Le monde en gris...

cerise-david

Je viens souvent me perdre dans ce magasin, les rayons sentent le neuf et le soyeux, de grands canapés vous invitent à faire une pause un instant… ce monde court si vite. C'est agréable de s'arrêter quelques minutes. Et puis, c'est comme être au pays d'Alice. Je saurais pas dire ce que j'étais venu chercher. Sans doute à combler le vide qu'à laisser les épreuves dans ma vie. Rien de grave, je vous rassure. Quelques petits tracas, un zest de maladresse et une étoile bien accrochée à mes baskets. Disons juste que dans un magasin de porcelaine, je suis comme un éléphant.

J'étais là à errer, à toucher, faire tourner cette mappemonde, quand une voix grave est venue me sortir de mes rêveries.

« On l'a dans d'autres colories si vous voulez… »

J'étais pas sure que c'était à moi qu'on parlait, il m'a fallu un certain moment pour décrocher mon regard de cette petite île gelée où tu devais m'emmener. Où on ira sans doute jamais…

« Pardon, c'est à moi que vous parlez ? »

C'est tellement rare qu'on s'adresse à moi, j'ai pas le faciès très sympathique.  Cet air de chien battu, mes cheveux en bordel sur le sommet de mon crâne, des cernes plus vrais qu'après une nuit devant la dernière saison de Walking Dead, et un tee-shirt trop grand. J'aime bien me cacher dedans. Le vendeur m'a souri et renseigné sur des choses que je n'avais pas demandé. Ils font toujours çà, il se rassure ainsi, font preuve de compétence et de compétitivité. Sont simplement cons parfois. Mais pas cette fois, il m'a décroché un sourire puis un éclat de rires. Il m'a demandé mon prénom, on s'est baladé dans les rayons. On a été là où il ne va jamais, parce que c'est pas son secteur. Je lui ai demandé si c'était comme le mur de Berlin. Là c'est lui qui a ri. Il a continué à poser des questions, plus vraiment sur les tableaux et mes gouts en déco… Je l'ai laissé faire. Je me suis laissé apprivoiser quelques instants. J'étais dans ce fauteuil jaune et lui me faisait voyager. Me sortait de mon quotidien. Sans que j'ai rien demandé.

Nous les filles, on est comme des chats, on doit ronronner pour des caresses et miauler pour l'affection. Un code. C'est le signal pour les garçons. Les gars trop cons. Faut pas en faire trop, pleurer çà marche pas. Faire la fière, çà marche pas. Etre indépendante, c'est affolant et jalouse c'est repoussant. Faut être docile comme Barbie mais combattive comme Wonder-Bra… Euh, Woman pardon !

Mais là, j'étais juste moi. Avec ma pomme blonde sur le sommet du crâne. Mon poncho bien enroulé, sans artifices ni maquillage. Sans push-up ni squats depuis des mois. Juste moi. Sans prétention, sans réclamation. On en a oublié l'objet recherché, fallait que je parte, sinon j'aurais eu peur de rester. Il m'a demandé si je reviendrais chercher le meuble gris. J'ai dit que j'hésitais avec le bleu. Les filles ne savent jamais ce qu'elles veulent, juste ce qu'elles ne veulent pas. C'est Woody qui l'a dit. Je voulais pas qu'il arrête de tourner autour de moi. J'étais comme un soleil. Et çà me réchauffait. Y'a jamais personne qui réchauffe le soleil, il brûle, implose et se consume. Seul. Il réchauffe tout le monde mais s'éteins doucement. Tout le monde profite de lui mais le regarder c'est se brûler les yeux. Là, j'étais un soleil heureux. On me regardait, moi. Et pas tous mes petits satellites…

 

J'ai remis mes lunettes de soleil et je suis sortie. Vous pensiez que j'allais le revoir, mais vous savez bien que les contes de fées sont pour les enfants. Je crois que je me souviens pourquoi j'étais venu… J'étais venu me faire un cadeau, hier j'ai eu 27ans. Je ne suis plus une enfant.

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