Le dernier chêne

gerwal

LE DERNIER CHÊNE

Ils ont coupé le dernier chêne,

Abattu le dernier pommier,

Ils ont gâché le blé en graines,

Arraché vignes et oliviers.

Le rossignol chante sa peine,

Son cœur ne cesse de saigner.

La boue fait un linceul obscène

A la belette et au sanglier.

 

 

Ils ont renversé les dolmens

Et les calvaires des sentiers,

Rempli les calices de haine,

Et les autels sont sacrifiés.

C'est une onde grise et malsaine

Qui suinte du vieux bénitier,

Nous n'irons plus à la fontaine,

Nous n'irons plus nous y baigner.

 

Un vent noir souffle à perdre haleine

Dans les mâts brisés des voiliers,

Vaisseaux-fantômes des lunes pleines

Et leurs cortèges de noyés.

Une fille en châle de laine,

Sur la "Falaise des Endeuillées",

Attends et attends que revienne

Celui pour qui elle vient prier.

 

Un calme glacé se déchaîne

Sur l'ancien chemin des douaniers

Des ombres pâles s'y promènent

Poussant des pleurs, traînant les pieds.

Dedans la chambre de la Reine

On a éteint les chandeliers,

Fermé les rideaux et persiennes,

Et fané le bouquet d'œillets.

 

Sur les tarots des Bohémiennes,

Vaines d'images d' écoliers,

La Mort joue son ultime scène

Et le Pendu est crucifié.

Le Magicien se croquemitaine,

L'Empereur finit de régner

Et le Fou a jeté ses chaînes

Sur les cases d'un échiquier.

 

L'Apocalypse nous entraîne,

J'entends ses quatre Cavaliers.

Et les trompettes incertaines,

Du prochain Jugement Dernier.

L'encre noire et bleue de mes veines

S'égoutte à goutte sur mon papier,

Je vais brûler tous mes poèmes

Et mes dessins dans mes cahiers.

 

Ils ont coupé le dernier chêne,

Arraché vignes et oliviers…

Ils ont renversé les dolmens

Et les autels sont sacrifiés…

Mais…

Je sais une contrée lointaine,

Sur une carte repliée,

Je crois qu'on l'appelait l' Eden

En des temps longtemps oubliés.

Parfois mes rêves m'y emmènent,

Sur les ailes de mes vieux souliers…

 

 

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