La place assise

citronrk

Je rentrais de l’évènement « l’agriculture à Paris » où j’avais piétiné dans la foule pendant de longs moments pour voir des arbres et quelques rares fleurs que j’apprécie dans leur environnement naturel. Mais là, c’était « déplacé », c’était le cas de le dire.

L’idée me vint que pour échapper à la foule, le mieux était d’emprunter le métro. Mais une fois dedans, je m’aperçus que d’autres avaient eu la même idée. D’où une longue queue à nouveau. Je pris mon mal en patience. Enfin, j’accédai à une rame de métro et pas de place assise comme je m’y attendais!  Sauf juste devant moi une petit garçon, tout petit, une copie de Oui Oui, les yeux noirs et vifs, la coiffure en apostrophe, le joli petit minois plein de fraîcheur, jean et chemisette, se tenait bien droit au bord de sa chaise qui paraissait immense. Je cédais à la tentation et joignant le geste à la parole : je lui dis : tu me fais une petite place et je m’apprêtais à poser une fesse sur le bord libre de la chaise  . Mais la réaction ne se fit pas attendre : D’un mouvement rapide, il occupa toute la place en disant « Non ». Surprise, je me résignai à rester debout, quand sa maman intervint.

-         Viens sur mes genoux, dit-elle avec autorité.

Mais le petit n’en avait cure, il résistait vigoureusement.

-         Viens près de moi, répéta-t-elle avec insistance, Madame doit s’asseoir.

 C’était  une jeune femme brune, un peu carrée, cheveux bien coiffés, toute sa tenue était d’une netteté irréprochable. Elle ne criait pas, mais s’exprimait avec fermeté. Mais rien n’y fit. Son fils était inébranlable. D’un coup, elle se leva et lui fit signe de prendre sa place, ce qu’il fit. Elle restait debout contre la fenêtre et me pria de m’asseoir sur la chaise maintenant vide. Mais je refusais en disant :

-         Ah, non, je ne prendrai pas votre place.

-         Asseyez-vous, Madame, insista-t-elle..

-         Pas question, repris-je imperturbable.

-         Allez-y, cela me fait plaisir.

Je refusais pour la nième fois.

 Nous étions debout toutes les deux et les personnes autour de nous souriaient de cette situation absurde où nous adultes étions debout et le petit qui se faisait de plus en plus petit seul sur sa chaise. Il se tourna vers son père cherchant un allié et lui demanda d’occuper la chaise vide près de lui. Mais son père refusa catégoriquement.

 Pour sortir de ce statu quo déplaisant  qui s’éternisait, je dis au petit :

-         Viens t’asseoir près de moi pour que maman puisse s’asseoir.

 Et je m’assis sur le bord de la chaise en l’attirant vers moi. A ma grande surprise, il se laissa faire sans mot dire et mon bras l’entourait comme pour le protéger. Je dis :

-         Tu es gentil, c’est bien.

Sa maman reprit alors sa place précédente et tout rentra dans l’ordre. Le petit garçon restait blotti contre moi silencieux, comme si quelque chose lui échappait et le faisait réfléchir.

 Deux ou trois stations plus tard, le couple qui occupait les deux chaises en face de nous se leva  et descendit. Oui Oui sembla reprendre vie. Il se leva avec un sourire, occupa la place en face de sa maman et appela son père qui le rejoignit. Il tenta d’attirer l’attention de ses parents par des petits jeux, mais sans résultat. Alors, il tira sur un passeport d’écolier qui était dans le sac de sa mère et se mit à montrer les gommettes à son père en parlant très fort comme pour évacuer la tension précédente et se faire pardonner. Son père l’aida une ou deux fois en bougonnant.

 Quelques stations plustard, ils se levèrent à leur tour . Ils descendaient.. Sa maman dit à Oui Oui :

-         Dis au revoir à la dame.

-         Au revoir, dit il, ses parents l’accompagnant en chœur.

Je répondis en souriant: - Au revoir.

 La maman reprit seule cette fois :

-         Au revoir, Madame.

Et je répondis pour elle toute seule :

-         Au revoir, Madame

 Nous nous étions comprises et nous avions l’une pour l’autre une admiration réciproque. Moi, parce qu’elle avait su recadrer son fils sans violence et elle parce que j’avais amené son fils à respecter ses valeurs sans pour autant le rejeter.


Nous étions partenaires pour construire le monde de tolérance et de respect mutuel dans lequel nous voulions vivre.

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