La religion est morte, vive la religion

Emmanuel Turlay

Nos sociétés occidentales mènent un combat acharné contre les religions et réintroduisent le scientisme. S’il est urgent de se débarrasser des sources d’intolérance, les textes sacrés doivent être regardés avec un oeil neuf.

Il n’est pas inhabituel d’entendre lors de discussions mondaines des “Ha non mais moi, je suis anti-religion, tout ça c’est que des conneries, le monde serait bien meilleur sans religions”. Tenir un tel discours est de bon ton au sein de nos groupes de trentenaires alcoolisés et désillusionnés.

La religion, puisque c’est un mot panier dans lequel on fourre tout ce qui ne relève pas de la science, de l’art ou du matérialisme, représente l’obscurentisme, l’oppression patriarcale et le contrôle des moeurs. Il faut dire que sa représentation médiatique est souvent caricaturale et rarement modérée et moderne. Il est donc parfaitement naturel de la rejeter en masse en faveur de la science toute puissante et du matérialisme post-post-moderne.

Lorsqu’il s’agit de combattre la bigoterie, l’intolérance, l’exclusion, la rigidité d’esprit, je suis le premier et le plus féroce des soldats. Mais il est crucial d’éviter l’amalgame entre les interprétations décérébrés des textes sacrés et leur vraie valeur historique, éducative et spirituelle.

Le fondamentalisme n’est pas religieux

A mon sens, le fondamentalisme n’a rien à voir avec la religion. Le but de celle-ci est d’enrichir spirituellement l’individu et de lui permettre de vivre en harmonie avec lui-même, sa communauté et la nature. Le fondamentalisme n’est autre qu’un fascisme de plus. Il en a tous les attributs : endoctrinement, propagande, privation des libertés, intolérance… Comme tous les fascismes il doit être combattu et éradiqué. En revanche, il est extrêmement important de se ré-approprier la religion. La religion ne doit pas se définir par ses extrémismes. La campagne "My Jihad: reclaiming Islam" tente de faire exactement cela. Ressaisir le concept de jihad des griffes des fondamentalismes pour lui redonner son sens initial.

La religion étouffée par ses institutions

Originellement, la religion fournissait un cadre de vie aux communautés humaines. Elle donnait un sens mystique profond à la vie, au delà de la survie basique. En outre, à une époque ou la science était embryonnaire, elle permettait de donner une explication aux phénomènes inexpliqués, d’instaurer des règles d’hygiène, de régir la vie sociale et d’évoluer au delà du barbarisme animal. Inéluctablement, la nature humaine a érigé des institutions et des lois pour codifier la pratique religieuse et légitimer le pouvoir de ceux qui s’en sont saisi. Depuis le début, ces institutions puissantes eurent d’avantage un caractère politique que spirituel. Les dirigeants religieux oeuvrèrent à assoir leur emprise sur les communautés en manipulant les textes sacrés à dessein et en utilisant la peur comme principal outil de contrôle. Plus jamais la religion ne fût un parcours introspectif personnel, une quête de vérité et d’harmonie avec la nature. Le concept de dieu est devenu une force de réprobation et de punition, une puissance à craindre et vénérer. Dieu est passé d’un concept (le concept du beau, du sacré, du parfait, du mystique, du miséricordieux) qui procure une force de vie, à un individu dominant aux défauts profondément humains (colère, vengeance, jalousie…), un patriarche tout puissant qui récompense les bonnes actions, puni les pêchers et demande des prières et des sacrifices. Cette migration du mystique vers le politique ne fût que logique et inévitable dans le cours de l’histoire humaine. Il me semble néanmoins que certains mouvements tels que le soufisme furent des tentatives de recentrage de la pratique religieuse vers l’introspection. Il me semblerait également que l’éloignement du mystique et du spirituel s’est opéré de manière plus prononcée au sein des trois grandes religions monothéistes (peut être celles plus sujettes aux luttes de pouvoir en raison de la taille des communautés assujetties : l’Europe, l’Afrique, les Amériques).

Une religion laïque sans croyance

Et si la religion se débarrassait de ses institutions ? Et si la religion ne s’appuyait pas sur un texte sacré mais sur tous les textes, sacrés ou pas ? Et si la religion se définissait par une quête plutôt que par une croyance aveugle ? Si c’était la quête de la vérité et de l’harmonie et non l’abnégation à vivre selon un jeu de règles certainement justifiables à une époque mais totalement archaïques au XXIème siècle ? Si, à l’instar du sport qui cultive le corps, de l’art qui cultive l’imagination, de la science qui cultive la logique et la rationalité, la religion était simplement un aspect de plus de notre vie qui cultive le coeur et le mysticisme, tout ce qui ne se défini pas facilement par le discours ?

L’être humain a besoin de cette facette là de sa nature. Dans nos mégalopoles déshumanisés, les cours de méditation ne désemplissent pas. Par mode, certes, mais également par nécessité. Les hommes tentent de combler le vide laissé par la disparition de la religion par d’autre forme de spiritualité. L’éradication de la spiritualité et du mystique signifierait la disparition de la civilisation humaine et le retour à l’aliénation et à l’asservissement à la loi brutale de la survie.

Terminons d’enterrer les institutions et autorités religieuses archaïques mais prenons garde à ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain. L’être humain à besoin de spiritualité, laquelle il peut trouver dans les écrits mystiques ancestraux.

  • Tu as une position très intéressante, que tu défends très bien, et je suis en large partie très d'accord avec toi; merci pour cette analyse!

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    jasy-santo

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