Le Grand saut

Catherine Doré

LE GRAND SAUT

                    

En ce matin de Mars, le printemps semblait enfin s’annoncer. Il flottait dans l’air, un parfum de fleurs qui chatouillait délicieusement les narines. Pourtant il faisait encore frais lorsque Vincent vint allumer le plafonnier de l’écurie. Les chevaux réveillés en sursaut manifestèrent leur mécontentement  par de vigoureux coups de pieds dans les boxes. Il en était toujours ainsi le matin, lorsque Vincent rentrait dans leur domaine. Il se présentait le premier, et lui seul connaissait leurs habitudes. Le jour n’était pas encore levé et Jod se demandait pourquoi on venait le réveiller si tôt.

 Le bruit de la brouette traînée par Vincent dans l’allée de l’écurie attisa la faim dans les estomacs. L’agitation de tout ce petit monde ne laissait aucun doute sur leur solide appétit. Mais pourquoi certains avaient-ils droit à une ration supplémentaire ? Jod tout content vit s’approcher la gamelle et flaira tout de suite un complément inhabituel.

Depuis quelques temps, il avait remarqué que sa jeune maîtresse, répondant au doux prénom de Claire, prenait soin de lui de façon plus spéciale. Cette grande jeune fille, un peu dégingandée, lui avait paru plutôt frêle, au départ, mais c’était en réalité un sacré tempérament ! Avec son splendide regard bleu acier, elle avait de quoi faire tomber tous les cavaliers du club, mais c’est vers lui, Jod, que son attention se portait.

 Ils avaient fait connaissance il y a  quelques mois, et s’entendaient déjà bien tous les deux. Jod venait d’un élevage réputé, et on fondait de grands espoirs sur lui. De stature moyenne, mais bien proportionné, ce petit cheval avait fière allure, sa jolie robe « baie brun » et son regard vif, d’une grande douceur, avaient tout de suite plu à Claire. Quand elle avait franchi la porte du box, lors de leur première rencontre, il s’était approché spontanément, la bousculant presque pour aller fouiner dans sa poche. Il faut dire que, maline, Claire avait pensé à se munir d’une pomme qui, à coup sûr ne manquerait pas de lui plaire, comptant ainsi s’attirer rapidement les faveurs de son nouveau compagnon. Depuis, chaque fois que Claire arrivait, avant même qu’elle ne soulève le loquet de la porte, Jod s’impatientait déjà en tapant  dans le fond du box.

-J’arrive mon loulou ! Du calme ! Je vais m’occuper de toi !

Aussitôt, la voix douce de Claire faisait son effet, et tel un gentil toutou, le cheval approchait sa tête pour recevoir le bonjour de la jeune cavalière. D’un coup  de main énergique, elle lui caressait le chanfrein,  déclenchant immédiatement un vif  hochement de tête.

Mais tous ces exercices répétés inlassablement ces derniers jours, voulaient-ils donc dire quelque chose ? Pourquoi cet entrainement intensif ? Peut-être était-ce l’explication de cette ration supplémentaire… Quoi qu’il en soit, Jod prit beaucoup de plaisir à dévorer son repas. Tout à coup, la rumeur amplifia, des pas précipités se firent entendre, accompagnés d’un brouhaha qui mit tout le monde en émoi. Toutes les têtes se penchèrent en même temps aux portes des boxes, comme pour saluer les nouveaux arrivants.

Pourquoi tout ce monde ce matin ? Que se passait-t-il ?

-Allez, mon loulou, cette fois-ci, c’est le grand jour ! Tu vas tous les épater, hein ! Toi et moi, on forme une bonne équipe, et on va leur montrer ce dont on est capable !

Claire semblait de très bonne humeur, c’était bon signe.

Toutefois, quand elle lui mit le licol, Jod eut un moment d’hésitation, se demandant quel sort lui était réservé. Et puis, ce grand camion ne lui disait rien qui vaille ! Ses souvenirs de voyage remontaient à son arrivée au club… Ce grand fourgon ouvert ne lui inspirait pas confiance. Il faisait sombre à l’intérieur, et Claire dût dépenser toute son énergie pour l’aider à  grimper.

Après un voyage sans encombre, où Jod et ses compagnons embarqués, avaient été secoués,  dans un dernier soubresaut, le camion s’immobilisa enfin. Tout de suite, la porte à double battant s’ouvrit, apportant une bouffée d’air frais à ses occupants. Ce qui frappa immédiatement Jod, à sa descente du camion, c’est l’atmosphère de fête qui régnait dehors. Des cris et de la musique emplissaient l’air, impression qui étrangement, lui fût plutôt agréable. Mais, quel était donc cet endroit ? Ces odeurs ne lui étaient pas familières !

-Bon, maintenant on y est !

 Claire affichait toujours un grand sourire donc, pas de panique tout allait bien se passer, se rassura Jod.

-Je vais te faire tout beau pour le concours. C’est notre premier, et il ne faut pas le rater.

Sans perdre de temps, Jod se retrouva solidement attaché sur le flanc du camion, tandis que, l’arme à la main, Claire entreprenait  de s’occuper de sa crinière.

« Aïe, mais ce n’est pas du tout agréable, çà ! Qu’est-ce qu’elle me fait là ? »

A l’aide d’un solide peigne en fer, la jeune fille enroulait les crins pour les nouer en de jolies petites tresses, appelées « pions ». Elle réalisa ensuite une tresse de queue et la retint par un ruban. Enfin, après un vigoureux lustrage de son poil, sans oublier un bon curage des pieds, Jod fût paré pour le combat. Puis elle disparut dans le camion.

Lorsque Claire revint vers lui, quelque chose avait changé… Peut-être la tenue ? Elle n’était pas habillée de cette façon tout à l’heure !

En effet, avec son pantalon blanc et sa ravissante veste cintrée, Claire faisait preuve d’une rare élégance. Les bottes reluisantes et de jolis gants blancs à la main, elle avait fière allure, prête pour son premier round.

Le dressage ne faisait pas parti des épreuves les plus faciles dans le concours complet, et tous les deux allaient en mesurer rapidement la dure réalité. Vincent les attendait, à la porte de la carrière pour la détente, prélude à la première épreuve.

-On y va, Claire ! Tu es prête, j’espère que tu as retenu tout ce qu’on a vu ces derniers temps. Pense à tes épaules, ton dos doit être droit !

Vincent était un coach exigeant. Tout devait être parfait, pas le droit à l’erreur avec lui. D’un naturel robuste, et de forte carrure, ce jeune entraîneur ne mâchait pas ses mots, il recherchait toujours la performance auprès de ses élèves. Si Claire en avait été affectée au début, elle avait vite compris que l’entrainement ne souffrait pas de demi-mesure et que pour gagner, il fallait se battre. Aujourd’hui, la pression était d’autant plus forte que la représentation avait lieu en public.

-Redresse-toi, tu n’es pas dans ton fauteuil devant la télé !

La voix était tonitruante par moments, et Jod n’était pas plus rassuré que cela, d’autant que, sur sa gauche arrivait à toute allure un cheval qui portait un curieux nœud rouge sur la queue, en signal pour les autres cavaliers qu’il a tendance à « taper ». Claire d’un coup de renne droite l’amena vite à l’écart de cet étrange phénomène. Il y avait, en effet, toutes sortes de chevaux dans cette carrière d’entrainement et il valait mieux éviter la collision.

-Bon, tu te présentes au jury, et tu rentres sur le carré de dressage par le fond. Rappelle-toi que Jod n’est pas habitué aux barrières blanches.

En attendant son tour, Claire commençait à sentir la pression monter, le visage fermé, elle se recentrait pour mieux faire face à l’épreuve, n’en ressentant  pas moins une terrible appréhension.

 Deux voitures étaient placées sur les côtés de la carrière, dans lesquelles les juges attendaient le prochain concurrent. Claire se présenta devant eux, puis franchissant l’espace de barrière dégagé, fit son entrée sur le carré de dressage. Après avoir fait quelques pas, elle immobilisa son cheval pour faire un salut de présentation. Puis partant au petit trot, elle commença à réaliser son premier cercle. A aucun moment, elle ne laissait Jod se distraire, le ramenant sans cesse dans l’axe en recueillant totalement son attention, ce que Jod ressentit tout de suite.

En  redressant les oreilles, il se recentra sur son travail afin de donner le meilleur de lui-même pour satisfaire sa jeune maîtresse. Au rythme des cercles et des allongements, les différentes allures du cheval se succédèrent, réalisant de belles figures de manège. Au fur et à mesure, Jod se sentait de plus en plus à l’aise, maintenu par la main et les jambes fermes de Claire. A cet instant, le cheval et sa cavalière étaient en pleine harmonie, et ils formaient tous les deux un très joli couple, ce que ne manqua pas de remarquer le public.

Leur prestation  devait, en effet,  être plutôt réussie, car, lorsqu’elle toucha à sa fin, on entendit des applaudissements. Claire semblait elle aussi satisfaite, caressant longuement  l’encolure de sa monture.

« Comme sa main est douce ! J’adore quand elle me caresse comme ça ! » Jod se soumettait volontiers aux ordres de la jeune fille si c’était pour recevoir ce genre de remerciement.

Un petit temps de repos entre deux épreuves ne ferait pas de mal. Revenu auprès du camion, Jod profita d’un bon sceau d’eau fraîche. La couverture sur le dos, il allait enfin pouvoir se reposer. Les copains, autour, semblaient en faire autant, mais, attention ! Il ne fallait pas s’endormir, la prochaine épreuve pourrait réserver des surprises…

Quelque temps plus tard, après s’être accordée, elle aussi, une petite pose, Claire fût de retour auprès de son cheval. Il semblait détendu, tant mieux, car elle appréhendait la prochaine épreuve. Le saut d’obstacle n’avait jamais été son fort, et Jod n’affectionnait pas, non plus, ce genre d’exercice. Mais aujourd’hui, tout était permis, à plus forte raison de réussir là où cela n’avait jamais été le cas. Le concours est fait pour se dépasser. Ils en faisaient la première expérience.

De retour sur la carrière pour la deuxième détente, cette fois-ci, il fallait se rappeler des leçons de saut. Ces différentes barres dressées sur la piste, en « verticales », ou en  « oxers » (doubles barres de saut), avaient toujours fait un peu peur à Jod. L’appréhension le submergeait souvent à l’approche de l’obstacle et il devait rassembler toute son énergie pour se projeter de l’autre côté. Cette peur pouvait même l’amener à piler net au dernier moment, déclenchant à coup sûr un gros coup de gueule de Vincent et le mécontentement de sa cavalière, accompagnés d’une sanction immédiate.

- Donne-lui un bon coup de talon, si tu sens qu’il tente de  se dérober, pas question que ce soit lui qui commande !

Il y en avait eu de ces coups de talons aux derniers entrainements, des coups de cravache, aussi... Mais cette fois-ci, la tête haute, les oreilles pointées en avant, Jod prenait son allure de guerrier pour plaire à sa belle. Le résultat en valait la peine et il lui devait bien ça, pour toutes les gentillesses qu’elle lui prodiguait au quotidien.

On annonçait le n°6. Cette fois-ci, les dés étaient jetés et les énergiques coups de talons donnés par Claire indiquaient le signal du départ.

-On attend sur la piste, Jod, monté par Claire Duchemin.

La voix du jury s’élevait accompagnée d’une forte musique qui n’était pas des plus rassurantes, mais plus question de reculer, l’épreuve s’engageait et les obstacles allaient s’enchaîner à une terrible rapidité. Mieux valait ne pas se poser de questions. A chaque passage réussi, la main de Claire se faisait plus légère, tout en gardant la mise, elle savait l’amener là où elle voulait. Ce qui avait été le cas, quand, se dirigeant droit sur un chandelier rouge, elle l’avait ramené d’un coup de renne droit dans le bon chemin. Cela aurait pu être un sans faute, il ne restait plus qu’un obstacle et le tour était joué, mais l’attention de Claire se relâcha  un bref instant, et  la sanction fût immédiate : la barre tomba, entrainant ce bruit sourd que Claire redoutait plus que tout. Elle se retourna brièvement pour constater la faute.  

Encore cette voix désagréable :

- Et c’est 4 points pour Claire Duchemin, dommage, car son parcours était très bien.

Pourtant, Jod se sentait fier de sa performance. Il ne s’était pas laissé impressionner par le bidet, ce soubassement bleu qui, placé sous un obstacle peut   déstabiliser le cheval, et qu’il n’avait pas osé regarder, ainsi que ce fanion rouge qui flottait au vent.

-Tu t’en es bien sorti, complimenta Vincent à la sortie de piste de Claire. Le parcours n’était pas facile et j’ai cru que Jod allait s’arrêter plusieurs fois.

Après cette épreuve, un nouveau temps de repos serait le bienvenu. Malgré l’agitation tout autour, de cavaliers qui se croisaient, de gens qui circulaient dans tous les sens, la musique toujours plus forte, Jod essayait de se concentrer avant le prochain effort. Tranquille, attaché à sa corde, il se ménageait, réservant son énergie pour s’élancer tout à l’heure sur la piste de cross. C’est à peine s’il remarqua un peu plus loin ce cheval qui tirait tellement  sur son licol qu’il était prêt à se détacher.

Cette dernière épreuve allait, sans aucun doute, être la plus dure. Le cross, qui vous emmenait à vive allure à travers la campagne, était l’épreuve la plus redoutée de Claire. Elle avait beau se raisonner, la peur d’être seule au milieu de ce long parcours qu’il avait fallu mémoriser, avec ces gros troncs d’arbre à franchir, ne la rassurait pas, loin de là...

 Changement de registre pour cet épreuve, et changement de costume, aussi bien pour Jod que pour sa cavalière. Plus question de pions et de queue tressée ; cette fois-ci, l’équipement serait plus rustique et la queue, enroulée en tire bouchon pour ne pas freiner l’allure, lui donnait l’effet d’être un petit cochon. Claire aussi s’était changée, elle arborait une vraie tenue de jockey avec sa casaque jaune et verte et son casque assorti. Ca lui allait pas mal d’ailleurs !

Troisième terrain, troisième détente. Un peu à l’écart, en pleine campagne, le cross attirait une foule de curieux, c’était l’épreuve phare du complet. C’était là aussi, qu’on y trouvait les chutes les plus spectaculaires, mais il ne valait mieux pas y penser. Jod était bien préparé par sa maîtresse, elle s’était donnée beaucoup de mal pour le remettre sur pied après l’épreuve de saut d’obstacle. Vigoureusement bouchonné, les pieds curés, une nouvelle fois, il était prêt à affronter le dernier round.

Après une longue attente, l’heure arriva enfin et Claire, armée de sa cravache et de ses éperons, s’installa sur le dos de Jod pour parcourir les quelques mètres qui les séparaient du terrain de cross. De nombreux concurrents étaient déjà en place, se croisant et s’entrecroisant  à vive allure pour sauter les quelques troncs placés au milieu de l’espace de la petite détente.

-Tu me fais un beau saut, Claire, attention à placer ta jambe ! N’oublie pas que tu sautes des obstacles fixes ! Cette fois-ci, les barres ne vont pas tomber, si Jod ne prend pas assez d’élan, il va se retrouver en vrac, et toi avec !

-Ton chrono est en place ?

Cette épreuve étant minutée, l’attention devait se porter, en plus des obstacles à franchir, sur la gestion du temps. Vincent faisait part de ses dernières recommandations quand  la cloche  sonna le départ. Jod commençait à piaffer, impatient de se lancer sur cette belle piste qui s’étalait juste devant ses yeux. Pas de barrière cette fois-ci, un premier obstacle et puis cette belle pente à dévaler à toute allure qu’il avait hâte de parcourir.

Le signal enfin donné, Jod s’élança vaillamment, plein d’enthousiasme.

-Allez, Jod !

Soutenu par les encouragements du public, il se sentait pousser des ailes. Crinière au vent, il ressentait une véritable impression de liberté.

Premier obstacle, bien franchi. Ca y est, c’est parti. Un deuxième s’enchaîna rapidement, les arbres défilaient sur les côtés à vive allure, mais Jod ne les voyait pas. Droit devant lui, le regard fixé sur l’horizon, les naseaux ouverts, il déployait toute son énergie.

Attention! Jod n’avait pas l’habitude des « gués », et celui-ci, à franchir après un directionnel, lui fît tout d’un coup très peur. Toujours dans la course, Claire par une bonne action de jambes emmenait son cheval vers l’obstacle. Elle appréhendait, elle aussi, la réaction de Jod, sachant très bien son aversion pour l’eau. Malheureusement, la peur l’emporta, et brusquement, Jod pila devant l’obstacle, déséquilibrant sa cavalière qui eût beaucoup de mal à rester en selle. Demi-tour et cette fois-ci, Claire ramena le cheval sur le passage non sans lui avoir asséné un vigoureux coup de cravache sur la croupe.

-Allez, vas-y Jod, tu peux le faire, aie confiance !

Un petit encouragement ne pouvait pas faire de mal. La jeune fille sentit, qu’à cet instant de la course, il ne fallait rien lâcher. L’effet fût immédiat sur Jod, qui, dans un bel élan, franchit le gué.

Le parcours continua sans encombre, quand arriva le passage de la haie. Lancé à vive allure, Jod n’eut même pas le temps de réagir, qu’il se sentit littéralement voler, emporté par les puissants coups de talon de Claire, en signe de soutien. Cabrée sur le dos du cheval, épaules en arrière, elle essayait d’accompagner le mieux possible, l’action du cheval. Mais, l’atterrissage, un peu difficile, mit une nouvelle fois son équilibre en péril.  Projetée en avant, elle se retint pour ne pas tomber,  mais, qu’importe, Jod avait réussi son  plus grand saut.

Toujours dans la course, les obstacles se succédaient quand Jod se sentit perturbé.

-Qu’est-ce que c’est que ce grand rond ? Il faut que je saute là-dedans ? On n’est pas au cirque!

La fatigue commençait à se faire sentir, mais la foule, toujours présente encourageait les concurrents.

-Allez Claire

Stimulée par son « fan club », en réalité ses parents et ses copines de club, Claire puisait dans ses réserves d’énergie pour finir son parcours en beauté. C’était toutefois sans compter sur cette immense butte coiffée d’une jolie table à franchir et derrière laquelle il semblait n’y avoir que le vide.

Cette fois-ci, la peur était au rendez-vous pour tous les deux. Claire l’avait très sérieusement appréhendée lors de la reconnaissance du parcours qu’elle avait faite à pied, avant l’épreuve, mais maintenant l’obstacle se rapprochait de plus en plus vite. Quelle serait la réaction de Jod, lui qui était si peureux? Vaillamment  il grimpa la butte, mais arrivés devant la table, en une fraction de seconde, Claire sentit que tout allait basculer. Jod fit brusquement volte-face, laissant Claire au dépourvu et qui se trouva projetée en avant, le pied droit éjecté de l’étrier. Sans lâcher les rennes, elle se laissa tomber le long du cheval pour atterrir face contre terre. Une fois sa cavalière déposée, Jod s’enfuit à toute allure, loin de cet obstacle qui lui faisait si peur.

L’agent de piste et les quelques spectateurs présents, accoururent immédiatement auprès de Claire, qui, un peu sonnée, se relevait péniblement.

-Rattrapez le cheval !

Dans l’état où il était, Jod pouvait blesser quelqu’un dans sa course folle, ou même se blesser lui-même. Il fallait l’intercepter au plus vite.

Il ne parcourut finalement que quelques mètres, vite rattrapé par des mains expertes qui réussirent à le maîtriser. Mais c’en était fini pour lui et sa cavalière. Toute chute étant éliminatoire, il n’y avait plus qu’à rentrer au bercail.

L’accueil ne serait pas des plus chaleureux, Claire le savait. Vincent n’aimait pas les échecs, mais pouvait-on vraiment en vouloir à ce vaillant petit cheval qui avait donné le meilleur de lui-même ? Pour une première expérience, n’avait-il pas, malgré tout participé à chaque épreuve ? Combien reviendraient bredouille, la cavalière en larmes ?

La dure école de l’entrainement et de ses concours ne faisait que commencer pour Claire et Jod. Il y en aurait beaucoup d’autres, et l’on pourrait voir souvent ce duo concourir sur les terrains des clubs hippiques de la région. Mais le chemin serait long jusqu’à la réussite, et Jod aurait encore beaucoup de peurs à vaincre. Toutefois, avec Claire et Vincent, il se trouvait en bonnes mains et tous les espoirs étaient permis. N’avait-il pas montré d’excellentes dispositions au dressage ? Il était jeune, il avait le temps, nul doute que le succès viendrait au bout du chemin, il n’avait pas dit son dernier mot….

                                                        Fin

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