LA SOUMISSION DE KARINE Extrait N° 2

Véronique Maitressfemme

Je suis Maitresse Véronique Je suis fière de mon titre. Je l’ai gagné de hautes luttes.

Je l’aime pour plusieurs raisons :

Maitresse comme maitresse femme. J’en suis une. J’ai pris en main mon destin. La réussite m’a souri.

Maitresse amoureuse je l’ai été à plus d’un titre :

comme veuve du weekend d’hommes mariés ou

comme succédané de couples moribonds

Maitresse aussi parce que j’excelle dans la domination

Et Maitresse, celle de l’école enfin, parce que j’enseigne, je diffuse, je conseille.

 

J’aime choquer. C’est ma façon d’interpeler, d’attirer l’attention, de créer de l’émotion, de rompre avec le politiquement correct. C’est mon rôle qui veut ça. Je suis la vilaine, la cupide, la vicieuse, l’obsédée. Celle qui va chercher en vous, vos plus folles pensées, sans voile, toutes nues.

Mais je suis aussi celle qui console, qui comprends, qui rassure, à qui l’on se confie. Parce que je sais voir dans les âmes les plus noires tout ce qu’il y a d’humain.

J’aime ça ? C’est mon salaire

 

Au Moyen Age ont m’aurait brulée vive

 

J’aime les mots aussi. Tous les mots. A dire, à entendre, à écrire. Aucun ne m’effraie. Ce sont mes armes préférées. Des armes de guerre à persuasion massive. Car pour moi l’important c’est l’intention, le ton, le contexte, qui les dit et à qui ils s’adressent

Je vais donc vous les dire, simplement et servis crus.

 

Supporterez-vous de les entendre ?

 

Voila.

 

J’ai 47 ans, dont 15 passés en Afrique, en Cote d’Ivoire

 

J’y ai été une femme d’affaires influente et la reine des nuits tropicales.

Même si finalement j’ai du fuir et tout abandonner. J’ai pu emporter avec moi un fabuleux trésor de guerre, chèrement conquis.

Trente kilos de diamants bruts.

 

Eh oui !!!

Vous m’avez bien comprise

Trente kilos de diamants bruts

Un million cinq cents mille carats

De quoi vivre mille ans

Qui dit mieux ?

 

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La première fois que j’ai atterri à Port Bouet l’aéroport d’Abidjan, la nuit  commencée à tomber. J ‘avais 27 ans, toute jeune ingénieur d’affaire d’une Cie américaine de super calculateurs scientifiques. C’était mon premier pas sur le continent africain aussi.

J’avais déjà suffisamment voyagé pour être particulièrement attentive à mes premières impressions. C’est primordial chez moi la première impression. Pas parce que je ne sais pas en changer mais parce que c’est souvent la plus animale. L’instinct qui parle. On en retire toujours quelque chose. Alors moi, je renifle avant d’analyser et ça m’a été salutaire bien des fois.

Je me souviens de cette première impression. Un sentiment excitant de la découverte d’un nouveau monde et celui aussi très apaisant de retour au bercail. Mon coté lionne, sans doute, reconnaissait son territoire.

Un vrai coup de foudre.

 

&&&&

 

Enfin !!! coup de foudre !!!!

Non pas tout de suite, mais seulement après avoir passé le premier bizutage qui attend tout nouvel arrivé en Afrique.

Le défit est de taille: arriver jusqu'à l’aéroport et en ressortir par l’autre porte, si possible vivante, avec tous mes bagages et tout ça en moins de 3 heures. A force de voyage j’étais entrainée mais je devinais déjà, qu’ici, la partie serait rude.

Le top départ commence au gong du débouclage des ceintures. Bien sur il y a des tricheurs équilibristes qui déjà déverrouillent les racks en cours d’atterrissage sans tenir compte des vociférations  impérieuses des hôtesses de l’air et qu’il faudra rattraper. Mon truc est simple. Voyager coté couloir, avoir un seule bagage à main, le maintenir tout au long du voyage au sommet de la pile dans le rack juste au dessus de ma tête, dégager la tablette bien avant l’atterrissage. Ensuite c’est comme au rugby, bond dans l’allée, la bloquée en position de mêlée pour éviter tout débordement en amont, déverrouillage du rack de la main gauche, saisie du bagage à main de la droite et slalom tête baissée dans le couloir, en évitant soigneusement les inévitables chutes d’objets contondants. Justes quelques secondes pour espérer arriver en pool position devant la porte de sortie.

Essai marqué

La deuxième manche se joue en deux temps :

La porte s’ouvre et c’est la première bouffée de chaleur qui vous prend à la gorge, une chaleur brulante gorgée d’humidité et de vapeur de kérosène. C’est presque en apnée qu’il faut descendre la passerelle. Quatre cents mètres  vous sépare encore de l’aérogare. Surtout rester concentrer ne pas perdre son avance. On commence à forcer le pas mais  l’avance se réduit. Alors on accélère. Idem dans votre dos. Puis à mi chemin c’est la ruée. Une volée de moineau. Il faut vraiment changer de braquet. Ca vous dérouille les jambes après 10 h de vol. Grandes foulées et bousculade pour s’engouffrer par la porte étroite.

Mais la, changement de décor.

L’accueil y est glacial. Pas au niveau de la température, il n’y a pas de climatisation. Disons plutôt euh ! Ambiance martiale. Des uniformes, des képis, des bérets, des gallons dorés, des médailles et des armes. Ca calme les ardeurs.

-         « -les résidents guichet 1 ».Hurle un type en kaki

-         « -les titulaires d’un passeport de la CEE, guichet 2

-         –tous les autres, guichet 3 »

En treillis, rangers aux pieds, arme de poing au ceinturon, sa poitrine est bardée de médailles qui scintillent comme un sapin de Noel. Des cheveux crépus sortent en épis de son béret vert garni d’étoiles d’or. Des lunettes de soleil cachent son regard. Une vraie gueule de Tonton Macoute.

Les files se forment. Des gendarmes, matraque en main, nous y aident fortement. Un petit coup sur le cul de madame, un autre sur les jambes d’un enfant turbulent. Un silence de cathédral s’installe brusquement.

Ca ne dure pas

        « -en raison d’une panne informatique »:Reprend le sapin de noël

        « -Les résidents et les titulaires de passeport de la CEE guichet 4

-Tous les autres guchets2 »

Panique à bord. Changement de ligne. En cinq minutes c’est la grande empoignade. Les coups de gueule et les coups de matraque de ces « emmédaillés » n’y feront rien, tant les forces de l’ordre se retrouvent, pour le coup, à la solde du désordre. Plus de ligne blanche ou rouge, chacun pour sa peau

Apres quelques contorsions de hanches et deux ou trois jeux de coudes j’arrive à obtenir le coup de tampon salvateur. Le premier check point est franchi. Il était temps. Le Tonton Macoute commençait sérieusement à s’intéresser à moi et l’inclinaison de sa tête ne laissait aucun doute sur l’angle de tir qu’il envisageait. Si ses yeux avaient lancé des flammes j’aurais eu le cul brulé.

Essai donc pour l’instant qu’à demi transformé puisque déjà le deuxième obstacle s’offre à moi

Récupérer mes bagages, relève du même sport, mais avec plus de joueurs. L’équipe des porteurs nous fait face, maillot orange sur le dos. Le pack est dense et encercle le tapis, roulant certes, mais désespérément vide.

Les équipes s’observent un temps démesuré. Puis le premier bagage roule lourdement sur le tapis. Re-mélée générale. On s’empoigne, se bouscule, s’invective, on négocie, on marchande. Puis le drame arrive. Deux grincements et le tapis se coince. Alors on crie, se lamente, implore, injurie. Puis nouveau grincement. Un hourra général et le carrousel continue.

Sur ce coup, je ne m’en sors pas si mal. Saisissant enfin mon sac de voyage, courbée, tendue j’enfonce la dernière ligne de défense. Je me sens l’odeur de l’embut. Erreur fatale. Tonton Macoute m’a planquée au sol, au niveau de la banque des douanes, à dix mètres de la sortie.

 

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Mon sac de voyage est vidé sans ménagement sur le comptoir. Pêlemêle, robes, soutifs, petites culottes, trousse de toilette etc.

Apres avoir éparpillé toutes les feuilles des dossiers et ouvert mes boite de Tampax, la première inspection approfondie se focalise sur mes petites culottes.

Avec délectation

Moult commentaires.

A haute voix

En plusieurs langues.

Sa méticulosité va jusqu’ a les sentir, une par une.

Son air ravi ferait une bonne pub pour « Soupline ».

Ca doit s’apprendre dans le code des douanes que c’est dans un string de trois grammes que l’on peut trouver de la grosse contrebande !

La portée de sa voix et de ses commentaires imagés commencent à imposer le silence

Je sens brusquement tous les regards se tourner vers moi.

Je fais des efforts de bagnards pour me contenir et ne pas faire trop mauvaise figure.

Tremblante de trouille et verte de honte, je marmonne malgré tout un timide

-Vous n’avez rien d’autre à foutre cher Monsieur ? »

qui ne sert pas vraiment à détendre l’atmosphère

A la deuxième inspection, celle de la trousse de toilette, je commence à craindre le pire, connaissant bien son contenu.

Un répit malgré tout lorsqu’il y trouve mon vibro-masseur de voyage.

Il n’en comprend pas tout de suite l’usage, tant sa forme est stylisée.

C’est la télécommande qui me trahie. Un simple clic fait d’un geste nerveux, et l’appareil se met à  tressauter vivement dans sa main.

Son visage rayonne

-Vraiment toi tu es une petite cochonne »  hurla t il goguenard en brandissant l’objet du délit ?

Puis il enchaine de plus en plus égrillard

-Dis donc ça, c’est pas taille pour nous. C’est pour radis blanc pas pour radis noir »

Et tout le monde de s’esclaffer

Alors c’est plus fort que moi.

Je m’entends lui répondre du tac au tac.

-C’est sur que, pour un gorille comme toi, je prendrais du grand format!! »

Très mauvaise pioche !!

Tous les rires stoppent instantanément.

Un silence de plomb s’installe.

La situation se complique d’autant plus que, de toutes parts, les voyageurs en profitent pour s’esbigner, sans complexe, trop contents du truculent intermède.

S’en suit une intervention rapide, musclée et bourrée de testostérones

Manu militari, bousculée, secouée, trainée par le colbac, je me retrouve, cinquante mètres plus loin, renversée comme une tortue sur le bureau du commandant Coulibaly.

Il brandit toujours, menaçant, son nouveau bâton de maréchal rose et vibrant, dans des gestes qui ne laissent aucun doute sur ses intentions.

Une très mauvaise mayonnaise est entrain de monter.

La porte claque poussée d’un coup de talon

 

-Alors madame, t’es une bouc-chèvre !! C’est bien ça ? Eh !! tu vas  voir comment c’est un vrai bouc ? Tu vas recevoir bien bon. Je vais te chicoter»

 

Bien que ne comprenant pas encore toutes les subtilités des expressions locales, je sens bien que de façon urgente mon intégrité physique est gravement en péril.

Mon cerveau passe en mode de survie.

De toute mon énergie dopée par l’adrénaline, j’envoie, talons aiguilles en avant, une formidable ruade qui l’envoie bouler contre la porte vitrée

Elle vole en éclats dans un vacarme assourdissant, accompagnées de ses lunettes de soleil

Mais il est à peine secoué bibendum !!

Il reste un moment immobile, bouche ouverte. Le pantalon de treillis se tend brusquement comme le chapiteau du cirque Pinder. Je pressens que je vais me faire épingler contre la table avec cette nouvelle arme, comme un papillon sur du liège

Il rugit comme un lion affamé qui entre dans l’arène

- Ave Caesar, moritori te salutant !!!!!!

Son regard, rouge sang, pupilles dilatées, brusquement dégarni de ses Rayban, laisse entrevoir une terrible charge

Je fais flèche de tout bois.

Toute la parure de bureau y passe.

Règles, encrier, agrafeuse, gommes, tampons encreurs et stylos fusent rageusement

Mais peine perdue.

Sauriez-vous endiguer l’attaque d’un taureau enragé avec quelques fournitures de bureaux, vous?

Avant même que je reprenne la verticale, il m’attrape par les cheveux et me traine sur le sol râpeux.

Sans un mot

Juste des grognements de fauves.

En position de fœtus, je subis les coups qui pleuvent drus.

Quel idiot a dit que vaincre sans péril on triomphe sans gloire ?

 

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-Arrêtez !! Arrêtez immédiatement !! Commandant Coulibaly !!!!!!! Je vous ordonne d’arrêter !!!! Abruti de militaire !!! Vous chicotez mon invitée.

Reconnaissant la voix de Kpambé, le directeur général d’Air Afrique, J’ouvre un œil et l’aperçois tirant le tout son poids sur le blouson de mon agresseur. Pas assez vite toutefois pour m’éviter un dernier coup de poing sur l’arcade sourcilière. Alors reprenant brusquement ses esprits le Commandant se relève et se plante au garde à vous, avec la mine servile du « lèche cul » de service.

-Votre attitude est inqualifiable !!!! Vous répondrez de ces agissements, je vous en donne ma parole 

Puis en s’adressant à moi

- Madame Véronique, je suis tellement désolé.

- Je vous attendez au salon d’honneur, à la grande porte centrale.

Dans ma course effrénée pour être en première place pour les formalités, j’avais oublié ce « détail 

Me relevant avec peine je sens mon œil gauche gonfler et se fermer peu à peu. Mais sitôt debout, folle de rage, j’improvise, de toute mes forces, un ultime drop, entre les jambes du commandant Coulibaly

Je lui lance au visage

-  De la part de Madame Véronique, la bouc-chèvre, malotru!!  

Les balles sont bien passées entre les poteaux !!

L’essai est transformé !! Trois points.

Il tombe à genoux les deux mains plaquées sur sa marmelade de « roubignoles », en invoquant sa mère, me semble-t-il.

Victoire par Ko technique.

J’imagine très bien comment tout cela aurait pu finir sans l’intervention de mon hôte.

- décidément vous ne lâchez rien vous !!!! 

- jamais question de principe ! 

Le Commandant se confond en excuses

- Pardon Madame Véronique, Mille pardons ! Je suis à votre service ! 

Apres tout va très vite, valise et sac refont surface, bien refermés briqués et portés par le Commandant Coulibaly, lui même, dans une démarche quelque peu boitillante. C’est donc finalement entre une haie d’honneur de douaniers de gendarmes et militaires que nous traversons le hall centrale jusqu'à la Mercedes 600 noire garée devant la porte principale et encadrées par quatre motards. A vingt motards prés, presque un accueil de chef d’Etat.

C’est fou comme les situations peuvent changer vite sur ce continent.

Décidément il vaut mieux se trouver de bon coté du manche

Je n’oublierai jamais cette première grande leçon.

 

Le chauffeur, en livrée, m’accueille en ouvrant la portière.

- Bienvenue en Afrique Madame Véronique

 

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