Actuel futur d’une ville endormie

Stéphan Mary

Concours de nouvelles et de poésies Mo(ts)dernité En octobre 2015, l’espace aérien des États-Unis sera ouvert aux drones. Comment sera le ciel de nos villes ?

sens Fiction
Virus d'une mélodie virtuelle et citadine pour stradivarius

triste Uchronie
A désiré soulager l'angoisse des citoyens d'une nuit noire

sang  Cyber
Avant que la vie des insoumis doucement ne s'altère

artiste fictif
Passages piétons des réseaux sociaux obligés qui divaguent


Actuel futur d'une ville endormie


Les lampadaires aériens sur Terre se sont allumés
L'univers sans âme dans l'ombre a vite condamné
Un poète clochard du verbe l'obligeant à s'exiler
Pour avoir rimé un ciel jamais ensoleillé ni étoilé 

Le poète franchit le pont pour arriver au pont suivant
Pont gribouillé par ses graffitis dans la ville endormie
Il interpelle le temps aiguille en arrière aiguille en avant
Hurle je veux l'heure exacte pour me leurrer moi aussi

Le poète râle dites-moi l'heure car au bout du temps un point
Rond-point de la ville qui se concentre sur la survie des masses
Point final avant de se déconnecter de la vie coup de poing
Ville d'humains agglomérés et rythmés par le temps qui passe

Passe-temps occupé à écrire des vers dans la ville endormie
Subitement sous un lampadaire il voit au bout du pont sa mort
Entre deux voitures en miroir la faucheuse accroupie fait pipi
Sur le temps qui passe au-dessus du fleuve sans aucun remord

Arrêt sur image le poète graffite Elle est si belle ma ville la nuit
Nuit qui suinte la sueur des exténués alités qui dorment encore
Il erre somnambule regarde cette femme passant près de lui
Il marche vers elle mais elle presse le pas il fait si nuit dehors

Retourne toi ma belle s'esclaffe-t-il il n'y a que toi moi et la nuit
Moi aussi j'ai peur du vide de sauter et m'écraser pour de bon
Mais peut-être es-tu la mort déguisée cachant tes maux serviles
Mot M A U X planqués sous l'angoisse de devoir sauter du pont

Quelle heure est-il à ce moment précis de mon tourment fatal
Elle tourne la tête il relance regarde-moi et dis-moi oui subtile
Viens avec moi on va boire un café au bar de la rue principale
Un café tiédi par le voyage du caféier vers le cafetier mercantile

Dans le ciel robotisé reste-t-il encore une étoile exceptionnelle
La femme accélère son pas mais il a besoin qu'elle le remarque
Hier j'ai bu des étoiles au fond d'un boc de bière surnaturel
Le poète crie arrête-toi et renchérit écoute les violons du parc

Laisse-moi te raconter ses rires ses baisers et ses bancs occupés
Les enfants rêvaient les balançoires s'en allaient jusqu'au ciel
Les politiques préfèrent les drones place idéale pour les garer
Plus de balançoires d'enfants de rires d'amoureux si essentiels

Parc qui sert de parquet judiciaire en frappant à coup de lattes
Les indésirables traversant le centre sont condamnés à subir
L'exil et la justice s'imaginent ainsi empêcher que la nuit éclate
Les drones traquent le larsen de la cité sans parler ni souffrir

 Le poète stoppe la femme et murmure tu es là pour moi je le
sens
En souriant tu parcours simplement la ville dans la rue de l'art
triste
Il te suffit de trouver le passant et de bifurquer dans l'artère en
sang
Je suis un poète de l'art triste mais je refuse de rimer mon âme

d'artiste

Art qui se tait sous un ciel traversant la nuit sans commentaire
Artère centrale dans le ciel cimetière des technologies en furie
Le poète témoin enterre seul ses alexandrins face contre terre
Tous les soirs il quête la lune invisible de l'artiste qui s'ennuie 

Le poète regarde la femme pense gare à toi dans la nuit voilée
Il la détaille la fixe droit dans les yeux elle lui semble abordable
Puisque tu es ma mort laisse-moi boire un dernier pousse café
Arroser le fiel pollué sans étoile sans soleil ma peur si minable


Mais le poète fatigué lève les yeux au ciel et change de ton
Il opte pour la brièveté devant la mort il le sait pas de pardon


Tu entends les rythmiques des cordes du violon demande-t-il
Les cordes bon dieu les corps de là-bas où il fait bon circuler
Averse de vers subtils envers et contre tous dans la basse ville
Marchons vers l'autre rivage à l'inverse de ce centre numérisé

 

Quartier du petit Chicago avec ses putes ses bars et ses macros
Veulent tirer un coup pour pas grand-chose se sentir soulagés
Les marins en perm sont des clients affamés qui ont les crocs
Soul âgé avec la petite chose une gosse perdue dans le quartier

 

La vie vitale de la ville se joue dans les regards des couche-tard
Ville noire éclairée d'un néon pour nuits blanches en la mineur
Qui voit danser inlassablement sur les tables blanches et noires
Tendent leurs corps payant trébuchant se la jouent en si majeur

 

Suites et fugues accolées dos à dos toutes tarifées en ciboire
La femme est l'œil de la ville endormie rassurée par les drones 
Viens dit-il emboîtant le pas à la mort qui l'attend au parloir
Vois les caméras aériennes traquent le fou solitaire qui détone

 

Il la suit et essuie la suie tombée du ciel qui suinte sans cesse
Poussières d'un ciel dans lequel il a longtemps cherché le soleil
Il tag tic tac en sillonnant le parc sans subtilité sans délicatesse
Il est l'heure que la ville dans son tempo métronome s'éveille

 

Il la connait tantôt ville de marche et trop tard marche en ville
Il aurait envie de programmer la mort pour laisser une marque
Venger une gosse du Petit Chicago des réseaux sociaux inutiles
Sous le ciel pollué de technologies sauvegardées dans le parc

 

Parc nano bits pour se connecter au ciel et payer sans sourire
Parc bureautique et séquentiel sans écho laissant un goût amer
La ville algorithmique l'ignore lui il le sent il le sait et soupire
La mort attendra lui va écrire sa dernière ligne et rimer le vers


Nuit qui se termine sur sa toute dernière partition
Il fait demi-tour il veut juste retrouver son ennui
Il le sait il est un de ces fous qui finira au violon
Il presse le pas prend la rue du bonheur par envie


Rentrer chez lui dans sa nuit sous le pont
Etre à l'heure trembler cacher ses terreurs
Il fait froid plus de force pour faire front
La mort n'a plus qu'à passer il est l'heure

 

Il se glisse dans son carton à même le sol
Sans fausse note il finit l'hypertexte qu'il écrit
Fait des liens pour jouer numérique qui isole
Il a juste dit reset quand la faucheuse l'a pris


Les lampadaires aériens sur Terre se sont allumés
Une fois de plus l'univers a condamné et exécuté 
Un poète clochard faisant rimer espace ensoleillé 
Avec un arc en ciel aux couleurs toujours réinventées

  

La ville ne se penche pas sur son cadavre

Un drone l'a survolé n'a pas trouvé ça grave

Indifférente elle ne cherche pas à savoir qui il est
Ce sera aux services poubelles de prendre le relais


 La matrice s'est regardée dans le miroir c'était hier
Elle a préféré protéger son portrait et taire les faits divers
Sous un pont une femme met en musique elle a le virus

Virus d'une mélodie virtuelle et citadine pour stradivarius


La ville replonge technologie du o-1 binaire elle compte
Sur la portée numérique les octets couchés racontent
Comment dans la nuit un artiste un poète sans histoire

A désiré soulager l'angoisse des citoyens d'une nuit noire


Partition-programmation une femme a voulu mettre un point
Les embouteillages assourdissants se sont accélérés au loin
Les nano bits et teraoctets ont repris sur sol et dans les airs

Avant que la vie des insoumis doucement ne s'altère


 Dans la partition insensée la ville anthropophage a calmé
Tous les instruments orchestre symphoniques sont comprimés
Notes de l'étouffement d'une cité dans le creux de la vague

Passages piétons des réseaux sociaux obligés qui divaguent 


La femme se déconnecte saisit un violon met une
cartouche 
Sur sa composition le ciel de la ville numérique sera la dernière touche 
Pour les citoyens copie conforme des bips bips d'une planète 
technologique
Fera de sa dernière partition un opéra comète en mémoire
d'un poète solitaire


 

Devant la glace sans tain la ville écrit des vers

Versatile

Le virus de la modernité a fini à l'endroit à l'envers

Vibratile

Dans les phares de l'espoir la ville a mis un réverbère

Inutile

Le virtuel a comblé le vide d'une population cherchant son air

Extensible

Sous l'œil des drones les exclus s'endorment espoir suicidaire

Projectile


Musique : Mama Béa Tekielski - Faire Eclater Cette Ville 
Image : Le zèbre / Stéphan Mary

Texte déposé

Report this text