LE RETOUR DE FREDDIE-TETE-DE-NOEUD-DE-CHAISE ET DEUX TOURS MORTS. ( J'ai perdu la seconde demi-clé)

Isabelle Revenu

Après plus d'une semaine de tempête à bord de l'Incommensurable, les synapses en apesanteur, la radio en mode Silence et la barre à gauche toute, voici que je ressurgis tel Pandore hors de sa boite infernale.

Je suis parti comme un seul homme avec la prétention ultime et peu modeste de trouver l'Eldorado, la cité perdue de Cortès et de ses sbires assoiffés de richesses inépuisables. Un trésor qui les fit courir les plus grands dangers depuis la Couronne d'Espagne jusqu'aux confins des jungles denses d'un pays mystérieux... Une carte à peine déchiffrable, une Invincible Armada, un avatar démoniaque éclipsant à jamais une civilisation et laissant pour toujours dans l'Histoire l'empreinte indélébile de la folie des Conquistadors.

Un rêve imbécile et bestial.

Une ignominie sans nom.

Porté par la bonne aventure, je suis resté en goguette au-dessus des profondeurs océaniques, tressant mon amour d' amarres chamarrées à chaque courant contraire. Jouant à chat avec les seiches ou Un, Deux, Trois, Soleil en compagnie des poissons-lune.

J'ai dérivé lentement un jour entier, pris dans les lames de fond et les épissures des plaques tectoniques.

Au second matin, j'ai abandonné mes hameçons, mes lignes de bambous aussi et préféré les algues séchées au soleil et les Eaux de Mars. Cueilli des bouquets de crevettes diaphanes et de roses des sables.

Aux premières lueurs de l'aube rouge du troisième jour, j'ai découvert des paysages à nul autre ressemblants, trouvé par hasard le passage menant de Charybde en Scylla.

Les Monts d'Emeraude infranchissables, dissimulés sous les cendres des volcans millénaires. Et tout au long de leurs pentes abruptes, la vision fabuleuse de fougères gigantesques, de vignes renaissantes et d'odorantes orchidées en grappe.

Au couchant du quatrième jour, j'ai marché sur des plages empoussiérées de corail blanc, zébrées de rais ondoyants, habitées seulement de colonies sédentaires d'oursins et d'étoiles fantasques. De marées mouvantes de crabes des cocotiers. J'ai disserté diplomatie avec des poissons-ambassadeurs et pris le thé avec les goélands de Madras. J'ai fait l'idiot magnifique avec des poissons-cloches. Et le clown triste avec des raies Quiem.

Le matin du jour d'après, j'ai suivi, des heures entières, les poissons-pilotes tout d'argent vêtus.

Nagé nu parmi les petits requins-marteau du Surinam, à la peau de moleskine aussi fine que la soie.

Les exocets rapides et légers dessinaient des bracelets ondoyants à la crête des vagues. Le vent du sixième jour, soufflant de plus belle, envoyait de la pruine sur ma coque de noix en mal de calfat.

C'est au septième jour de mon périple qu'un nadir puissant a déraciné mon mât de Cocagne, scalpant net la suite de mon voyage.

Et c'est en toute humilité que je suis rentré au port. J'ai laissé l'or au détour des sentiers sinueux des jungles équatoriales et les émeraudes translucides au fond des fleuves.

Sans regret aucun puisque ma seule et véritable richesse, c'est toi.

Je laisse au mouillage les restes décharnés de ce qui fut mon fier navire, compagnon béni de Poséidon. Je n'en construirai pas d'autre.

Chuuutttt !! Je mens comme je respire. Et je respire autant que je mens.

Pas un mot donc de cette palidonie. Que cela reste un secret. Entre vous et moi.

A la hune, à dieu....

Et à jamais à toi.

Toi qui a rempli ma tête de tant de ♪♫•*¨*• ☼.•*¨*•♫♪♥*•.•.♪♫•

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