L'amour aux temps des battues

white-hunter

Nouvelle cynégético-romantico-dramatique, où l'on chasse l'amour à la chevrotine.

Rien n'est inventé. Tout est vrai, je ne mens jamais. Même si je ne crois pas à l'enfer. Bon, dans les nouvelles, c'est permis ...

Au milieux des hurlements de chiens, des cris des piqueurs et des coups de feu, une balle qui traverse une épaule en la saccageant. La partie de chasse vire aux sirènes , et au défilé costumé des pompiers, des ambulanciers et des pandores ... Cela est passé pour un accident grave qui aurait pu être mortel, alors que c'était juste une histoire d'amour. Les gens exagèrent toujours.

Une histoire d'amour trop partagé, simplement. L'héroïne ? Cuisse légère et beauté reconnue, peut-être est-il difficile d'être juste convoitée, sans récompenser jamais ce poème muet à la beauté dont on est souvent l'objet.

Le héros ? Le mec au tapis, c'est sur, est un adorateur des femmes, de presque toutes, sauf peut-être à barbe. Des restes de beau gosse, un regard de conquistador, une prestance, encore.

Le vrai héros ? C'est la victime, et c'est l'assassin. Avoir une belle femme qui n'est ni catholique intégriste, ni frigide, en ces montagnes éloignées de tout, ce n'est pas mieux qu'ailleurs. Car des femmes à rêver, à adorer, à espérer, il n'y en a pas beaucoup au fond des vallées.

Les gendarmes ne comprennent pas, lors de la première reconstitution. Un chasseur s'accuse possiblement, en reconnaissant un tir peut-être dangereux au cours de cette battue au sanglier. Mais la balle qu'il tire n'était pas la bonne, si l'on peut dire. Pas la même que celle retrouvée dans le sol après avoir percé sa victime. Il y a avait eu bien des tirs, des menées bruyantes de chiens ici et là. Alors il y à nouveau reconstitution, et re-reconstitution. Et re-re-re. Le blessé n'a rien vu, et surtout pas de sanglier ni de cerf, il s'était retrouvé au sol avec son bras sanglant, c'est tout. Une balle, ça peut venir de loin. Alors il a crié au milieu des cris, de la sauvagerie de la battue, et on est venu. Mais qui l'a blessé? Passé l'imprudence supposée d'abord, toutes les suppositions seront chuchotées, au comptoir, énoncées crûment au troisième verre, grasseyées lors de la dernière, puis de la der des der. Un chasseur honnête devrait se dénoncer, dit-on ici! Ça n'enlèvera pas le trou dans le bras, assure un sage. Une histoire de dette ? En Auvergne, ça ne pardonne pas, l'honneur y est tout près du portefeuille. Une histoire de femme ? Il y a toujours eu des histoires de femmes, et pas de morts ou de blessés pour autant. Mais l'hypothèse est la meilleure …

Notre blessé, pour avoir couru l'amour sur une chasse gardée, a reçu cette balle qui aurait du être mortelle. L'honneur sauf, son assassin ne l'a pas achevé. Et, ni le blessé dans sa chair, ni le blessé dans son honneur, ni la blessée dans ses amours n'ont jamais parlé. Ils avaient remis les compteurs à zéro, la vie pouvait continuer. Je trouve que ça fait une belle histoire, elle est déjà vieille et continue de tourner comme la vie et les amours…

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