L'amour à soi

tomb

Note d’intention : l’amour à soi

Recréer l’univers de la bourgeoisie pour y décrire les liens familiaux qui s’y tissent. L’apparente superficialité des personnages est un bon prétexte pour ne pas verser dans le drame et ne pas faire des personnages des martyrs ayant à souffrir d’une intolérable condition humaine. Chacun vit son existence selon un rythme régulier structuré par des évènements d’une importance relative mais pas vitale, nécessaire pour faire avancer la machinerie du théâtre. Même si parfois grossière, les relations entre les personnages sont toujours sincère et empreint d’une touche de mélancolie comme pour regretter que la vie n’ai pas plus de saveur. On s’aime sans s’aimer et sans se trahir. Le confort relatif dans lequel chacun vit étouffe les sentiments comme des murs couverts de mousse étouffent le bruit.

Le personnage central de cette pièce est peut-être Wilhelm, s’il en est un, le seul personnage à sauver, le seul qui ait encore un peu de force. Les autres sont trop loin enfoncés dans la boue. Tom par son étrangeté surprend et intrigue. D’où vient-il, que fait-il là? En quoi a-t-on besoin de lui? Que nous apporte-t-i?. Il est comme ces méduses, parasites de la mer qui collent d’une manière désagréable. Il s’impose à tous sans ne jamais avoir rien à dire, il ne défend aucune valeur si ce n’est la défense de sa propre existence.

Car c’est bien là le conflit qui les entraîne tous, sauf Wilhelm, vers la fond, la reconnaissance de leurs existences insipides est tout ce qui leur reste. Aucun d’eux n’est promis à un avenir et aucun d’eux ne le souhaite. Chacun se complait dans cette sorte d’atonie tant que les autres sont assez désœuvrés pour s’occuper d’eux. Celui qui tenait la maison dans sa main, le père, pèse par sa présence.

La mise en scène, enfin plutôt la direction d’acteur sera la plus légère et la plus badine possible, les personnages ne se prennent pas au sérieux, ils savent que leur importance n’est que toute relative. L’intérieur est bourgeois, encombré et les objets prennent plus de place que les hommes. La multiplicité des lieux de jeu dans un même acte impose des éléments symboliques pour représenter le jardin, la chambre du père, quitte à charger énormément le plateau. Les costumes sont classiques et fades, sauf peut-être pour la mère qui veut se démarquer par des robes provocantes, sa fille qui l’imite avec précaution et Wilhelm qui arbore un style assumé (gants, botte, veste.)

L’amour à soi

Une pièce en quatre actes

Liste des personnages

Agnès, La mère

Anna, La fille

Wilhelm, Le cousin éloigné

Tom, Un jeune homme

Thomas (Tom), Le fils

Elizabeth (Lulu), La nourrice

Jean-François, Le docteur de la famille

Judith, Une ami de Wilhelm

George, Le père

Acte 1

Scène 1. Anna. Thomas, puis Lulu, Puis Wilhelm. Dans une chambre de la maison.

(Anna) À toi de jouer.

(Tom) Deux.

(Anna) Je t’ai déjà dit qu’il faut lancer les dés et pas dire des chiffes au hasard. Prends les dans ta main. Roule-les par terre et moi je te dis combien tu as fait.

(Tom) Deux.

(Anna) J’ai compris. Un, deux. Tu tombes sur les barreaux de l’échelle et tu rétrogrades de sept places. Tu vois, tu aurais mieux fait de lancer les dés.

(Tom) Deux.

(Anna) Non, maintenant c’est à moi. Regarde bien comment je fais. Je prends les dés dans ma main et je les lance. Six. Un, deux, trois, quatre, cinq, six. Vous êtes coincée au garage. Passez votre prochain tour.

(Tom) J’ai soif.

(Anna) Tu veux que j’aille te chercher de l’eau ?

(Tom) Oui.

(Anna) Attends, je reviens.

Sort Anna. Entre Lulu

(Lulu) J’y crois pas, qu’est-ce que tu fais tout seul ? J’aurais pas du vous laisser tous les deux aussi longtemps. Elle est incapable de faire une chose à la fois. Ca fait combien de temps que tu es là ?

(Tom) J’ai soif.

(Lulu) Viens, on va faire un tour à la fontaine. On va boire avec les oiseaux.

(Tom) Oui !

(Lulu) Allez, Donne moi un baiser. Baiser baveux ! On fait la course ? le premier qui tombe m’embrasse sur la tête.

Ils sortent. Entre Anna

(Anna) Tiens, je t’ai mis de la grenadine. Tom ? Tom ? Il est parti. Il doit bien être quelque part. Maman ? Tu as vu tom quelque part ? Maman ? Tom ? J’ai soif. Où est-ce qu’il peut bien être ?

Wilhelm entre

(Wilhelm) Anna ! Tu es là? Je te cherchais partout. J’avais peur que tu sois partie à la ferme avec ta mère.

(Anna) Je cherche mon frère, tu l’as pas vu ?

(Wilhelm) Il court avec Lulu dans le Jardin.

(Anna) Ah !

(Wilhelm) Tu t’inquiétais ? Il faut pas, ils vont bien, ils jouent à la fontaine.

(Anna) Toujours inquiète, comme maman !

(Wilhelm) Qu’est-ce que tu racontes?

(Anna) Rien, ça va.

(Wilhelm) Alors t ‘étais où cette semaine ?

(Anna) Tu dis ça parce que j’étais pas en cours? Maman m’oblige pas à y aller alors je vais pas y aller de mon plein gré et là-bas ça à pas l’air de les intéresser que je sois là ou pas. Ils savent que j’ai mon frère…

(Wilhelm) Et bien quoi ton frère ?

(Anna) Tu sais qu’il a besoin qu’on s’occupe de lui tout le temps?

(Wilhelm) Je sais, merci, ça fait pas si longtemps que ça que je suis pas venu. Je vois pas le rapport.

(Anna) Et bien ça prend du temps et comme maman est souvent absente…

(Wilhelm) Et Lulu ?

(Anna) Je lui fais pas confiance.

(Wilhelm) Ah bon pourquoi ?

(Anna) Je sais pas. De toute façon c’est pas son rôle de lui apprendre les choses importantes dans la vie, c’est à moi de le faire. Elle est là juste là pour le surveiller.

(Wilhelm) Qu’est-ce que tu veux qu’il apprenne de toute façon !

(Anna) Wilhelm !

(Wilhelm) Excuse-moi. Je voulais pas dire ça.

(Anna) Je sais bien.

(Wilhelm) Cette après-midi, je vais voir les baleines au parc avec Judith. Ca te dit de venir ?

(Anna) Je verrai si j’ai le temps.

(Wilhelm) Tu dis toujours ça mais tu viens jamais ! Pour une fois ! Ce serait sympa!

(Anna) IL faut que j’aille demander à maman.

(Wilhelm) Je suis sur qu’elle sera ravie que tu t’en ailles.

(Anna) Tu crois ?

(Wilhelm) Certain.

(Anna) Allez, ça changera.

Ils sortent.

Scène 2. Agnès, Jean.

Entrent Agnès et Jean.

(Agnès) Je sais pas quoi faire. Il se lève pas, il se lave même pas. Dès que je le réveille, il grogne. Je crois qu’il préfèrerait pas me voir et que quelqu’un d’autre s’occupe de lui. Il veut de l’affection ça se voit. Et bien trouve-lui une infirmière. Mais moi, qu’est-ce que je peux faire? Je suis sa femme ? C’est mon devoir de rester avec lui ? Je sens qu’il me méprise. Il sait très bien ce que je pense de lui. Pourtant, je suis là. Combien de temps ça va durer ?

(Jean) J’en sais rien.

(Agnès) Je suis inquiète, c’est tout. Je veux juste que tu me dises s’il y a une chance que ça évolue. Ce poids que je traîne, cette charrue que je tire comme un bœuf, je peux pas supporter ça toute seule.

(Jean) Je sais.

(Agnès) Heureusement, tu es là. Anna est tellement insouciante qu’elle a pas conscience de ce qui lui arrive et Tom… J’ai très envie d’aller dormir.

(Jean) Restes encore un peu, il a besoin de toi. Pas que lui d’ailleurs. Tu supportes tout ce petit monde. Je suis supposé le guérir mais qu’est-ce que tu veux que je fasse ? J’essaye de vous rassurez ? Mais vous rassurez de quoi ? Je peux prendre la place de personne. Oui, il va bientôt mourir, tu le sais. Et alors ? Pourquoi ce serait pas une délivrance, pour lui comme pour toi ? Peut-être qu’après ça, tu penseras à lui en souriant, tu te rappelleras les bons moments.

(Agnès) Tu parles comme un prêtre.

(Jean) Je t’aime et je n’aime pas te voir souffrir comme ça.

(Agnès) Tu as surement raison. Je dois oublier la douleur. Mais aujourd’hui je n’y arrive pas, je n’ai pas de courage. Merci d’être venu en tout cas, tu peux y aller si tu veux. Je vais aller m’allonger.

(Jean) Je te laisse alors et je reviens demain.

(Agnès) Rentre bien.

Sort Jean.

Scène 3.Agnès, Lulu, Thomas.

Entre Lulu et Thomas.

(Thomas) Maman !

(Agnès) Mon fils !

(Thomas) Maman !

(Madeleine) Mon fils !

(Lulu) On vient de faire la course jusqu’à la fontaine, je suis épuisé. Il court toujours plus vite que moi ce petit, mais il était triste qu’il n’y ait pas d’oiseaux là-bas. Je crois qu’ils sont déjà tous partis. Hier, en passant devant l’étang il y avait plus un seul canard, que des branches mortes.

(Agnès) Alors mon chéri t’as pas pu voir les oiseaux ?

(Thomas) Ils sont morts.

(Lulu) Mais non !

(Agnès) Attends, laisse-le parler. Pourquoi tu dis qu’ils sont morts ?

(Thomas) Ils sont plus là.

(Agnès) Et tu en déduis que parce qu’ils sont plus là, ils leur est arrivé quelque chose, c’est ça ? Qu’ils ont peut-être eu un accident en s’envolant où qu’ils sont partis se réfugier dans les bois parce que tu leur as fait peur ?

(Thomas) Je sais pas.

(Agnès) Ou bien peut-être qu’ils se sont envolés vers des pays plus chaud, mon chéri, parce qu’ici il commence à faire froid et que l’hiver approche. Quand il fait froid qu’est-ce que tu fais toi ?

(Thomas)Je mets mon pull.

(Agnès) Et bien les canards, ils ne peuvent pas mettre de pull au-dessus de leurs plumes, alors ils sont obligés de se réfugier dans des endroits où il ne fait jamais froid. Tu comprends ?

(Thomas) J’ai faim maman.

(Agnès) Lulu, va lui préparer à manger. Qu’est-ce qui te ferais plaisir ?

(Thomas) Des haricots.

(Agnès) Tu es sûr que tu veux pas autre chose? Tu manges ça tous les soirs.

(Thomas) Maman ?

(Agnès) Oui ?

(Thomas) Tu fais ?

(Agnès) Quoi ?

(Tom) Les haricots.

(Agnès) Mais mon chéri, Lulu est là pour ça.

(Thomas) Non, toi.

(Agnès) Très bien, comme tu voudras. Lulu, va décongeler les haricots s’il te plait et lance une casserole d’eau.

(Lulu) Bien, j’y vais.

Lulu sort

(Agnès) Mon chéri tu as quel âge ?

(Thomas) 20 ans!

(Agnès) Tu crois pas qu’un grand garçon comme toi devrait manger autre chose que des petits pois et des haricots verts ?

(Thomas) pas petits pois.

(Agnès) T’as pas envie de manger des choses un peu plus originales ? Des piments, du gingembre, des artichauts ?

(Thomas) Je suis grand.

(Agnès) Mon chéri, tu te souviens à quel âge tu as appris à lire?

(Tom) Non.

(Agnès) Tu avais presque dix ans. Est-ce que tu sais quand tes camarades ont appris eux?

(Thomas) Pas l’école.

(Agnès) Je sais Tom. Pourquoi est-ce que tu fais l’idiot?

(Thomas) J’ai fait mal ?

(Agnès) Non rien de mal.

Entre Lulu

­­(Lulu) Agnès, Agnès !

(Agnès) Qu’est-ce qu’il y a ?

(Lulu) Quelqu’un vient d’entrer dans la maison.

(Agnès) Comment ça?

(Lulu) J’allais à la cuisine pour sortir les haricots quand j’ai entendu une fenêtre casser. Je me suis dit que ce devait être un enfant avec son ballon et que ça irait pas plus loin. Mais alors que j’allais voir, j’ai entendu des bruits de pas, comme ceux de quelqu’un qui marche pour pas qu’on l’entende. Alors, j’ai voulu lui parler et je l’ai entendu très distinctement dire Anna, Anna, pourquoi tu n’es pas là ? Anna je veux te voir. J’ai eu peur, j’ai pas osé y aller. Il est là, dans la maison!

(Agnès) T’affole pas, ça doit être une mauvaise blague.

(Lulu) Il a pas la voix d’un petit malin.

(Agnès) Tu veux bien garder Tom, je vais aller voir.

(Tom) Maman, grand !

(Agnès) Non, Tom c’est pas fait pour toi.

(Tom) Mais !

(Agnès) Bon, tu me protèges ? Alors viens, je descends la première.

Agnès et Tom sortent

Scène 4. Lulu.

­J’espère qu’il va rien leur arriver. C’est probablement un enfant ou ce sale petit Wilhelm. Et elle qui est descendu avec Tom, c’est dangereux quand même. Pourquoi est-ce qu’elle l’a emmené ? Pourquoi est-ce qu’elle l’a pas laissé tranquillement dans la chambre avec moi ? Elle veut lui faire du tort. C’est quand même un brave petit, il fait tout ce qu’il peut. On dirait qu’elle lui en veut. C’est quand même bizarre de réagir comme ça. Quand un petit va pas bien on s’occupe de lui c’est tout, même s’il est difficile. Je sens bien qu’il est bon. Quand ils posent ses beaux yeux dans mon regard, comme il m’attendrit. Moi, ça m’aurait pas posé de problème de l’avoir pour fils. Elle, Elle le méprise, ça se voit. Elle a pas d‘affection pour lui. Ca doit être dur d’avoir le cœur aussi froid. Je préfère pleurer toutes les larmes de mon corps dès que mon petit se fait un bobo, plutôt que de regarder, du haut de la falaise, mes oisillons chuter les uns après les autres. La petite elle est guère mieux lotie, avec ses amourettes qui veulent jamais durer. Ils sont quand même étranges. Ils savent rien faire par eux-mêmes et pour tout ils sont assistés. Je lave leur linge, je recouds leurs habits, je leur prépare à manger, je m’occupe des repas, et avec tout leur temps libre, ils sont pas fichus de s’occuper de leurs propres sentiments. Le malheureux, il se traîne aux pieds de sa mère comme un canard boiteux et elle, elle est froide comme une porte de frigidaire. Je me demande s’il vaut mieux pas avoir d’enfants que de s’en occuper ainsi. Dans la nature, il y a de bien sombres caractères.

Lulu, lulu ! Vient m’aider ! Tom est tombé, il s’est fait mal, je sais pas quoi faire ! Lulu, dépêche-toi, je crois que c’est grave, il y a du sang qui coule!

J’arrive madame, je prends de quoi le soigner ?

Viens, c’est tout, dépêche-toi!

J’arrive.

Ah si, prends du sparadrap. Allez ! Vite! Il perd beaucoup de sang !

Je fais ce que je peux, j’arrive !

Maman !

T’inquiète pas mon chéri, tout va bien se passer.

J’ai peur!

Crie pas comme ça !

Maman !

Tais-toi !

Noir

Acte 2

Scène 1. Anna, Wilhelm, puis Judith. Au parc nautique.

(Anna) Wilhelm, ça fait longtemps qu’on se connait?

(Wilhelm) Trop longtemps.

(Anna) Je peux te confier secret ?

(Wilhelm) Bien sûr.

(Anna) L’autre nuit, je me promène toute seule dans la maison…

(Wilhelm) Pourquoi faire?

(Anna) Écoute. Je me promène et alors que je vais retourner me coucher, j’entends un bruit, comme une voix. C’est ma mère, je la reconnais tout de suite, je reconnaitrai sa voix n’importe où. Comme je suis intrigué, je m’approche un peu plus près pour entendre ce qu’elle dit. Elle baragouine des mots bizarres. Je m’approche encore et je me rends compte que les bruits viennent pas de sa chambre mais d’une autre.

(Wilhelm) Celle des invités ?

(Anna) Attends. Je vais voir la chambre de Papa, elle lui rend visite parfois la nuit pour lui parler de choses qu’on a pas le droit de savoir. Je colle mon oreille contre la porte, mais là plus un bruit. Alors, derrière moi, j’entends ma mère rire et crier à la fois et après c’est comme si son bruit était étouffé par un coussin et puis j’entends les rires de quelqu’un d’autre en même temps.

(Wilhelm) Et bien elle perds pas de temps ta mère.

(Anna) Je voudrais surtout savoir qui c’est.

(Wilhelm) Tu crois que c’est Jean ?

(Anna) Je sais pas. En même temps, personne d’autre rentre dans la maison à cette heure là. J’espère que c’est pas lui, ça fait si longtemps qu’on le connaît. C’est lui qui s’occupait de moi quand j’étais petite et… ah !

(Wilhelm) On peut pas s’opposer aux volontés d’Aphrodite.

(Anna) Tais-toi ! Tais-toi !

(Wilhelm) Oh ! ça va.

(Anna) Tu me promets que t’en parles pas ?

(Wilhelm) Je te le jure.

Entre Judith

(Wilhelm) Salut Judith !

(Judith) Salut Wilhelm !

(Wilhelm) Judith, je te présente ma cousine Anna. Anna, Judith, une copine de cours.

(Anna) Enchantée

(Judith) Alors c’est à quelle heure ce spectacle ?

(Wilhelm) Ils ont dit quinze heures mais ils sont toujours en retard.

(Judith) On va acheter une glace en attendant ?

(Wilhelm) Oh la bonne idée.

(Anna) Je vous attends là, j’ai pas très faim.

(Wilhelm) Tu es sur ? Je te l’offre !

(Anna) Non vraiment, j’ai pas envie.

(Wilhelm) Bon comme tu veux. Mais bouge pas sinon on te retrouvera pas. Ce serait dommage que tu rates les baleines. On va les acheter et on revient.

(Anna) À tout de suite.

Wilhelm et Judith sortent

Scène 2. Anna, Tom, puis Judith et Wilhelm.

Entre Tom.

(Anna) Pourquoi est-ce qu’il a rien fait ? J’en ai marre. Dès qu’il est là, je frissonne. C’est comme si ma peau se dressait pour se frotter à la sienne. Ca lui fait pas ça à lui ? Je voulais pas qu’il s’en aille, et elle… Et lui ? Sûrement pas. Il me tient jamais dans ses bras. Dès qu’il s’agit de m’embrasser il s’enfuit. Qu’est-ce qu’il comprend pas ?

(Tom) Salut, ça te dérange pas si je m’assois là ?

(Anna) Non je t’en prie.

(Tom) Je m’appelle Tom.

(Anna) Comme mon frère.

(Tom) C’est un chouette prénom, non ? Je suis sérieux ! J’en voudrais pas d’autre.

(Anna) Qu’est-ce que ça a de si beau Tom ?

(Tom) Oh, c’est pas le prénom en lui-même, Tom c’est banal. C’est comme Ben ou Franck. Mais c’est les circonstances dans lesquels il est prononcé qui le rende beau.

(Anna) Qu’est-ce que tu racontes ?

(Tom) Très peu de gens connaissent mon vrai prénom.

(Anna) Je comprends rien.

(Tom) Bien sur il y a d’autres Tom. Mais pour eux ce n’est pas la même chose. Je suis un enfant caché, du coup seul mon père connaît vraiment mon prénom, il est le seul à m’appeler comme ça.

(Anna) Et ta mère ?

(Tom) J’ai que mon père. Pour les autres j’ai un nom officiel.

(Anna) Ah oui ?

(Tom) En cours, on m’appelle Julien.

(Anna) Oui mais comment tu t’appelles ?

(Tom) Tom, en tout cas c’est ce que me dit mon père, mais il me dit aussi qu’il n’y a que lui qui peut m’appeler comme ça.

(Anna) D’accord, si tu veux.

(Tom) Tu te demandes pourquoi je te dis tout ça ?

(Anna) Un peu.

(Tom) C’est que tu n’es pas n’importe qui pour moi.

(Anna) Ah bon ?

(Tom) Par exemple, je sais que tu t’appelles, Anna, mais je peux pas te dire pourquoi.

(Anna) Ca veut dire quoi ça, tu connais mon prénom et tu me donnes pas d’explication. Alors ? Allo ! Tom ! Très bien.

(Tom) Tu avais l’air de pleurer quand je suis arrivé.

(Anna) Ca te regarde pas, dis-moi comment tu sais mon nom.

(Tom) Je peux pas.

(Anna) Tu me dis comment tu sais mon nom et je te dis pourquoi je suis malheureuse.

(Tom) Je suis ton frère.

(Anna) Très drôle.

(Tom) Je suis sérieux.

(Anna) Justement, voilà mon malheur qui revient.

Judith et Wilhelm entre (sans voir Anna et Tom)

(Wilhelm) Et là elle rentre et elle voit sa mère nue avec le médecin. Je te jure, elle m’a même dit qu’il était en train de la sodomiser. Tu lui dis pas ce que je t’ai dit?

(Judith) Pour qui tu me prends ?

Judith et Wilhelm sortent

(Tom) Ca va ? Tu fais une drôle de tête ?

(Anna) Non, non, c’est rien.

Judith et Wilhelm reviennent

(Wilhelm) Alors, tu étais où ? On t’a cherché partout.

(Anna) J’ai pas bougé.

(Wilhelm) Tu t’es trouvé un ami ?

(Tom) Je m’appelle Tom.

(Wilhelm) Merci Tom, je posais une question à Anna.

(Anna) Il est venu s’asseoir à côté de moi pendant que vous êtes parti chercher votre glace.

(Judith) Jon se connaît, non ? Tu vas en cours au même endroit que nous ?

(Tom) Peut-être.

(Judith) Je suis sur que je te connais. Comment tu t’appelles déjà ?

(Tom) Tom, je t’ai dit.

(Judith) Désolé.

(Wilhelm) Qu’est-ce tu fais la ?

(Tom) Je me ballade, comme ça, rien de spécial.

(Judith) Tu viens voir les baleines ?

(Tom) Il paraît que c’est annulé.

(Anna et Wilhelm) Quoi ?

(Wilhelm) Tu es sur ?

(Tom) C’est un gardien qui me l’a dit.

(Anna) Je sais pas ce que je fais là.

(Wilhelm) Anna attends !

(Anna) Quoi ?

(Wilhelm) On peut quand même s’amuser.

(Anna) Lâche-moi.

Anna sort

(Wilhelm) Pourquoi elle est partie comme ça?

(Tom) Je crois qu’elle est vexée.

(Wilhelm) Qu’est-ce que t’en sais toi ?

(Judith) T’énerve pas.

(Wilhelm) Attends, pour qui il se prend, il débarque je sais pas d’où et il ouvre sa gueule comme ça !

(Tom) Je te dis juste ce que j’ai vu. On était assis là tout les deux, on parlait, t’es passé devant nous et t’as dit quelque chose qui l’a blessé. Tu parlais de sa mère je crois.

(Wilhelm) Elle a entendu !

(Judith) C’est pour ça qu’elle est partie! Tu ferrais mieux de la rattraper.

(Wilhelm) Tu crois ?

(Judith) A mon avis.

(Wilhelm) Bon Judith à tout à l’heure on se retrouve quand on peut.

(Judith) T’inquiète pas. Fais ce que t’as affaire.

Wilhelm sort

(Judith) Tu crois qu’il va la trouver ?

(Tom) J’en sais rien.

(Judith) T’es sur que je te connais pas ?

(Tom) Vraiment, je crois pas

(Judith) Mais si, Julien ! On était à la natation ensemble.

(Tom) Judith, il faut que je rentre là.

(Judith) Ah, tu vois tu connais mon prénom.

(Tom) Tu l’as dit tout à l’heure.

(Judith) Ah oui c’est vrai. Alors pourquoi tu racontes à Anna que tu t’appelles Tom ?

(Tom) Laisse-moi tranquille tu veux bien, va faire un tour de ton côté et je vais faire un tour du mien.

(Judith) Tu rêves, je te lâche pas comme ça, dis-moi la vérité.

Ils sortent

Scène 3. Anna, Wilhelm, puis Judith et Tom.

Anna entre suivie de Wilhelm

(Wilhelm) Anna, attends ! Attends-moi ! Excuse-moi, j’ai été con. Attends !

(Anna) À quoi ça sert ? À chaque fois que je te dis quelque chose tu peux pas t’empêcher de le répéter. Tu penses qu’à toi, qu’à t’amuser ! Comment tu veux que je te fasse confiance ?

(Wilhelm) Anna, excuse-moi. Je l’ai dit à Judith, mais c’est sorti comme ça. On avait rien à se dire, je voulais la faire rire.

(Anna) Pardon ?

(Wilhelm) Tu comprends toujours ce que tu veux. C’était juste pour trouver un sujet de conversation.

(Anna) Et donc ma mère qui couche c’est un bon sujet de conversation?

(Wilhelm) Je savais pas quoi lui dire. Ecoute, il faut pas que tu te mettes dans des états pareils pour des choses comme ça. Tu prends toujours tout tellement au sérieux. Ta mère le saura jamais.

(Anna) C’est pas la question.

(Wilhelm) Anna, laisse-moi parler. Je t’aime. Je veux prendre soin de toi.

(Anna) Tu dis ça sérieusement ?

(Wilhelm) Bien sur que oui.

(Anna) Wilhelm, dis pas des choses que tu penses pas.

(Wilhelm) Pourquoi tu dis ça ?

(Anna) Je sais pas, j’ai du mal à te croire.

(Wilhelm) Pourtant c’est tout simple.

(Anna) Je me sens pas très bien. Je crois qu’il vaut mieux que je rentre. Merci pour la sortie. Merci pour les baleines. On se voit bientôt.

(Wilhelm) Anna tu comptes pas vraiment partir là ?

(Anna) Il faut que j’y aille, Maman m’attend à la maison, j’ai plein de choses à faire et Tom doit s’ennuyer sans moi. Il faut que je m’occupe de mon frère, il faut que je m’occupe de lui.

(Wilhelm) Et ce que je t’ai dit alors ?

(Anna) Je vais essayer d’y penser, on en parle plus tard. Porte toi bien Wilhelm. On se voit bientôt.

(Wilhelm) Anna.

Anna s’en va. Arrive Tom et Judith.

(Judith) Et bien t’en fais une tête. Anna est partie ?

(Wilhelm) Elle est rentrée chez elle.

(Tom) En laissant sur tes épaules tout le poids de son existence.

(Wilhelm) Toi.

(Judith) Je crois que je vais rentrer aussi Wilhelm. Il commence à se faire tard et manifestement c’est pas aujourd’hui qu’on verra de belles masses brunes s’élever dans les airs. Préviens-moi dès que tu t’en sens l’envie, on remet ça. À bientôt Tom, ravie de t’avoir rencontré.

(Tom) À bientôt.

Sort Judith

(Tom) T’en fais pas, elle va revenir.

(Wilhelm) Ici, ça m’étonnerait?

(Tom) Mais non avec toi. Quand vous étiez parti avec Judith acheter vos glaces on a parler un peu ensemble. C’est une fille sensible. Elle croit que chaque mouvement de son cœur est une expression de sa vérité. Pour elle, les blessures sont profondes mais elles cicatrisent vite. T’inquiète pas je te dis.

(Wilhelm) Tu peux me dire comment en dix minutes tu la connais si bien?

(Tom) Je cerne vite les gens dont je me sens proche.

(Wilhelm) Te sens pas trop proche non plus.

(Tom) Non, t’as rien à craindre.

(Wilhelm) C’est ce qu’on dit.

(Tom) J’ai l’impression que je la connais depuis toujours ; Ca à l’air bête à dire comme ça. C’est une étrange sensation.

(Wilhelm) Moi je la connais vraiment depuis toujours et dès qu’elle souffre, je souffre et pourtant je peux pas m’empêcher de la faire souffrir.

(Tom) C’est une manière de partager ta souffrance, de te sentir moins seul.

(Wilhelm) Peut-être. Plus les âmes sont sensibles, plus elles sont malléables et moi je suis comme un tonneau qu’on remplit d’eau et qui se perce de toutes part.

(Tom) Alors, tant que quelqu’un te remplie d’eau, tu sentiras son souffle chaud.

(Wilhelm) Tu crois ?

(Tom) J’en sais rien. Je sais même pas ce que je dis. Je dois rentrer Wilhelm, il se fait tard. J’espère qu’on se reverra.

(Wilhelm) C’est pas tous les jours qu’on rencontre des personnes comme toi. Si tu veux ce soir, je vais manger à la maison d’Anna, t’as qu’a venir avec nous, je suis sur que ça la dérangera pas.

(Tom) Pourquoi pas ? Alors à ce soir.

(Wilhelm) C’est ça, à bientôt.

Sort Tom

Scène 4. Wilhelm.

(Wilhelm) Quand plus personne est là, je sens ce que c’est là solitude. Les autres sont comme des ombres vivantes qui me harcèlent mais dont j’ai besoin. Il parait que la véritable intimité se vit partagée. Tant que je t’aurais pas embrassé Anna, je saurais pas. Chaque jour tu te rapproches et tu t’éloignes. Ton nom c’est comme des ombres vagues de lumière qui frôle mes yeux éteints. C’est toi qui me berces quand la nuit je m’endors, toi qui me fais souffrir quand le matin mon lit est vide. Ton absence brûle des parties de moi que je connaissais même pas. C’est comme une flamme mais en moins puissant et plus caché. Anna, pourquoi est-ce que t’es pas là, près de moi, à t’accrocher à mes plumes fragiles, à réveiller mon animalité. Aime moi. Je veux sentir ta bouche éreinter la mienne au moins une fois.

(Au Haut-parleur) Le parc va fermer ces portes d’ici quelques minutes. Vous êtes invités à vous rendre à la sortie la plus proche. Nous vous remercions de votre visite et souhaitons vous revoir très bientôt chez nous.

Acte 3

Scène 1. Lulu, Anna. Dans la chambre d’Anna

Entre Anna.

(Anna) Il parait qu’il est arrivé quelque chose à Tom ?

(Lulu) Rien de grave. Il s’est coupé le doigt et ta mère en fait des tonnes. Si j’avais pas été là, elle aurait probablement appelé les pompiers. Ils sont allés dans sa chambre et elle le surveille pendant qu’il se repose.

(Anna) T’es sur qu’il s’est pas fait mal ?

(Lulu) Non, il a à peine pleuré et puis tout allait mieux. Il me donnait ses grands sourires qui me charment tellement.

(Anna) Je vais peut-être aller voir.

(Lulu) Je crois que ta mère veut rester seul avec lui. Reste là, ça fait longtemps qu’on n’a pas parlé un peu toutes les deux.

(Anna) C’est vrai.

(Lulu) Alors, tout va bien pour toi ? C’est pas trop dur de rester à la maison et de moins voir tes amis ?

(Anna) C’est ce que j’ai choisi. De toute façon, je m’amuse pas tant que ça quand je suis avec eux. Cette après-midi on est allés au parc et j’aurais mieux fait de rester à la maison.

(Lulu) IL y avait Wilhelm ?

(Anna) Qu’est-ce que ça peut te faire ?

(Lulu) À moi, rien. Je dis ça pour toi.

(Anna) Me parle pas de Wilhelm, c’est pas quelqu’un de bien.

(Lulu) Qu’est-ce qu’il a fait encore ?

(Anna) J‘ai pas envie d’en parler.

(Lulu) Très bien. Bon je vais aller finir de préparer le diner.

(Anna) Tu m’aimes, dis? Ca fait si longtemps qu’on vit ensemble. T’es obligée de m’aimer.

(Lulu) Bien sûr que je t’aime. Je me suis tellement battue avec toi.

(Anna) C’est que parfois j’ai peur. Je me dis, si Lulu partait, comment est-ce que je ferai, moi ? C’est pas Maman qui va s’occuper de moi. Je sens que je suis encore crédule, je me fais tout le temps avoir. Quand je vais en cours on se moque tout le temps de mes attitudes de ce que je peux dire. Lulu, j’ai besoin de toi.

(Lulu) Je sais. C’est pour ça que je suis là. Détends-toi. Comme t’es inquiète. D’habitude les enfants aiment avec moins d’arrière-pensée. Pour moi t’es encore une enfant. Mais toi, tu te méfies de tout le monde, t’as peur qu’on te regarde dans les yeux. Je vais te raconter quelque chose qui m’a frappé. La dernière fois je t’ai surprise alors que tu te déshabillais.

(Anna) Eh !

(Lulu) Ca va ! Et bien tu te cachais, tu jetais autour de toi des petits regards inquiets comme si t’avais peur qu’on te surprenne. Il faut pas que tu te méfies de tout le monde comme ça.

(Anna) Je te dis mes secrets.

(Lulu) Pas vraiment. mais bon c’est pas grave oublie ça. Moi aussi, j’ai eu ton âge et j’ai flirté pas mal. J’étais même plutôt doué. Et bien à chaque fois quand ça se finissait, j’étais toujours déçu. Ils me faisaient toujours une crasse, une amertume. C’est comme ça. Ca me faisait du mal mais j’en trouvais un autre. Mais toi, on dirait que tout est figé. Des fois, j’ai l’impression que t’oses aimer personne.

(Anna) Je t’aime toi Lulu.

(Lulu) C’est pas ce que je veux dire.

(Anna) Oui mais quand je te parle, je respire un air qui me plait, je me sens soulagée.

(Lulu) À mon avis, ce dont t’as besoin c’est d’un garçon qui s’occupe un peu mieux de toi que cette brute de Wilhelm. Je te vois le regarder. Tu rêves que d’une chose, c’est qu’il te prenne dans ces bras et qu’il te dise à quel point il te trouve belle. Mais comme il le fait jamais tu te raccroches à moi comme à un fusain en fer trop aiguiser. Sois pas passive comme ça profite un peu de ce que t’as.

(Anna) Tu me donnes toujours les mêmes conseils. Tu crois que je comprends pas, que je suis trop bête pour comprendre? Je vois bien que t’en as marre de rester chez nous avec des enfants trop grands pour toi. T’aimerais bien changer d’air, tu te lasses c’est normal. Il faut un temps pour tout, le mien il est passé. T’inquiète pas, si tu veux je peux faire ce qu’il faut pour que tu te sentes soulager.

(Lulu) Anna, dis pas n’importe quoi.

(Anna) Lulu, va me chercher maman, je voudrais lui parler.

(Lulu) T’es sur ?

(Anna) Discute pas.

(Lulu) Me parle pas comme ça.

(Anna) Pardon

(Lulu) Je vais la chercher.

Lulu sort

Scène 2. Agnès, Anna.

Entre Agnès.

(Anna) Maman, il faut que Lulu parte. J’ai passé l’âge d’avoir une nounou et je peux prendre soin de Tom sans elle.

(Agnès) Tu parles sérieusement ?

(Anna) Bien sur.

(Agnès) C’est pas à toi de décider de ça.

(Anna) Mais…

(Agnès) C’est pour ça que tu m’as appelée ? Tu crois pas que j’ai des choses plus importantes à faire en ce moment que venir écouter tes caprices ?

(Anna) Mais maman…

(Agnès) Ca suffit. Lulu reste aussi longtemps que j’en ai envie. C’est bien que tu veuilles prendre ton autonomie, mais il est temps surtout que tu prennes tes responsabilités.

(Anna) Tu ne me prends jamais au sérieux.

(Agnès) Ca suffit maintenant. Je veux plus t ‘entendre. Lulu est dans la famille depuis quinze ans. Elle s’est occupée de toi et elle garde maintenant ton petit frère. Si t’es pas satisfaite, je comprends, elle à du caractère. mais c’est pas une raison pour faire une crise comme ça. Prends sur toi un peu. Avoue que tu l’aimes ta gouvernante.

(Anna) Je la hais.

(Agnès) C’est parce qu’elle t’à fâchée. Tout ça parce qu’elle t’as dit quelques vérités.

(Anna) N’importe quoi.

(Agnès) Ton frère est malade, je vais m’en occuper.

(Anna) Si c’était pour ça.

(Agnès) Viens le voir ça lui fera plaisir.

(Anna) J’ai pas envie.

(Agnès) Viens je te dis. Allez ! Viens ! Discute pas.

Scène3. Agnès, Anna, Tom, puis Lulu. Dans la chambre d’Agnès

(Anna) Coucou.

(Tom) Coucou.

(Anna) Alors il parait que tu t’es fait mal.

(Tom) Pas mal.

(Anna) Montre-moi. Oh ça va, c’est rien. Dans quelques jours on verra plus rien. Tu veux un bisou sauveur ?

(Agnès) Tu peux pas savoir comme j’ai eu peur. Quand il est tombé et que j’ai vu le couteau plein de sang, j’ai cru qu’il était mort. Et puis il s’est mis à hurler comme un dément.

(Anna) Lulu m’a dit qu’il a à peine crié.

(Agnès) Oui mais le peu que ça à durer, c’était comme des coups de poignards.

(Anna) J’en suis sûr.

(Agnès) Tu peux pas te rendre compte, t’étais pas là, tu t’amusais avec tes copains.

(Anna) C’est pas tellement le mot, j’aurai préféré pas y aller.

(Tom) J’ai soif.

(Agnès) Attends un peu Tom, je vais aller te chercher à boire tout à l’heure.

(Anna) Je peux bien y aller.

(Agnès) Non, c’est important qu’il apprenne à différer ses désirs.

(Anna) N’importe quoi. Au fait Wilhelm vient toujours manger ce soir ?

(Agnès) Oui je crois qu’il est invité, mais sa mère vient pas.

(Anna) Tu crois que je pourrais me passer de diner ?

(Agnès) Quoi vous vous êtes encore fâché ?

(Anna) Peut-être.

(Tom) Maman, j’ai soif.

(Agnès) Attend une minute mon petit. Tu dis ça et tu sautes sur la moindre occasion pour être avec lui.

(Anna) Maman !

(Agnès) Oh, ça va !

(Anna) Quand même.

(Agnès) Excuse-moi. Tiens, si je t’ennuis tant que ça, t’as qu’a aller voir ton père, je suis sur que ça lui fera du bien. Et embrasse-le de ma part, dis-lui que je dois m’occuper du petit et que je viendrais lui rendre visite plus tard.

(Anna) Maman, je voudrais vraiment aller me reposer un peu.

(Madeleine) Depuis combien de temps t’y es pas allée ?

(Anna) Je sais pas. Deux, trois jours.

(Madeleine) Alors qu’il est à deux chambres de la tienne et qu’il est malade comme ça. Tu te rends compte.

(Anna) Mais, maman

(Madeleine) Discute pas. Tu sais où se trouve sa chambre je crois.

(Tom) Maman, j’ai soif.

(Madeleine) Oui, je vais te chercher de l’eau. Au passage, Anna, tu pourras dire à Lulu de me porter une bouteille. Va m’en veux pas, je fais tout ça pour toi. Tout va bien mon petit ?

(Tom) J’ai soif.

Anna sort

(Agnès) Tu vois, je sais aussi m’occuper de toi.

(Tom) Oui.

Entre Lulu

(Lulu) Voici la bouteille d’eau.

(Madeleine) Merci. Poses la là.

Scène 4. Anna, Georges, puis Tom. Dans la chambre de Georges.

Entre Anna

(Anna) Allez Anna, lance toi. Papa. Je t’aime. Tu vas mourir et je t’aime. Quand tu me le disais je te croyais pas, je comprenais pas. Je voyais tes joues roses, ta barbe qui pique, tes dents serrées. Je comprenais pas le langage que tu tenais, ces mots qui voulaient dire la fin. Tu m’en veux ? Tes mots, dans mes oreilles, c’était comme des boulets de terre. Pardonne-moi. Dis-le encore, je t’écoute cette fois. J’ai une maladie. Et alors c’est pas grave, beaucoup de gens guérissent et tu seras heureux comme nous. Tu va sourire comme avant. La maladie c’est rien. Si tu passes moins de temps assis sur ton fauteuil les yeux hypnotisés, tu vas guérir plus vite. T’en vas pas, c’est tout. Si tu restes encore un peu je vais trouver une solution.

Entre Tom

(Tom) Salut Anna.

(Anna) Oh, Tom ! Qu’est-ce que tu fais là ? Comment t’es entré ?

(Tom) Excuse-moi, je voulais pas te faire peur. Wilhelm m’a dit cette après-midi, qu’il y avait ce soir un diner chez toi et que je pouvais venir. J’avais envie de te voir d’abord, c’est pour ça que je suis venu un peu plus tôt.

(Anna) Tu crois pas que je suis un peu occupé ?

(Tom) Excuse-moi. Oh je suis désolé, je t’attends dans le couloir.

(Anna) J’arrive.

(Tom) Désolé pour cette intrusion. Je sais pas ce qu’il me veut, je l’ai rencontré cet après-midi. Maman avait raison. J’aurais du revenir te voir plus tôt. J’ai eu peur. Je repasse t’embrasser demain. D’ici là repose-toi bien, tes yeux ont encore leur air fatigué et ta bouche peine à se fermer. C’est dur de te voir comme ça, c’est toi qui m’as portée. Je te laisse, je vais voir ce Tom, s’il me veut du mal je sais que tu me défendras.

Elle sort

Scène 5. Anna, Tom, Puis Wilhelm. À la fontaine.

(Tom) Écoute Anna, Je vais t’expliquer. Il y a rien de compliqué.

(Wilhelm) Eh ! Tom, t’es arrivé tôt !

(Anna) Wilhelm, tu tombes bien ! Peut-être que tu vas pouvoir m’expliquer pourquoi Tom est invité à manger chez moi sans me prévenir et pourquoi il s’introduit dans la chambre de mon père sans frapper, alors qu’il doit bien voir du petit trou de serrure où il me mate, que je suis occupé à des choses plus importantes qu’à ses gamineries.

(Wilhelm)Pour le diner, j’avoue, c’est moi. je l’ai invité quand on était au parc. Je me suis dit que ça te dérangerait pas comme vous aviez l’air de si bien vous entendre. Pour le reste, j’y suis pour rien s’il est mal élevé et qu’il est tellement fasciné par toi.

(Anna) Alors ?

(Tom) Je sais pas quoi dire. Si je gène trop, je préfère partir.

(Wilhelm) Non reste. C’est quand même moi qui t’ai invité. Anna à un caractère un peu difficile, mais elle s’adoucit vite.

(Anna) Méfie-toi, je croque ceux qui craquent pas sous mes coups.

(Wilhelm) Allez, arrête Anna. Tu veux pas nous raconter quelque chose de drôle pour changer ?

(Anna) Les deux hommes qui m’énerve le plus en ce moment. Si vous voulez j’ai un super jeu pour vous justement. On a qu’à s’asseoir là. Supposez que vous êtes tous les deux fous de moi et que moi je vous aime bien tous les deux, mais j’arrive pas à choisir, il me manque un petit quelque chose. Comment est-ce que vous me montreriez que vous m’aimez ?

(Wilhelm) Je suis pas sur que ce soit une super idée Anna.

(Anna) Tom, t’as envie de jouer ? Pour m’avoir, il faut faire quelque chose d’un peu original.

(Wilhelm) Anna…

(Anna) Wilhelm, si t’as pas envie de moi, je peux juste partir avec Tom.

(Tom) Si tu es en danger, je te protégerai.

(Anna)C’est un peu facile. Et toi Wilhelm, tu me protègerai ?

(Wilhelm) Bien sur, mais de quoi veux-tu que je te sauve à part de sa connerie ? J’ai bien fait de l’inviter.

(Anna) Essaye pas de tout gâcher. Allez quoi d’autre ?

(Tom) Par exemple, si on marchait tous les deux dans la jungle et qu’en traversant une rivière, une horde de Piranhas nous attaquaient, je me sacrifierai pour qu’ils te mangent pas toi.

(Anna) C’est déjà une belle preuve d’amour.

(Wilhelm) C’est surtout très con. Si tu fais ça Tom, c’est moi au bout du compte qui la récupère et on pleure ensemble les cendres du pauvre Tom, cannibalisé. Tu sais ce que je ferai moi pour te sauver ? Je t’emmènerai loin d’ici, loin de cette maison qui sent le moisi. J’arrêterai les cours, je prendrai un travail pour nous acheter une voiture et je te ferai un enfant pour que tu aies enfin une autre famille que ta mère qui te pourrit la vie et ton frère débile dont tu dois tout le temps t’occuper. Pendant que Tom pêcherait ses piranhas je ferai tout pour que tu vives bien et que tu puisses être fier et de moi et surtout de toi, de tout ce qu’on aura construit ensemble. Voilà ce que je ferais.

(Anna) T’es trop sérieux Wilhelm avec toi on peut jamais s’amuser.

(Wilhelm) C’est que j’en ai marre de m’amuser et de te voir agir là comme une idiote comme si rien de ce qu’on fait comptait.

(Anna) Comme t’es dur. Je crois que c’est Tom qui a gagné. Elle l’embrasse assez tendrement.

(Wilhelm) Bon ça suffit, j’y vais

(Anna) Non reste. On peut encore s’amuser.

(Wilhelm) À quoi tu veux qu’on joue, tu vois pas que j’en peux plus de tes jeux ?

(Tom) Le prends pas comme ça Wilhelm.

(Wilhelm) Toi.

(Anna) Allez il a raison, il faut savoir s’amuser. Elle embrasse Wilhelm tendrement.

(Lulu) Le diner est servi, venez !

(Anna) Allez venez, il faut y aller.

Acte 4

Scène 1. Agnès, Lulu, Jean, Wilhelm, Tom, Thomas. Dans la salle à manger.

(Thomas) Je veux du gâteau. Je veux du gâteau.

(Agnès) Oui ça arrive Tom. On est pas encore au dessert.

(Wilhelm) Non, il m’emmerde voilà. Il arrive je sais pas d’où, personne le connait et il se croit tout permis. Qu’il aille se faire foutre et qu’il nous laisse tranquille, on était mieux sans lui.

(Jean) Wilhelm, calme-toi !

(Wilhelm) Et pourquoi ? Vous ne savez pas ce qu’a fait votre fille madame ?

(Agnès) Elle vous a donnée un regard aguichant ?

(Wilhelm) Elle nous a tous deux emmenés dans les fourrées à l’arrière du jardin et c’est à peine si nous avons pu nous défendre.

(Anna) Wilhelm !

(Wilhelm) Laisse-moi ! À peine étions nous hors de vue de la maison qu’elle nous a déshabillé. Je ne dis pas que nous n’y avons pas mis de notre gré, qui résisterait à une si jolie fille, mais enfin elle a pris tant d’initiative que…

(Agnès) Charmant !

(Wilhelm) Cela n’a pas duré plus de dix minutes, elle n’a pas eu besoin de plus longtemps pour nous échauffer et l’un après l’autre, elle a recueilli le fruit de son labeur en son sein.

(Anna) Wilhelm ! Maman je te jure que dans tous ce qu’il dit il n’y a pas un mot de vrai. C’est à peine si on est restés cinq minutes au fond du jardin et encore c’était seulement pour…

(Wilhelm) Y jouer.

(Jean) Wilhelm, ça suffit. Si tu es venu ici pour parler comme ça d’Anna. Rentres chez toi et la prochaine fois, quand tu seras moins saoul, tu t’excuseras.

(Wilhelm) Il ne fallait pas servir de si bons vins.

(Agnès) C’est vrai qu’ils étaient bons.

(Jean) Agnès !

(Agnès) Pardon, j’oubliais que je suis garante de l’autorité. Wilhelm, viens t’asseoir là. Les choses que tu racontes sur le dos de ma fille, bien que j’ose espérer qu’un jour elle devienne vraie, ce n’est ici ni le lieu, ni le moment de parler de votre intimité.

Anna sort

(Agnès) Je n’en crois rien Agnès, c’est pour rire. Pour moi tu es et tu resteras toujours aussi pur que l’or, tu le sais mon trésor.

(Tom) Je crois que je vais rentrer.

(Agnès) Oh non, Tom reste, je te connais pas, mais déjà tu me réconfortes et puis tu portes le même non que mon fils, c’est un signe non ? Allez, reste, tu es le bienvenu.

(Jean) Ce serait peut-être mieux que chacun rentre tranquillement chez soi..

(Thomas) Maman, je veux du gâteau !

(Wilhelm) Je vais retrouver Anna, on a des choses à terminer. Il y a qu’à suivre la queue du démon.

Wilhelm sort

(Agnès) Ne l’échauffe pas trop. Qu’il est drôle ce Wilhelm!

(Jean) Vraiment tu trouves ?

(Agnès) Il n’y a que sa queue, trop bien coince entre les jambes, qui lui fait défaut. Thomas se met à pleurer. Tom, mon petit Tom, qu’as-tu ?

(Lulu) Depuis que tout le monde crie il se sent pas bien, j’ai voulu vous prévenir mais vous me regardez pas.

(Agnès) Et bien ramène-le dans sa chambre. Il est l’heure qu’il se couche, non?

(Lulu) Bien.

(Agnès) Je viens te vois tout à l’heure, mon cœur.

(Jean) Comme tu peux être dure.

(Agnès) C’est la position qui convient à une personne qui a fait des turlutaines. Il faut savoir expier ses fautes. Je vais me coucher Jean. Tu veux m’accompagner?

(Tom) Agnès, si vous avez encore un peu de temps, je voulais vous parler.

(Agnès) Tu es encore là toi. Tu veux pas venir avec nous ?

(Tom) C’est que…

(Agnès) M’écoute pas. Moi je t’écoute.

(Tom) J’aimerai bien vous parler juste à vous si c’est possible.

(Agnès) Bien sur. Jean tu veux allez m’attendre dans le salon, je dois avoir une conversation très sérieuse avec ce charmant jeune homme. Ce sera pas long, enfin je crois.

(Tom) Non, non

Jean sort

(Tom) Voilà, je sais pas par où commencer.

(Agnès) Où tu veux mon petit.

(Tom) D’abord je voulais vous dire que je suis désolé pour ce qui arrive à votre mari.

(Agnès) Je te remercie. C’est Anna qui t’en a parlé?

(Tom) Elle a pas eu besoin, ces choses-là me viennent intuitivement. Je sais lire la tristesse dans les visages, dans les regards.

(Agnès) Et alors, qu’est-ce que tu vois dans le mien?

(Tom) Je vois sur votre front une grande douleur qui arrive pas à se résorber, dans vos petites rides au coin des yeux, les fissures du sarcasme et de la mauvaise foi, dans vos lèvres comme des carapaces fendillées pleines de couleuvres, sillons du deuil. Vos beaux yeux rient autant qu’ils pleurent, avec amertume et humanité. Les mouvements de vos cils sont gracieux.

(Agnès) Et bien !

(Tom) Vous vous demandez comment je vois tout ça ?

(Agnès) C’est à dire.

(Tom) J’ai pas peur de vous contrairement à tous les autres. Je vous connais mieux que vous croyez.

(Agnès) Tu aurais pu me faire de plus jolis compliments pour une première rencontre, c’est pour me dire ça que tu voulais me parler?

(Tom) Non, j’ai autre chose à vous dire.

(Agnès) Ne prends pas un air si grave.

(Tom) Ca fait longtemps que je vous connais vous et votre famille, Georges, vous, Anna et Tom. Ayez pas peur, je vous espionne, mais j’ai des raisons d’être curieux de vous depuis longtemps.

(Agnès) Qu’est-ce que tu racontes, je ne comprends rien, je pensais que tu allais me dire des choses gaies.

(Tom) Je vais pas passer par quatre chemins, mon père est malade et j’ai plus que vous pour prendre soin de lui.

(Anna) Je le connais ton père ?

(Tom) Oui vous le connaissez.

(Agnès) Écoute Tom, je serai ravi de t’accueillir ici, mais Anna a déjà un frère dont elle a fort à s’occuper et je suis pas sur que tu ais conscience, malgré toute ta clairvoyance, de l’absurdité de la demande que tu me fais. Peut-être qu’il vaudrait mieux que maintenant tu rentres chez toi te reposer un peu et si tu veux revenir demain, tu seras le bienvenu. Je te ferai du thé.

(Tom) Je suis très sérieux.

(Agnès) Ca doit être l‘alcool qui me fait perdre la tête alors.

(Tom) Mon père s’appelle Eluald, c’est pas un prénom commun?

(Agnès) Et alors ?

(Tom) Vous avez connu un Éluald ?

(Agnès) Si j’ai connu un Éluald et alors ?

(Tom) Que vous avez aimé ?

(Agnès) Et alors ?

(Tom) Dont vous avez eu un fils ?

(Agnès) Tom ?

Agnès s’évanouit

Scène 2. Agnès. Jean puis Anna et Wilhelm. Dans le salon.

(Agnès) Je viens de faire la rencontre la plus inattendue de ma vie.

(Jean) Ca se voit.

(Agnès) C’est le jeune homme avec qui est arrivée Anna tout à l’heure. Il m’a dit des choses. J’aurais pas du l’écouter. On perd la tête à écouter des étrangers.

(Jean) Moi aussi je l’ai trouvé absent.

(Agnès) Je crois qu’il vaut mieux qu’il fréquente pas trop Anna pour le moment. Tiens, donne-moi un café.

(Jean) C’est peut-être pas trop le moment, mais je voulais te parler de l’état de Georges.

(Agnès) Vas-y. Je suis plus à ça prêt.

(Jean) Il a des constantes stationnaires…

(Agnès) C’est à dire qu’il va toujours mal.

(Jean) Oui on peut dire ça. Il refuse de communiquer. Il s’enferme dans un silence absurde. Il refuse même de me regarder.

(Agnès) Ca se comprend. On aime pas se faire soigner par celui qui touche votre femme.

(Jean) Ca change rien. Je suis son médecin, il y a que moi qui puisse le soulager.

(Agnès) Je continue à faire les injections comme tu me l’as dit.

(Jean) C’est bien.

(Agnès) Ca va durer encore combien de temps ?

(Jean) J’en sais rien

(Agnès) Je veux que ça se termine. J’ose plus rentrer dans sa chambre. Il me regarde à peine.

(Jean) Je peux rien faire pour toi. Tu dois continuer à le supporter encore un peu plus longtemps.

(Agnès) Supporter quoi ? D’avoir un cadavre dans la maison qui te pourrit l’existence, le cadavre d’un homme que t’aimes plus depuis longtemps ? Un fantôme qui empêche tout le monde de vivre à son gré et qui fait d’autant plus peser son empreinte qu’il devient de moins en moins vivant. Je vois pas ce qui me pousse à continuer. Qu’il arrête de souffrir s’il veut qu’on l’aime. Je veux plus le voir, tu comprends ça ?

(Jean) Alors qui va s’en occuper ?

(Agnès) Je te laisse le bénéfice de la charge. Au final c’est peut-être toi qui l’admire le plus pour ce qu’il a su obtenir de moi et que t’auras jamais, une famille, des enfants, un foyer. Il faut bien que quelqu’un d’autre que moi subisse le poids de toutes ses souffrances. C’est pour ça que je te garde mon cher petit aimant. Ta récompense est à la hauteur de ton sacrifice, non ? Embrasse-moi, il y a que comme ça que tu sais m’aimer. J’ai affreusement mal à la tête. C’est comme si je rêvais.

Arrive Anna et Wilhelm.

(Anna) Attention les fais pas tomber! Regarder toutes les pommes. Wilhelm avec ses grandes cannes m’a fait la courte échelle et il a failli s’étaler contre la barrière. De nuit, on n’y voyait rien, c’était vraiment drôle.

(Jean) Alors vous êtes réconciliés ?

(Anna) Il a bien su s’excuser.

(Agnès) Tu vois ? On peut en avoir une ?

(Anna) Bien sûr. Il y en a encore pleins aux pieds de l’arbre et sur les branches et beaucoup qui pourrissent et beaucoup qui sont mangés par les vers et les oiseaux.

(Wilhelm) Ca fait longtemps qu’il n’y a plus d’oiseaux.

(Anna)Tais-toi idiot.

(Wilhelm) Madame laisser-moi vous baiser la main.

(Agnès)Monsieur, enchanté.

(Anna) Toujours avec ces grands mots. Tu aimes bien faire ton intéressant.

(Wilhelm) Ce n’est pas tous les jours que j’ai le plaisir de fréquenter une si grande dame et un illustrissime docteur.

(Anna) Tu m’énerves.

(Agnès) Viens-là ma fille. Tu as beaucoup à apprendre d’un garçon aussi bien élevé.

(Jean) Et beau en plus de ça.

(Anna) Je commence à fatiguer.

(Agnès) Jean tu restes encore un peu ?

(Jean) Non, je crois que je vais rentrer, même pour moi c’est beaucoup, mais je reviens demain. Si vous voulez des poires je vous en ramènerai.

(Anna) Je préfère des mirabelles

(Wilhelm) C’est fini les mirabelle ce sera pour l’année prochaine.

(Madeleine) Anna, tu fais bien d’écouter Wilhelm, il sait les choses.

(Anna). Je fais que ça. Il faut pas croire. Dès qu’on est tous les deux c’est lui qui décide de tous, quand il faut se promener, s’asseoir, se regarder…

(Wilhelm) Sinon on ferait jamais rien. Tu es toujours là à attendre une éternité pour prendre une décision. Moi j’ai besoin que les choses avance et puis quand on est ensemble j’ai envie d’en profiter.

(Anna) Tu vois comme il est. Allez viens, on retourne à la fontaine j’ai envie de me baigner.

(Wilhelm) Au revoir Jean, A tout à l’heure madame.

(Madeleine et Jean en même temps) A bientôt.

Scène 3. Anna et Wilhelm. À la fontaine.

(Wilhelm) J’ai trop mangé.

(Anna) Pourquoi est-ce que tu fais toujours le mariole avec ma mère ?

(Wilhelm) Ca m’amuse. J’aime bien lui montrer que je suis un homme du monde.

(Anna) Je suis sur que t ‘es jamais allée dans une soirée mondaine.

(Wilhelm) Si, une fois.

(Anna) Et alors ?

(Wilhelm) Je me suis ennuyé.

(Anna) Il y avait des jolies filles ?

(Wilhelm) Elles étaient toutes dans leurs petites robes et elles sortaient pas des jupes de leurs mères. Je leur ai à peine adressé la parole. Dès qu’y a de l’argent... Rien d ‘autre compte. Le futur, la famille, ta mère.

(Anna) Elle est un peu oppressante quand elle parle de toi devant tout le monde.

(Wilhelm) Et encore tu la supportes pas tous les jours. Quand j’en ai marre je viens te voir.

(Anna) Tu viens pas si souvent que ça.

(Wilhelm) Et toi pourquoi tu viens pas chez moi?

(Anna) J’ose pas.

(Wilhelm) Pourquoi ? T’as peur de quoi ?

(Anna) De toutes les horreurs que t’inventes.

(Wilhelm) Tu m’as dit que tu me pardonnais. Qu’est-ce qui te fais si peur ?

(Anna) Et toi ? pourquoi tu dis rien à ta mère ?

(Wilhelm) C’est pas la même chose.

(Anna) Ah oui pourquoi ?

(Wilhelm) Parce qu’elle est malade.

(Anna) Ca veut dire quoi malade ?

(Wilhelm) Il y a des choses qu’elle à du mal à entendre.

(Anna) Dès que tu parles d’elle c’est que des énigmes.

(Wilhelm) Si on oubliait ma mère, on a qu’a gardé ça pour nous.

(Anna) Garder quoi ?

Il l’embrasse

(Wilhelm) Et ton père il va mieux ?

(Anna) Tais-toi.

Elle l’embrasse

Noir

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