconde rumeur auraient été spécialement dessinés par John Galliano dont on annonçait le grand retour sur la scène internationale à cette occasion. R-Kelly avait quant à lui rapidement coupé court aux premiers bruits via Twitter: @rkelly #IdontSing4Pizzas.

Du côté des institutions, l'ambassade d'Italie n'avait toujours pas démenti la possibilité d'une livraison de trois pizzas ‘Roma', la spécialité de la maison ‘Out'. Et malgré les premières annonces, la Maison Blanche s'était officiellement désistée pour raisons de sécurité. Par effet de vases communicants, Hilary Clinton, à seulement quelques mois des élections présidentielles, était remontée en tête des personnalités politiques sur la liste des livraisons médiatiques. Enfin, et à la surprise générale, malgré l'opposition farouche d'un groupe de sénateurs réactionnaires qui avait menacé d'installer une batterie anti-aérienne sur le toit du Capitole, le Congrès des États-Unis figurait toujours dans le Top5 des institutions prêtes à se faire livrer des pizzas venues du ciel.

Il était maintenant 18h15 et à l'intérieur du quartier général, Larry Bird le Pdg de Pizza-Out, suivi d'une cohorte de célébrités, d'officiels et de journalistes triés sur le volet, inauguraient ensemble la visite exclusive du lieu le plus secret d'Amérique…

 

Chapitre 2


Il était maintenant 18h15 et à l'intérieur du quartier général, Larry Bird le Pdg de Pizza-Out, suivi d'une cohorte de célébrités, d'officiels et de journalistes triés sur le volet, inauguraient ensemble la visite exclusive du lieu le plus secret d'Amérique : la salle des commandes de la première flotte de drones civiles des États-Unis. Le Pdg était affublé d'un vrai-faux uniforme de Général de L'US Air Force. Il ouvrait fièrement la marche en rythme sur la chevauchée des Walkyries dont les premières notes tournaient en boucle depuis une heure dans les haut-parleurs de l'étage et dans un show bien rôdé, il faisait semblant de distribuer les dernières consignes aux techniciens de vol qu'il croisait au hasard des couloirs menant à la salle des commandes. Quand tout ce beau monde fut enfin complètement tassé dans la salle, le Pdg s'approcha des sept pilotes qui étaient en ligne et au garde-à-vous sur l'estrade, en leur lançant un :

─ Alors ! Il est comment le nouveau ?

L'un des pilotes, qui semblait être le commandant de l'escadrille, sortit alors immédiatement du rang en prenant place devant une étrange sphère bleue qui trônait au milieu de la pièce. Il reprit immédiatement en vociférant.

─ Mon Général ! Le nouveau se porte à merveille ! Mon Général !

Le Pdg-Général, très sûr de son effet, s'était alors dirigé vers un groupe de journalistes complètement médusés qu'il avait gratifié d'un clin d'œil complice. Il avait ensuite levé la main droite l'index levé vers le ciel tout en interrogeant le public du regard. Il arborait le petit sourire malicieux de celui qui prépare un mauvais coup. Une fois certain de l'attention totale du public, il avait lourdement laissé retomber sa main pour écraser un énorme champignon orange sur le panneau de contrôle devant lui. Action qui avait eu pour effet immédiat de plonger la pièce dans le noir en déclenchant une sirène d'alarme doublée d'un énorme gyrophare rouge qui balayait l'espace d'un éclair stroboscopique. Les spectateurs semblaient hypnotisés, certains souriaient, d'autres ouvraient des yeux tout ronds et on entendait deux personnes dans le fond de la salle qui avaient du mal à calmer un fou-rire nerveux mais le show semblait fonctionner.

Tout le monde retenait son souffle ! Finalement, la sirène d'alarme disparut aussi rapidement qu'elle était apparue et la lumière reprit doucement de l'intensité. Quand tout redevint calme et à peu près normal, il n'y avait plus que cette immense sphère bleue au milieu de la pièce qui attirait tous les regards. Comme par magie, la sphère semblait maintenant perdre de sa consistance comme si elle implosait lentement sur elle-même. La surface perdait graduellement de son opacité pour devenir translucide. Ça y est ! On apercevait quelque chose à l'intérieur. Une bonne moitié du public, apparemment ravie qu'on lui offre un Kinder Surprise géant, avait lâché un énorme : « Wahou ! » d'émerveillement. La sphère était maintenant totalement transparente et à l'intérieur tout le monde pouvait clairement voir un énorme drone tournant lentement sur lui-même comme une voiture neuve au salon de l'automobile. Le drone ressemblait en fait plus à un insecte malade aux proportions effrayantes. L'atmosphère se détendait pourtant graduellement alors que trois hôtesses parcouraient les rangs en distribuant des parts de pizzas gratuites. Quand le drone acheva sa troisième révolution sur lui même, Larry Bird le Pdg reprit de plus belle, en s'adressant au commandant de l'escadrille.

─ Et alors, il est comment le nouveau ? Expliquez nous commandant, notre assistance aimerait bien en savoir un peu plus !

Le commandant sortit alors du rang en faisant un pas en avant. Il s'arrêta net et fit claquer ses chaussures en entrechoquant ses talons à trois reprises. On entendit trois claquements secs comme avant une levée de rideau.

─ Très bien mon Général ! dit-il en vociférant et en détachant chaque syllabe de manière exagérée. Le nouveau est un octocoptère de dernière génération à décollage et atterrissage automatique. Il s'agit du drone civil le plus compact et le plus développé jamais conçu jusqu'à aujourd'hui. Nom de code : QX-8000. Il est doté d'un design unique, avec une coque en matériaux composites de couleur noir anthracite avec ces sept petits points rouges que vous pouvez voir repartis tout autour de sa carapace, ce qui lui a valu son surnom de coccinelle.

Le Pdg Larry Bird paru très satisfait par cette entrée en matière. Il dévisageait les journalistes des premiers rangs avec un sourire approbateur.

─ Mesdames et messieurs ! Leurs dit-il sur le ton de la confidence. La première coccinelle livreuse de pizzas du monde ! Quoi d'autre commandant ?

Le commandant de l'escadrille avait également l'air très satisfait de sa prestation et il s'adressait maintenant directement aux spectateurs dans les gradins comme s'il se trouvait sur l'estrade d'une grande conférence sur l'avenir de la planète.

─ La coccinelle pèse seulement 2,9 kg, et peut transporter jusqu'à 1,8 kg de charge dans une petite nacelle située sous l'appareil soit l'équivalent de trois pizzas géantes avec leur carton et une petite bouteille de soda. Sa vitesse moyenne est de 65 kms/h mais à vide elle peut atteindre des vitesses de pointe allant jusqu'à 180 kms/h. En fonction de la météo, elle peut rejoindre n'importe quelle zone de la capitale en moins de dix ou quinze minutes en plafonnant au dessous des cent cinquante mètres d'altitude réglementaires.

Le Pdg l'interrompit aussitôt en se caressant la pointe du menton, l'air exagérément intrigué.

─  Très bien commandant, mais dites-nous en un peu plus sur ces petits points rouges. Je vois que cela intrigue certains de nos invités.

Le commandant repris son explication comme si de rien n'était. La mise en scène était d'une efficacité implacable et tout le monde semblait médusé. Le commandant se sentait quant à lui de plus en plus à l'aise dans son rôle. Il enchainait du tac au tac.

─  Ces sept petites sources lumineuses de couleur rouge que vous pouvez en effet apercevoir tout autour de la carapace correspondent en fait aux viseurs lasers des sept caméras miniatures embarquées, une caméra frontale, deux caméras latérales de chaque côté et une caméra à l'arrière. Toutes ces caméras sont dotées de fonctions de réalité augmentée avec un processeur central qui gère l'agrégation des flux pour un retour en modélisation 3D dont vous pouvez apercevoir une démonstration sur les écrans de contrôles situés sur votre gauche…

Larry Bird le Pdg, qui avait maintenant emboité le pas du commandant sur la scène, faisait mine de ne pas tout comprendre.

─  Très intéressant mais ce n'est pas tout si j'ai bien compris ?

Le commandant esquissa un sourire en coin pour reprendre aussi sec.

─   Non mon Général ! A vrai dire il ne lui manque que la parole. Non seulement, la coccinelle peut voir mais elle peut également entendre, sentir et toucher grâce aux douze capteurs sensoriels spécialement développés par nos services de Recherche & Développement, qui équipent ce modèle.

Sur ces mots, le Pdg hocha la tête en signe d'approbation tout en faisant mine de regarder sa montre avec un air de surprise dans le regard.

─ Merci commandant ! Cette présentation est passionnante mais on me fait signe que l'heure tourne ! Mesdames et messieurs, je pense que pour toutes les autres spécifications d'ordre technique, nous pouvons vous renvoyer au dossier complet qui vous sera remis à la sortie par nos charmantes hôtesses. Je vous propose maintenant de prendre quelques questions avant de nous diriger ensemble vers la plateforme de décollage….Oui monsieur ?

Au fond de la salle, un journaliste qui semblait jusqu'ici peu intéressé par la présentation venait de faire un bon en l'air pour se mettre debout la main tendue vers le ciel.

─  Bonjour monsieur le président ! John Anderson, reporter pour le Washington Post. Nos lecteurs aimeraient beaucoup savoir pourquoi vous avez choisi la ville de Washington pour cette avant-première ?

Le Pdg semblait ravi de la question.

─ Très bonne question ! Merci John. Bien entendu, au-delà des raisons politiques de ce choix…La FAA a surtout estimé que la topographie de la ville de Washington était idéale pour ces premiers tests.

─   Pouvez-vous préciser ? demanda le journaliste sans lever la tête de son cahier de note.

Le Pdg Larry Bird marqua une courte pause avant de reprendre.

─  Oui bien sûr. D'abord, Washington est une ville très aérée et aérienne, avec beaucoup d'espaces libres entre les bâtiments et avec des bâtiments qui ne dépassent en général pas trente mètres de hauteur, ce qui nous permettra de faire circuler les drones dans de larges périmètres. Il y a également de très vastes et nombreux espaces verts qui seront autant de pistes d'atterrissage pour les livraisons ou pour un atterrissage de secours par exemple. De plus et comme vous le savez, Washington dispose du meilleur réseau de vidéosurveillance des États-Unis, ce qui permettra aux autorités de suivre cette première expérience à la loupe….

Le journaliste comme le public semblaient unanimement satisfaits par cette réponse et le Pdg fit un signe approbateur de la tête à une journaliste en tailleur rose bonbon qui sautait littéralement d'impatience au premier rang.

─  Oui, une autre question ?

Se sentant visée, le bonbon rose s'avança alors d'un pas pour entrer dans la lumière.

─  Bonsoir ! Sarah Connor, présentatrice pour Fox News. Nos téléspectateurs aimeraient savoir comment ils pourront passer commande, concrètement je veux dire…Et nous aimerions également savoir comment vous éviterez les vols ou les attaques qui ne manqueront pas d'arriver sur vos drones ?

Pour la première fois depuis le début de la représentation, le Pdg Larry Bird semblait déstabilisé et il se retourna vers le commandant de l'escadrille avec une question dans le regard. Le commandant lui rendit son regard en lui signifiant que « oui » de la tête. Le Pdg reprit.

─  Merci Sarah ! Je vais laisser Tom, le commandant de notre nouvelle escadrille vous répondre sur ce point. Tom ?

Tom bombait du torse. Il paraissait très fier que le Pdg brise ainsi la glace en l'appelant par son prénom. On pouvait sentir l'amitié virile qui les liait. Il s'avança d'un pas vif en se raclant la gorge.

─  Oui bonjour Sarah comment allez-vous ? Bien entendu, nos services de développement ont anticipé ces questions et très simplement je peux répondre à tous vos téléspectateurs qu'ils pourront dès ce soir venir s'enregistrer sur notre nouveau site web de livraison : www.PizzaOutOfSpace.com. Il leur suffira de s'enregistrer en complétant leur fiche et en nous envoyant une photo-portrait de la personne qui réceptionnera la commande. Nos nouveaux drones sont équipés du meilleur logiciel de reconnaissance faciale du marché. En fait, nos coccinelles n'entameront leur vol d'approche pour livraison finale qu'à partir du moment où elles auront identifié et reconnu le visage du client qui aura passé la commande.

Le bonbon rose ne paraissait absolument pas satisfait de la réponse et leva les yeux au ciel en lâchant un petit souffle d'exaspération.

─  D'accord, c'est ingénieux en effet mais avez-vous pensé à équiper vos drones d'armes automatiques ou au moins de tasers électriques ?

  

Chapitre 3


─  D'accord, c'est ingénieux en effet mais avez-vous pensé à équiper vos drones d'armes automatiques ou au moins de tasers électriques ?

Tom, le commandant de l'escadrille était effaré par la question mais il y répondit très sérieusement.

─  Non Sarah. Nous livrons des pizzas…et comment dire ? Nos coccinelles sont totalement et complètement inoffensives. Nous venons en paix…

Le bonbon rose était passé au rouge pivoine et semblait sur le point d'exploser.

─ D'accord, tant pis pour vous ! Mais comment allez-vous livrer les clients dans les bâtiments. Vos coccinelles savent-elles prendre l'ascenseur ?

Tout le public partit alors d'un même éclat de rire et on entendit quelques « houhou ! » de réprobation en provenance des derniers rangs. Tom, le commandant était resté de marbre, et lui servit une réponse bien sentie.

─ Ha-ha ! Non, bien entendu Sarah…Vous retrouverez également sur notre site www.PizzaOutOfSpace.com, le plan topographique détaillé de la ville avec en vert les espaces autorisés pour les livraisons et en rouge ou en orange les espaces où nous ne livrons pas. Les zones rouges sont également interdites de survol et pas seulement d'atterrissage. En résumé, chaque client Pizza-Out sera invité, premièrement, à remplir le formulaire d'identification en ligne, deuxièmement, nous l'avons évoqué, à nous poster une photo-portrait pour la reconnaissance faciale et enfin troisièmement, à choisir l'aire de livraison de son choix sur la carte de la ville. Ce peut être le jardin à côté de chez vous ou la terrasse de votre immeuble par exemple…

Arrivé au bout de son explication, le commandant cherchait ses mots en même temps qu'il cherchait son Pdg du regard, ne sachant plus trop quoi faire.

─  Monsieur le président ?

Larry Bird le Pdg reprit du tac au tac.

─   Oui tout à fait Tom ! Merci…Une autre question là au milieu ! Monsieur…

Au milieu des rangs, un énorme type en chemise à carreaux et chapeau de cow-boy se leva avec beaucoup de difficultés. Une fois debout le type se mit à sourire bêtement en fixant le Pdg avec un air entendu.

─  Hello ! John Doe du Kansas City Daily. J'aurais aimé savoir si vous avez prévu le lancement d'une nouvelle pizza pour l'occasion ? Peut être une pizza au thon rouge dessinée par John Galliano ?

Le Pdg Larry Bird était à moitié hilare mais il avait apparemment, comme tout le monde, anticipé cette question qui figurait en bonne place dans le Top10 des rumeurs sur les réseaux sociaux.

─  Merci John ! Non pas de thon rouge. Nous respectons les espèces protégées chez Pizza-Out. Je vous recommande d'ailleurs la visite du site de notre fondation : www.pizzaOutForTheOceanSakeandSeaLife.com. Mais oui John, nous ne pouvons rien vous cacher. Nos meilleurs chefs ont en effet concocté une nouvelle pizza pour l'occasion. C'est un scoop ! Voici la ‘Flying Saucer', et comme son nom l'indique il s'agit véritablement d'une soucoupe volante. C'est une pizza unique au monde ! La ‘Flying Saucer' est une double ‘Calzone' de forme ovale, avec une pizza ‘Roma', notre best-seller, recouverte d'une autre pizza ‘quatre fromages'. Cette double pizza est soufflée au milieu, ce qui lui donne ce profil de soucoupe volante et ce sera la première pizza volante du monde !

Le journaliste de Kansa City semblait ravi d'apprendre la nouvelle.

─  Wahou ! Merci, j'ai vraiment hâte de la gouter !

Le Pdg qui semblait maintenant s'impatienter, reprit sur un ton plus rapide.

─  Bien entendu John ! Vous pourrez la gouter à la sortie ! Nous avons tout prévu ! Je pense que nous avons le temps pour encore deux questions ! Oui, à ma gauche !

Un grand brun, très bien habillé se leva en resserrant son nœud de cravate.

─  Bonsoir Mr Bird ! Paul Smith, pour Air & Space Magazine. Une question sécurité qui, je crois, est sur toutes les lèvres. Nous avons lu avec un grand intérêt votre étude sur l'aérodynamique des pizzas à haute altitude et dans les différentes configurations de vols. Les résultats des tests de simulation sur la chute des pizzas est également rassurante mais en fin de compte je crois que tout le monde à plutôt peur de se prendre une de vos coccinelles sur le coin de la tête non ? Vous disiez qu'elles pèsent près de 3 kilos…Nous n'avons pas eu d'informations sur le sujet me semble-t-il ?

A la surprise générale, le Pdg ne parut pas du tout embarrassé par la question qui était pourtant frontale.

─  Tout à fait Paul ! Et je vous remercie d'ailleurs pour cette question. Vous n'avez, très justement, eu aucune information sur le sujet car tout a été tenu secret jusqu'à ce soir. D'ici une dizaine de minutes nous serons sur la plateforme de décollage où vous pourrez assister, Paul, en exclusivité mondiale, à une simulation de crash-test qui vous permettra de découvrir le nouveau système d'airbag sphérique que nous avons spécialement breveté pour la coccinelle…

Le Pdg ne laissa personne réagir et enchaîna directement.

─  Je peux prendre une dernière question !

Plusieurs journalistes sautèrent alors en même temps de leur chaise en criant pour prendre cette dernière question mais un homme sur la droite des gradins, habillé en costume sombre posa une voix grave et intrigante.

─  Oui moi ! Hep ! Par ici !

Le Pdg semblait intrigué. Il ouvrit la paume des ses mains vers le ciel avec un léger haussement d'épaules comme pour s'excuser de ne pas pouvoir répondre à tous ses interlocuteurs en même temps.

─  Oui monsieur ! Monsieur ?

L'homme en costume sombre laissa passer un ange avant de poser sa question de manière calme avec un accent britannique à couper au couteau.

─ John Steed, du Daily Telegraph de Londres. Nos lecteurs aimeraient beaucoup savoir si vous comptez également livrer les troupes américaines basées en Afghanistan, au Pakistan, en Irak ou au Yémen, puisque j'ai cru comprendre que vos drones ont été développés sur la base des technologies de guerre testées sur le terrain et qui ont déjà couté la vie à plusieurs milliers de….

Au milieu de la question, la pièce fut de nouveau plongée dans le noir en déclenchant à nouveau et apparemment de manière accidentelle la sirène d'alarme toujours doublée d'un énorme gyrophare rouge qui balayait l'espace d'un éclair stroboscopique. Les spectateurs semblaient hypnotisés, certains souriaient, d'autres ouvraient des yeux tout ronds et on entendait toujours deux personnes dans le fond de la salle qui avaient du mal à calmer un fou-rire nerveux mais apparemment le show avait bien fonctionné.

Tout le monde retenait son souffle ! Finalement, la sirène d'alarme disparut aussi rapidement qu'elle était apparue et la lumière reprit doucement de l'intensité. Quant tout redevint calme et à peu près normal, il n'y avait plus personne au milieu de la pièce et le Pdg et les sept pilotes avaient tous disparus. Alors que les hôtesses pressaient déjà tout le monde vers la sortie pour rejoindre les ascenseurs menant à la plateforme de décollage située sur le toit, deux journalistes se faisaient plus insistant. Ils ne comprenaient pas pourquoi la conférence avait été interrompue si brutalement et criaient à la mascarade. Au même moment, tout au fond de la salle, derrière le grand rideau noir qui recouvrait l'arrière de la scène, bien à l'abri des regards indiscrets, le Pdg de pizza-Out s'épongeait le front avec un grand mouchoir à carreaux. Il avait eu chaud mais pas autant que les sept pilotes qui étaient eux, en ébullition après trois heures à patienter et parader sous les projecteurs dans leurs fausses combinaisons de pilote de chasse. Sans plus de cérémonial, les sept pilotes se mirent en rang mais cette fois pas au garde-à-vous. Le Pdg Larry Bird les passait en revue en s'arrêtant devant chacun d'entre eux pour les remercier, leur serrer la main et leur remettre une belle enveloppe en liquide tout en leur rappelant les clauses du contrat de confidentialité qu'ils avaient tous signé et accepté. Le responsable de la troupe rassura encore le Pdg, lui rappelant qu'ils étaient tous attendus dès le lendemain pour un tournage à Budapest. Une fois les sept enveloppes distribuées, les sept comédiens furent invités à remettre leur déguisement au vestiaire avant de prendre rapidement la fuite vers la porte de service située à l'arrière du bâtiment. Parallèlement, les deux gardes du corps qui assuraient la sécurité de la porte d'entrée, ouvrirent une seconde porte d'où l'on pouvait voir arriver sept adolescents en jean, baskets et casquette retournée. Sept collégiens, sept petits mercenaires au regard glacé et sourire affuté. Les sept pilotes de drones : les vrais.

Les vrais ! C'était le surnom dont ils s'étaient eux-mêmes affublé et qu'ils avaient fait graver en toutes lettres au dos de leur blouson Teddy-bear qu'ils arboraient fièrement. Ils avaient tous entre quinze et dix huit ans et bien qu'ils fussent les meilleurs, pas un seul d'entre eux n'était en âge légal de travailler. Ils avaient tous été recrutés lors des derniers championnats du monde de jeux vidéo. La crème de la crème. Il y avait…

  

Chapitre 4

 

Les vrais ! C'était le surnom dont ils s'étaient eux-mêmes affublé et qu'ils avaient fait graver en toutes lettres au dos de leur blouson Teddy-bear qu'ils arboraient fièrement. Ils avaient tous entre quinze et dix huit ans et bien qu'ils fussent les meilleurs, pas un seul d'entre eux n'était en âge légal de travailler. Ils avaient tous été recrutés lors des derniers championnats du monde de jeux vidéo. La crème de la crème. Il y avait…les deux frères Texas et Mike Hawk, champions du monde par équipe sur Call of Duty Advance Warfare, Gary le Player, Felix, dit ‘le dingue' et Tony la bomba les trois meilleurs pilotes sur Drone Wars. Il y avait encore Luc surnommé ‘le King' qui était sextuple champion du monde sur Mario Kart et Samantha, la nouvelle championne du monde sur Tetris plus connu sous le pseudo de Volcano sur les réseaux sociaux. Tous avaient passé haut la main les tests sur le simulateur maison et ensuite bénéficié de plus de cent cinquante heures d'entrainement en conditions réelles. C'était à eux, que Larry Bird, le Pdg de Pizza-Out, remettait maintenant les clés de la maison avec un petit pincement au cœur, Tout était entre leurs mains, littéralement. Le Pdg leur distribua à chacun la clé qui allait leur permettre de déverrouiller leur poste de pilotage puis il tourna les talons pour rejoindre à son tour les ascenseurs qui menaient à la plateforme de décollage sur le toit. Ce soir, il avait rendez-vous avec l'histoire. Il voyait déjà les gros titres : « Larry Bird prend son envol ! »

Une histoire de fous ! Voilà ce qu'avaient relayé les médias du monde entier, et une histoire sans fin…Pendant plusieurs semaines tous les médias de la planète avaient tourné en boucle les images de cette soirée d'avant-première et il y en avait eu pour tout le monde. A 19h00 pile, six drones s'étaient envolés de concert du toit du siège de Pizza-Out. Ils avaient décollé verticalement au milieu d'un feu d'artifice géant et à une trentaine de mètres au dessus de la plateforme, ils avaient chacun pris une direction différente en emmenant sous leur carapace noire des cartons molletonnés remplis de pizzas croustillantes. Sur le toit, il y avait deux robots qui chantaient leur bonheur perchés sur une estrade. Ils étaient entourés de stars du sport, du cinéma, de la politique, de la gastronomie et d'internet. Dans le ciel, il y avait des avions, des hélicoptères, des ballons et encore d'autres drones civils et militaires qui filmaient l'opération et en bas, sombre et immense, la plèbe. Une foule dense et bigarrée était venue s'entasser là depuis le matin. Il y en avait maintenant des dizaines de milliers. Lorsque le compte-à-rebours avait touché à sa fin et que les six drones avaient décollé, l'espace entier s'était instantanément rempli de millions de flashs éclairant la voute céleste dans un halo de lumières scintillantes. Washington tout entier, tel un phare dans la nuit, étincelait et crépitait dans la noirceur du monde. Le spectacle était partout, dans l'air, sur terre et derrière tous les écrans de la planète. Des milliards de regards brillaient ensemble dans une extase simultanée. Les premières images étaient dignes d'un plan d'ouverture de Star Wars. Les plans serrés succédaient aux plans larges qui enchainaient sur les flux des caméras embarquées de chacun des six drones qui venaient de décoller. Les drones survolaient tour à tour les lieux les plus emblématiques de la capitale des États-Unis. Certains filmaient le ciel ou l'horizon et d'autres filmaient le sol où l'on pouvait voir partout des drapeaux étoilés et des banderoles remplies de messages de sympathie : « Go drones ! »

En moins de dix minutes, les six drones avaient terminé de livrer les premières commandes à leurs destinataires et pas des moindres ! Hillary Clinton et toute son équipe de campagne avaient bénéficié de la première exposition médiatique avec la livraison de trois pizzas ‘Quatre saisons' dans un parc situé à moins de cinq cent mètres de la Maison Blanche. Presque au même moment, Donald Trump et sa famille avaient reçu la livraison de trois pizzas ‘Flying Saucer' au siège de campagne du parti républicain situé de l'autre côté du Lincoln Mémorial. Le Capitole, l'ambassade d'Italie et le département paranormal du FBI avaient quant à eux reçu la visite des trois drones suivants avec un mélange de pizzas ‘Regina', ‘Roma' et ‘King size'. Clou du spectacle, le sixième drone avait interrompu l'un des matchs les plus importants de la première ligue de baseball du pays qui opposait ce soir là les ‘Nationals' de Washington aux ‘Yankees' de New-York. Les joueurs des deux équipes qui étaient tous dans le coup, avaient interrompu le match pour s'asseoir en cercle au milieu du terrain et déguster ensemble une part de pizza encore fumante sous l'œil médusé du public et des télévisions.

Une fois la sixième et dernière livraison effectuée, six nouveaux drones avaient immédiatement pris leur envol du toit du siège de Pizza-Out pour livrer encore plus de stars, encore d'autres lieux mémorables. Au départ de la troisième vague, deux drones avaient simulé une panne de moteur, s'arrêtant net en plein vol à plus de cent cinquante mètres du sol pour entamer une chute vertigineuse vers les habitations en dessous. A cent mètres, les drones s'étaient automatiquement enveloppés dans une sphère gonflable géante, des airbags de nouvelle génération selon les commentateurs et à cinquante mètres du sol un parachute orange s'était ouvert au dessus de chacun d'entre eux. A quarante mètres les sphères s'étaient rétractées, les parachutes avaient été aspirés et un moteur de secours s'était mis en route pour leur assurer un atterrissage contrôlé. Le premier s'était posé dans un parc entre deux arbres à côté d'une famille en train de pique-niquer tandis que le second avait amerrit à la surface d'un petit lac où il avait barboté tranquillement au milieu des canards pendant deux bonnes minutes grâce à des flotteurs gonflables. Il avait finalement redécollé pour reprendre normalement son vol vers d'autres cieux. Il s'agissait d'une démonstration de sécurité qui avait eu le double avantage de rassurer les autorités et le public tout en relançant le show à un moment où les spectateurs commençaient à décrocher.

A 21h30, le Pdg de Pizza-Out avait pris la parole publiquement devant les caméras du monde entier annonçant l'incroyable performance qui allait suivre…Tout était filmé et diffusé en direct. Un drone s'était élancé verticalement jusqu'à atteindre cinq kilomètres d'altitude, là il avait largué le carton de pizza qu'il avait transporté sous lui dans le vide de Washington. Le carton avait alors effectué une chute libre de quatre mille cinq cent mètres qui avait duré presque deux minutes. A cinq cent mètres du sol un parachute s'était automatiquement ouvert au dessus du carton qui avait ensuite atterrit en douceur sur une table installée au milieu d'un parc. Autour de la table, il y avait les meilleurs pizzaïolos de l'entreprise ‘Out' qui attendaient la livraison pour se partager cette étrange pizza avec l'équipe de communication qui surveillait cette dernière opération comme du lait sur le feu. Les commentateurs étaient extatiques, cette pizza venait de battre trois nouveaux records officialisés en direct par le président du Guinness Book des records qui était également de la partie. Elle venait en effet de pulvériser le record d'altitude de lâché de pizza, le record de distance parcouru par une pizza en chute libre et le record de durée en chute libre pour une pizza. La soirée s'était ensuite achevée sur une performance de mapping 3D en projection sur la façade du siège de Pizza-Out qui avait permis au public de se disperser tranquillement en regardant des images de pizzas molles fondre et s'écouler doucement d'étages en étages dans un design surréaliste à la Salvador Dali. Les couches de fromage fondaient lentement le long de la façade depuis le toit de l'édifice jusqu'à ce que les derniers badauds aient finalement disparu.

Le lendemain les médias avait littéralement explosé. L'évènement avait généré une moyenne de 120.000 tweets par seconde durant toute la nuit et à 9h du matin, la première vidéo postée sur Youtube la veille, totalisaient déjà plus de 1,6 milliards de vues. Le directeur marketing de Pizza-Out espérait bien battre le record détenu par Psy avec Gannam Style qui affichait 2,865 milliards de vues au compteur depuis juillet 2012. Les titres de la presse étaient dithyrambiques ! Le Washington Post avait mis des images de l'inauguration en ‘Une' avec une manchette patriote : « Washington éclaire de nouveau le monde ! » Le New-York Times annonçait « Une nouvelle ère ! » Et USA Today avait tenté une mise en abîme audacieuse en titrant « USA Today ! » La chaine Fox News avait elle, tourné en boucles les images des crash-tests en recommandant à tous ses téléspectateurs de renforcer leur armement personnel,….Quand CNN International avait tenu pendant plus de cinq heures d'affilée avec une analyse poussée de l'impact politique de cette opération sur les prochaines élections présidentielles. Un article publié par le magazine Sport-illustrated, photos à l'appui, criait quant à lui au scandale en demandant à ce que le match de la veille entre les ‘Nationals' et les ‘Yankees' (qui avaient perdu) soit annulé et rejoué. De son côté, le Wall-Street Journal donnait, dans un cahier central, la liste des cinquante meilleures startups de drones dans lesquelles investir d'urgence. Le Kansas City Daily avait lui publié un tiré-à-part culinaire avec la recette exclusive de la nouvelle ‘Flying Saucer' assortie de commentaires de dégustation écrits par les meilleurs chefs américains. Finalement le Daily Telegraph de Londres n'avait pas relayé l'opération mais publiait à la place une enquête brulante sur les centres de détentions illégaux installés par les américains au Moyen-Orient.

Au bout de 48 heures, le site www.PizzaOutOfSpace.com enregistrait déjà plus de 900.000 inscriptions pour livraison alors que la ville de Washington ne comptait pas plus de 650.000 habitants en totalité. Certaines personnes avaient passé commande depuis le Japon, la Nouvelle-Calédonie et même l'Azerbaïdjan.

Au bout de quatre jours, les équipes du siège de Pizza-Out avaient finalement retrouvé une vie à peu près normale et au bout de six jours les livraisons avaient trouvé un rythme de croisière régulier avec une moyenne de 160 livraisons par jour.

Le 7ème jour, le centre d'appel de réservation de Pizza-Out reçu pourtant un premier appel dérangeant, dont la retranscription trainait maintenant sur la table du Pdg de Pizza-Out en grande discussion avec ses avocats…

 

 Chapitre 5

 

Le 7ème jour, le centre d'appel de réservation de Pizza-Out reçu pourtant un premier appel dérangeant, dont la retranscription trainait maintenant sur la table du Pdg de Pizza-Out en grande discussion avec ses avocats. Tonio Petuccani, propriétaire du restaurant ‘Il Vesuvio', la plus ancienne pizzeria de Washington et peut être même d'Amérique, portait plainte pour concurrence déloyale, diffamation et atteinte à la vie privée. Trois adolescents en mal de sensations fortes avaient trouvé hilarant de se faire livrer des pizzas par drone directement sur la terrasse du ‘Vesuvio'. Le problème était que la terrasse du restaurant figurait effectivement en zone verte sur le site de livraison de Pizza-Out, ce qui n'aurait jamais dû être le cas et pire que tout, la scène avait été filmée avec un téléphone portable et mise en ligne sur internet. La vidéo avait déjà été partagée plus de deux millions de fois sur facebook. Une catastrophe d'après le cabinet d'avocat qui s'occupait de l'affaire. Le Pdg s'inquiétait quant à lui surtout du précédent juridique que cette plainte allait provoquer si elle aboutissait, et a priori, elle aboutirait…Ce n'était pas bon du tout en terme d'image ! L'arrière grand-père de Tonio Petuccani, Mario, était célèbre pour avoir servi des pizzas à William Mc Kinley, président des États-Unis de 1897 à 1901 ! Il allait encore falloir mettre la main au portefeuille pour étouffer cette affaire dans l'œuf.

Le 8ème jour, Michael J. Box, le directeur marketing de Pizza-Out dû licencier sur le champ Texas l'un des deux frères Hawk et Felix le dingue l'un des trois spécialistes sur ‘Drone War', qui faisaient partis de l'équipe de jour et qui s'étaient amusé à filmer avec leurs drones une femme nue sous sa douche dans le quartier des ambassades. En arrivant à son poste, Mike Hawk, était devenu fou de rage en apprenant le licenciement de son frère Texas. Il avait menacé la direction de tout plaquer mais s'était finalement ravisé contre une promesse d'augmentation de 10%. L'incident n'était d'ailleurs pas bien grave en soi, si la femme en question n'avait pas été la maîtresse attitrée de l'ambassadeur de Grande-Bretagne à Washington. Sur ce coup, Larry Bird, le Pdg de Pizza-Out avait été contraint de faire intervenir son cabinet de lobbying pour calmer le jeu. Monsieur l'ambassadeur croyait en effet à une vengeance personnelle orchestrée par la CIA suite à la publication du dossier du Daily Telegraph de Londres à charge contre les camps de détention illégaux installés par les américains au moyen Orient,…Ce qui n'était pas le cas. Il s'agissait bien d'une blague potache orchestrée par deux adolescents en pleine puberté, mais qui avait tout de même réussi à ébranler l'une des plus anciennes et des plus solides alliances diplomatiques de l'OTAN.

Le 9ème jour, les deux drones de Pizza-Out qui étaient pilotés par Luc, le King sur Mario Kart et Samantha Volcano, la championne du monde sur Tetris, rencontrèrent à trois reprises d'autres drones également affairés à des livraisons au dessus de la ville. Les premières images prises de loin vers midi étaient trop flous pour discerner précisément de quoi il s'agissait mais sur les dernières images filmées en début de soirée, on pouvait clairement voir le logo de Pizza-In apposé sur ces drones, le concurrent direct et l'ennemi héréditaire de la maison 'Out'. Les images ne laissaient aucun doute, ces drones livraient bien des pizzas en toute impunité. Le Pdg affolé, avait alors immédiatement passé des appels aux quatre coins de la ville et ses premières craintes furent vite confirmées. Le Sénat avait voté dans la nuit un amendement express sur demande de l'autorité fédérale des douanes et de la concurrence, déclarant illégale la période d'exclusivité de quatre semaines accordée à Pizza-Out pour la livraison par drone. L'amendement avait pris effet à midi et Pizza-In, qui avait fait pression depuis des mois sur le Congrès et qui était dans les starting-blocks depuis des semaines, venait de lâcher ses drones tels des chiens enragés pour les premières livraisons.

Le 10ème jour, la guerre était déclarée ! L'équipe des ‘vrais', maintenant composée de quinze pilotes se relayant nuit et jour aux commandes des drones Pizza-Out, se savaient maintenant en opposition directe avec douze de leurs meilleurs challengers aux derniers championnats du monde de jeux vidéo. Avec Mike Hawk, le meilleur sur War Craft et Samantha Volcano la championne du monde sur Tetris, l'équipe des ‘vrais' avait trouvé un couple de leaders naturels. Mike savait jouer des coudes et motiver les troupes quand Samantha étonnait ses partenaires en élaborant des plans de vol toujours plus audacieux. Il faut dire qu'avec son entraînement sur Tetris, elle avait toujours cinq coups d'avance sur les autres. Elle était en plus la seule fille de l'équipe, une curiosité dans le petit monde des drones. Les premières provocations entre les deux équipes sur des forums pirates avaient très vite trouvé un public passionné qui se divisait de manière à peu près égale entre les pros Pizza-Out et les pros Pizza-In. Le clash, qui durait déjà depuis plusieurs heures, avait atteint son paroxysme quand l'équipe de Pizza-In avait annoncé le recrutement de Texas Hawk et Felix le dingue les deux pilotes qui s'étaient fait licencié la veille par l'équipe Pizza-Out. Tous les supporters criaient à la trahison. Les deux frères Mike et Texas Hawk étaient maintenant chacun à la tête d'une escadrille ennemie, chacun dans son camp ‘In & Out'. Les commentateurs promettaient maintenant un affrontement digne d'une tragédie Grecque en trois actes.

Le lendemain les premières provocations aériennes démarrèrent avec une course de drones organisée en secret entre les deux équipes. Les cinq meilleurs pilotes de chacune des deux escadrilles avec à leur tête les frères ennemis Texas et Mike Hawk s'étaient donné rendez-vous sur l'île de Roosevelt au milieu des eaux boueuses du Potomac, le fleuve qui traversait Washington. Le rendez-vous avait été fixé à 15h, ce qui correspondait au moment le plus calme de la journée après le rush du déjeuner. Chacune des deux équipes avait couvert le rendez-vous auprès de sa hiérarchie en prétextant un exercice de sécurité. Ces exercices étaient imposés par la FAA tous les cinq jours et personne ne s'en été inquiété. La première épreuve était une course de vitesse autour de l'île opposant un drone Pizza-Out piloté par Samantha Volcano, à un drone Pizza-In piloté par Texas Hawk. Le reste des deux équipes s'étaient réunies chacune de leur côté pour suivre l'affrontement en direct depuis leur quartier général respectif. A 14h45 l'excitation était à son comble et ils avaient tous commandé des pizzas et des sodas gratuits avant de s'installer confortablement dans leur fauteuil de la salle des commandes. Le dernier arrivé avait fermé la salle à double-tours en prenant bien soin de débrancher les caméras de surveillance interne. La course pouvait démarrer.

La première manche fut remportée haut-la-main par Texas Hawk de Pizza-In, le drone de Pizza-Out, piloté par Samantha Volcano, ayant percuté la branche d'un arbre dans un virage mal négocié. Après la collision, son drone avait dû atterrir en catastrophe avant de reprendre la course. Il avait finalement passé la ligne d'arrivée avec plus de trente secondes de retard sur son concurrent et Samantha s'était faite copieusement charrié par le reste de son équipe. Après cette première défaite, le volcan qui sommeillait en elle était proche de l'éruption et il avait fallu la retenir pour qu'elle ne saute pas sur Texas hawk de Pizza-In qui la narguait de loin avec de grands gestes explicites. La seconde manche fut beaucoup plus serrée, et cette fois c'est Mike Hawk de Pizza-Out qui remporta la victoire d'un cheveu face à Felix le dingue chez Pizza-In. Le ton était pourtant monté d'un cran et les deux drones avait manqué de se percuter sur la ligne d'arrivée. Felix le dingue se croyait dans une course de stock-car et il avait passé son temps à tenter de percuter le drone de son adversaire. La belle fut une catastrophe. Samantha de Pizza-Out, vexée et hors d'elle, avait directement envoyé son drone percuter celui de Pizza-In piloté par Texas Hawk pour le pousser hors des limites du circuit jusqu'à exploser à la surface du Potomac où il avait sombré dans le courant en moins d'une minute. Tout le monde comprenait maintenant pourquoi Samantha était surnommée ‘Volcano'. L'équipe de Pizza-In hurlait au scandale sur le forum pirate qui retransmettait la rencontre. Après trois aller-retour en insultes et provocations diverses et sous la pression de l'un de ses groupes de fans les plus virulents, l'équipe Pizza-In provoquait celle de Pizza-Out dans un duel à mort entre drones. D'un commun accord, le rendez-vous avait été fixé au lendemain, toujours à 15h mais cette fois un peu plus loin après l'île de Roosevelt, le long des voies ferrées, sur les rives marécageuses de Georgetown. Il avait été convenu que chaque équipe serait autorisée à équiper son drone d'une arme de son choix entre un filet métallique, une lame rétractable ou un taser électrique. A la demande générale, les drones seraient respectivement pilotés par les deux frères Texas et Mike Hawk, que tout le monde voulait voir s'affronter dans un duel fratricide.

Le lendemain, les deux drones étaient à l'heure au rendez-vous. Ils se faisaient maintenant face à cent mètre de distance, chacun posé sur une marque virtuelle. Texas et Mike Hawk se tenaient également l'un en face de l'autre, bien installés derrière leur drone respectif. Il avait été convenu que chaque drone devrait décoller de sa marque à 15h10 pile. Les règles étaient simples. Il s'agissait d'un combat à mort. Le premier drone qui s'écraserait sans pouvoir redécoller serait désigné perdant. La seule surprise du combat résidait dans le choix des armes,…

 

Chapitre 6

 

Le lendemain, les deux drones étaient à l'heure au rendez-vous. Ils se faisaient maintenant face à cent mètre de distance, chacun posé sur sa marque virtuelle. Texas et Mike Hawk se tenaient également l'un en face de l'autre, bien installés derrière leur drone respectif. Il avait été convenu que chaque drone devrait décoller de sa marque à 15h10 pile. Les règles étaient simples. Il s'agissait d'un combat à mort. Le premier drone qui s'écraserait sans pouvoir redécoller serait désigné perdant. La seule surprise du combat résidait dans le choix des armes,…filet, lame ou taser, chaque équipe avait tenu son équipement létal secret jusqu'au bout. Sur le forum pirate, spécialement créé pour l'occasion durant la nuit et rebaptisé 'Black Hawk down' pour l'occasion, le public était venu nombreux assister au premier Chifoumi aérien de l'histoire des drones. A 15h10 les deux drones avaient décollé verticalement de manière synchronisée.

A dix mètres du sol, le drone de Pizza-Out piloté par Mike Hawk avait déployé une lame géante à double tranchant de deux mètres de long et s'était élancé en direction du drone de Pizza-In…qui lui, n'avait pas bougé. Au sol, Texas Hawk semblait anormalement serein. Mike, qui s'était pourtant régalé d'avance à la tête que ferait son frère en voyant la longueur de son sabre, était perplexe. Il n'était pas rassuré mais il n'avait pas le temps d'y penser plus longuement. Il devait maintenant se concentrer pour stabiliser son drone en vol stationnaire alors que plusieurs rafales de vent était venu le chahuter en prenant prise sur la lame géante. A trente mètres de distance, le drone de Pizza-In piloté par Texas Hawk avait sorti sous sa carapace un pistolet mitrailleur Uzi-9 semi-automatique et il avait ouvert le feu sans sommation sur son opposant avec trois rafales successives. Le drone de Pizza-Out, presque à bout pourtant, avait littéralement explosé sous les balles. Mike Hawk était effaré et toute l'équipe de Pizza-Out au sol s'était instinctivement couchée à terre, mains sur la tête. Le drone était parti en zigzaguant de manière incontrôlée et en crachant une longue colonne de fumée noire pour aller se cracher quinze mètres plus loin sur la rive marécageuse du Potomac, s'enfonçant à moitié dans la vase. Maintenant, le drone de Pizza-In piloté par Texas Hawk paradait victorieusement en dessinant de petits cercles concentriques au dessus de la carcasse de sa victime. Après trois petits tours, il avait repris un peu d'altitude pour déployer une grande banderole sur laquelle était imprimée un Smiley géant assorti d'un énorme LOL ! Texas et toute l'équipe de Pizza-In était absolument hilare. Ils se tapaient dans la main en exagérant volontairement leurs gestes : « check ! » à la manière des joueurs de NBA qui se congratulaient sur le banc de touche après une belle phase de jeu.

La violence du combat avait sonné tout le monde. Le forum pirate 'Black Hawk Down' avait été enterré dans les entrailles du Deep-web à une vitesse effarante et toutes traces de l'incident supprimées de la toile. Texas Hawk, le pilote Pizza-In avait directement rapatrié son drone dans un hangar de service afin d'en déboulonner le Uzi et s'en débarrasser discrètement. C'est Felix le dingue qui avait la charge de faire disparaître l'arme du crime et personne ne voulait savoir ce qu'il allait en faire. Quant à Pizza-Out, l'équipe au sol emmenée par Mike Hawks, Luc le King et Samantha Volcano avait dû se magner le cul pour couler le drone dans les eaux du Potomac avant de le reporter comme définitivement perdu auprès de leur hiérarchie. Le soir même, Mike, Luc et Samantha étaient mis à pieds pour une durée indéterminée et la direction de Pizza-Out avait diligenté une enquête de sécurité à la demande des assurances. Larry Bird, le Pdg était entré dans une colère noir et les avait tous les trois menacé de licenciement direct s'il découvrait la moindre malversation. Après ce coup là, plus personne n'avait bougé une oreille pendant deux longues semaines.

Quinze jours plus tard, les livraisons avaient repris leur cours normal et l'enquête interne de Pizza-Out avait conclu à une avarie technique. Le drone qui avait coulé dans le Potomac n'avait jamais refait surface et les assurances avaient été contraintes de prendre à leur charge le remplacement du drone. Finalement les habitants de Washington s'étaient habitués avec une rapidité déconcertante à croiser au dessus d'eux des drones livreurs de pizzas. In & Out…Out & In, les deux rivaux livraient et se croisaient dans le ciel dans l'indifférence générale.

Le soir du 1er octobre, sept drones Pizza-In étaient spécialement affairés au ravitaillement en pizzas d'une 'Roof Top party' qui réunissait différentes délégations diplomatiques d'Europe de l'Est sur le toit de la résidence privée de l'ambassadeur des Émirats Arabes-Unis à Washington. Les drones arrivaient, les invités s'extasiaient, les drones livraient, les invités dînaient, le Champagne coulait à flots et les drones repartaient s'approvisionner pour revenir et ainsi de suite jusque tard dans la soirée…

A 23h37, alors que trois drones Pizza-In entamaient un dernier vol d'approche vers la terrasse où la fête battait son plein, deux drones Pizza-Out surgirent du néant pour les intercepter en les recouvrant d'un grand filet bricolé avec des fils barbelés. Les pilotes de Pizza-In, qui étaient sur le qui-vive depuis leur dernier affrontement, avaient instinctivement dégainé les tasers électriques dont ils avaient équipé leurs drones pour envoyer trois puissantes décharges en direction de leurs assaillants. Empêtrés dans le filet, ils avaient malheureusement manqué leur cible et les trois décharges avaient directement atterries dans la grande piscine autour de laquelle se tenait la fête sur le toit de l'immeuble. Deux mannequins russes qui barbotaient en bikinis dans l'eau furent immédiatement électrocutées. Elles se tordaient de douleur en hurlant sous les yeux horrifiés des invités. Les cheveux de l'une d'entre elles prirent feu en fumant comme un vieux pétard mouillé. Tous les invités affolés couraient vers les sorties de secours pendant que les trois services de sécurité qui accompagnaient les délégations russes, géorgiennes et ukrainiennes dégainèrent leurs armes en arrosant sans discernement tous les drones qu'ils voyaient passer dans le ciel d'une pluie de balles traçantes. Les trois drones Pizza-In, encore pris dans les filets, vinrent s'écraser avec pertes et fracas sur les tentes du traiteur de la soirée mettant le feu au buffet et aux cuisines. Les deux drones Pizza-Out tombèrent quant à eux rapidement sous les balles pour aller s'écraser en tournoyant quarante mètres plus bas au milieu des limousines garées dans la rue. En haut dans la piscine, les deux mannequins flottaient inertes à la surface. Elles semblaient mortes ou au moins inconscientes. L'une d'entre elles surnageait au milieu d'un banc d'anchois en provenance de la pile des cartons de pizzas dont personne n'avait voulu et qui s'était renversées dans l'eau. Le chaos était total. Un peu plus haut, en vol stationnaire à trente mètres au dessus de la scène, il y avait quatre nouveaux drones que le raffut avait attirés là. Il y avait un quadricoptère d'Amazon transportant des bibles, deux octocoptères de Google en repérage topographique et hexocoptère de CNN International qui filmait toute la scène en direct.

Les dernières images retransmises à la télévision juste avant la coupure publicitaire furent celles de l'arrivée de deux drones pompiers et d'un drone ambulance volant au secours des victimes. Apparemment quelqu'un avait eu la bonne idée de composer le 911…

 

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