Le Misanthrope

Jonathan Penglin

Promis, rien à voir avec la pièce de Molière. Exercice de style sur la gradation.

Je ne vous aime pas. Ou guère. Disons que vous m'importunez. Au minimum. Pour faire court, je suis mieux loin de vous qu'à vos côtés. Bien mieux. Incroyablement mieux. Je ne supporte que difficilement vos présences quand – hélas ! – je dois vous côtoyer. Non, soyons honnête : je ne supporte pas vos présences. Absolument pas. Vous me hérissez. Vous me portez sur les nerfs – et je déteste m'énerver. Pourquoi ? Ai-je vraiment besoin de raisons ? Allez, si, quand même. Vidons notre sac. Vous êtes stupides, tous autant que vous êtes. Une stupidité crasse, sans fond – pire ! – imbue d'elle-même, qui se repaît de son propre reflet. Rien que ça suffirait pour que vous méritiez mon mépris. Et s'il n'y avait que ça ! Vous êtes bruyants, en sus d'être idiots. Vous êtes odieux, crétins, à la vue courte et au rire gras. Non contents de vous complaire dans votre bêtise, vous cherchez par tous les moyens à y noyer les autres. Je retire ce que j'ai dit : je vous déteste, en fait. Je vous hais. Vous me débectez, vous me faites vomir. Chaque minute passée en votre sein, chaque témoignage de votre débilité m'est une torture affreuse. Pourquoi croyez-vous que je préfère cent fois rester prostré chez moi, seul, plutôt que de risquer ma santé mentale dans votre pandémonium d'abrutis ? Je vous abhorre, j'exècre votre existence. Tout, plutôt qu'avoir à vous subir. Tout, pour ne plus avoir à le faire. J'espère votre fin, votre anéantissement. Je le souhaite de toute mon âme, tant et si bien que je me rêve parfois en Faucheur, en Dieu de la Mort, arpentant les rues une hache à la main, pour tous vous abattre, les uns après les autres, à la chaîne. Quelle joie ce serait de pouvoir vous faire disparaître, tous, de ma main. Quel soulagement aussi. C'est impossible, je le sais, alors je rêve plus grand, j'appelle de mes vœux la catastrophe nucléaire, la pandémie, la troisième guerre mondiale, l'astéroïde apocalyptique qui viendra vous rayer de la carte, même l'invasion extraterrestre, ou encore le Jugement Dernier, tout, n'importe quoi, n'importe quoi pour qu'enfin, enfin, je sois débarrassé, délivré, libéré de vous tous.

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