La femme qui ne voulait plus être pressée

Virginie Gavaldadeix

Concours -points de fuite- Éditions Intervalle


Délit de fuite en avant ;la femme qui ne voulait plus être pressée

 La

La ville , mon idéal? se demandait


 Émeline, assise -pensive-,à un café de la rue. J'y suis née mais j'en ai marre! La critique est si facile, serait-ce différent ailleurs à la campagne?Ni fautes inexcusables,ni erreurs insurmontables s'était-elle imposée. - Mais Tu t'imposes toujours de ces trucs: Aberrant! Pars, ne te retourne pas c'est tout!Te voilà qui parle toute seule maintenant, mauvais signe!Elle comptait une nouvelle sur sa bonne étoile qui ne l'avait jamais abandonnée; pour qu'enfin ses rêves deviennent réalité.Un gars,un peu pochtron mais causant,croisé ce matin au bistrot, ne lui avait-il pas déjà lancé,déconfis par son air dépité?« L'alcool délie les langues mais rapetisse le cerveau, j'suis là pour le prouver. Changer de vie? Partez ,à la campagne. Changez d'horizons! Je ne suis pas vot' doc mais vu votre air décati, faut d'urgence du repos! Quittez l'enfer de la ville, trop étouffant ici, Partez loin des des voitures,du bruit ,de l'agitation. Ce sera plus simple! j' vous dis pas que les tracteurs sont toujours au repos ni que les paysans sont des feignants à cause des machines, mais pour vivre c'est plus cool!»I. «Mais une fuite, ça ne s'organise pas?» Prendre du recul s'avérait nécessaire:rentrant chez elle, elle fit son sac, prit un canard urbain puis sans doute par mélancolie ressortit observer la ville une dernière fois. - Un bon désordre, une petite révolution, y'a que ça d'Vrai! Soupirait-elle, impatiente!ces heures de vide lui plaisaient bien; Dans sa tête c'était déjà la fuite.- Mais une fuite ne se prépare pas! disait Adrien, son ami reporter-photographe, vu la veille.- D'accord, mais si t'organises rien, c'est l'foutoir! Pour trouver un Mieux Vivre, un changement radical vers plus de calme s'impose pensait-elle.La situation imposait donc un nouvel objectif: S'enfuir de la ville devenue asphyxiante,cette ville qui l'avait pourtant vu naître. Elle la connaissait par cœur cette rue: son «Lieu-dit»de vie,le quartier son territoire, les commerçants de bons copains,les cafés des refuges et les boutiques d'affreux labos de vie citadine.Accoudé au comptoir, un habitué lui dit:- «Vous n'avez pas l'air bien? Un p'tit Ricard?»-«Pas à neuf heures du mat quand même et puis j'aime pas l'anis!» Dehors, ce matin-là, seuls quelques badauds erraient sur le marché; le vendeur de primeurs râlait,tout seul: «Y' a plus de saisons,le temps est moche partout!»La veille, son ami Adrien :- « L ’Amazonie, j'la connais vraiment bien, pour y avoir bourlingué plus de vingt ans, de merveilleux points de fuite en vérité, par mes expéditions, échappant ainsi aux puanteurs de la ville. Et pis question aventure, voyages et migrations, là-bas j'suis gâté!»- oh moi dit-t 'elle, un peu honteuse d'avouer une telle platitude de vie ma vie est très rangée, très popote,c'est dans ma tête que je voyage:Mes lectures,le ciné,la musique me font voyager loin,Le dépaysement est total!Bien sûr,j'suis pas réellement sur les lieux mais tu sais moi, les visites! - Oui, mais il te manque le contact direct,la proximité avec la population que seuls certains échanges locaux permettent répondit Adrien. - C'EST le rêve de connaître ça? Je ne le vis qu'en rêves ou par le récit de tes voyages. Je voyage par ton intermédiaire. Pas besoin de contacts directs,tu les prends à ma place! Je dis ça sans honte,même si tes voyages me donnent souvent envie de partir aussi, Tu m'apportes la sensation du lointain. iipas besoin d'une plage des Seychelles, le Lubéron suffira bien.Des parcours à dos-d'ânes dans le désert de Gobi ,l'ascension des sommets des monts tibétains, de bonnes plongées dans l'Océan indien ,super escapades!Émeline faisait la tête,toute la misère du monde semblait une fois encore s'être abattue sur elle :coexistant en elle, le désir de fuite et celui de rester qu'elle savait si inconciliables,elle ne savait vraiment que choisir, entre les deux options. Sa vie entière passée en milieu urbain, cette envie de quitter la ville:un vrai challenge. pour fuir,il fallait s'oublier un peuet renoncer à l'égoïsme forcené de certains urbains.Son nouveau mot d'ordre:«Fuyons la ville!»,la Cité lui collant aux basques depuis l'enfance.Ne plus ressembler aux autres Statiques, la fuite était bien là,en apparence minime, mais la conduisait à un NOUVEAU MENTAL. Les autres ,dont elle aurait tant aimé s'affranchir, l'aideraient sûrement encore à sortir de ce bourbier mental.Échapper à cette vie trop rapide, Fuir les citadins sans cesse pressés:son futur? III. - Un bon désordre,une petite révolution, y'a que ça d'vrai! Trouvée en plein état d'ébriété sur la voie publique ,la justice s'était saisie de son cas. Accusée d'avoir fui bêtement le cours d'une vie plate et rangée, ELLE était signalée comme en fuite.Le juge ,voulant jouer à l'original, outrepassant son rôle, créa de toute pièce un nouveau délit:Le REFUS DE VIVRE COMME TOUT QUIDAM, SELON LES US ET COUTUMES DE NOTRE BONNE VIEILLE Société entraînant de sobres travaux d'Intérêt Général de participation à la vie active d'une ferme auto-gérée.Elle partirait donc dès le lendemain chez Les roux, arboriculteurs bio dans le Loiret pour accomplir sérieusement sa peine.Cette attitude surprenante de repli face à la justice l'empêcherait sûrement de commettre de nouvelles fautes inexcusables.Elle acceptait sans broncher la sanction!? Ne profiterait-elle pas de ce retour aux sources,un peu forcé, pour agir enfin librement? Elle avait en effet, la très fâcheuse manie de n'agir que selon son bon plaisir. Un autre délit à commettre pour trouver enfin le bonheur. IV.Le délit de rêve d'un monde à part?..5999 SIGNES

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