La Route aux Chrysalides

Lézard Des Dunes

La Route aux Chrysalides

Il n'y avait pas le son des cloches pour sonner l'arrivée du printemps.

Mais des chemins faits de bitume défoncé et d'anicroches feintées, à en faire chuter. Oh, que nous sommes fiers quand on coure à pas vibrants au-dessus des tas de pierres. Des racailles. Des miséreux avant soi qui se sont vautrés, ventres à terre, ou qui trop lâches et trop las se sont figés, pieds et poings soudés par des fers.

On a si peur de ne voir personne face à soi, devant soi. Que personne ne nous sache vivant. Ne nous aime, ne nous juge comme un égal. On flippe et d'un seul coup on doute. On jette un œil craintif au derrière de soi. Et ?

Et on sent l'odeur putride de ceux qui ont douté, à tort ou à raison, à tel point que leurs pieds aux cents pas se sont limés jusqu'à l'os et sont maintenant rongés par les rats.

On voit les yeux noyés par les larmes et les bouches tordues de rage de ceux qui laissent les démons se régaler de leur âme. Les fous qui crient à la famine alors que ce qui brille se trouve juste sous leurs bottes. Le rire dément de ces esclaves aux yeux de veaux et bouche tarée qui se prélassent dans la fange comme des porcs dans du lisier. Ces fanatiques réactionnaires, aux tripes tordues par la trouille et aux lèvres tremblantes desquelles découle l'écume de la haine populaire.

Je croyais que le plus simple, dans le fond, était de courir sans se dévier. A enchaîner des séries de bonds et de longues plages moins mouvementés. Mais le non-stop jusqu'à plus force, malgré les moments de mous, et les journées qui se lèvent avec sur notre pupille la fumée grise des temps de brumes, c'est pactiser sans compromis avec la compagne fidèle de tous les Hommes. Solitude.

Seul et ermite, creuser son trou avec les outils qu'on s'est forgé, c'est la plus belle des écoles.

Sans intérêt si sur cette route même on ne trouve aucune oreille, aucune âme et aucune bouche pour  partager.

Alors on ferme l'œil, et le sourire du résigné se dessine au coin des lèvres. On reprend le pas, doucement, sans pousser la machine à la rupture. Qu'importe, la solitude est reine quand il s'agit de ne rivaliser avec personne. Réconfortant dans le sens où personne ne peut alors rivaliser avec soi. On siffle un air, on sort carnet et crayon. On écrase les os blanchis d'un perdu, on sent la caresse humide du brouillard qui enveloppe, comme la larve à son cocon.

On continue. Toujours devant, toujours plus loin.

Et puis, l'intérêt d'être dans ce silence roi, c'est quand le souffle des désordres d'un autre pas vient casser ce voile d'or. Car ce marcheur, c'est sûr, pour rien au monde on le loupera.

Signé Lézard des Dunes © 2012

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