Les fantômes.

Seb Fontenay Meaza

« Tout le monde a des fantômes. Les miens me hantaient, aujourd’hui ils m’accompagnent. »

J'ai eu beaucoup de chance. Mais j'ai quand même perdu. Ils étaient deux. Deux hommes.

Pourquoi prétendre au mal être quand on ne l'a pas réellement vécu. Ils n'étaient ni mon père, ni mon frère, encore moins mon fils. Mais une partie de moi n'avait jamais accepté.

Papi, tu me manques. Tu me manques quand j'essaie, c'est sans doute le plus dur. J'aimerais que ton regard plein de rides me parle. Qu'il me dise que je suis sur la bonne voie. Qu'il voit mon potentiel, comme tu savais si bien le faire. J'aimerais que tes mains me rattrapent. Tes mains de grand-père, fortes et épaisses. J'aimerais que tu me regarde et, peut-être, que tu sois fier. Ton fils, mon père, a pris la suite. Depuis peu. Je l'admire, encore plus que je t'admirais. Ne sois pas jaloux. Mais j'admire comme il a su venir après toi. Après un ponte. Et comment aujourd'hui il a su reprendre sa place sur ce trône, qui lui revenait de droit. Alors je rêve, de pouvoir en faire autant. Parce qu'aujourd'hui il est le plus fort. Dans sa faiblesse il l'est.

Tonton, tu me manques. Tu me manques quand je parle de Chang Mai et de Bangkok. J'aimerais que tu me dises que tu aurais aimé me rejoindre. Que tu ne regrettes pas ce cadeau. J'aimerais que cette place à côté de pépé ne paraisse plus vide, même lorsqu'elle ne l'est pas. J'aimerais te dire que je m'en veux. De ne pas t'avoir dit au revoir. Que je m'en veux d'avoir été la-bas, si loin. Mais aujourd'hui je t'ai vu. En photo, je ne suis pas encore fou. Et j'ai su. J'ai su que tu ne m'en avais jamais voulu. Que même tu étais fier. Enfin c'est ce que j'aime à penser.

Alors je n'ai plus peur de ces fantômes qui autrefois étaient cornus et vilains. Maintenant ils sont auréolés et beaux.

J'ai eu la chance d'avoir deux voyageurs dans ma vie. L'un vieux, presque sans cheveux, qui maniait le bambou comme personne. Mon derrière s'en rappelle encore. L'autre bien plus jeune, rock'n roll sur les bords, au sourire narquois.

J'ai eu la chance de les connaitre et de les aimer, comme je savais le faire, maladroitement.

Et si aujourd'hui j'accepte, c'est que vous êtes là. Pas vraiment comme des fantômes comme pourrait le laisser croire ce titre. Plutôt comme des anges. Et comme je ne crois pas vraiment à tout ça, vous serez des anges sanguinaires. Qui circulent dans mes veines, et guident,  à leur façon, ce que je fais.

J'aurais aimé que vous puissiez lire ces mots, c'est un peu pour ça que je les écrits. Mais comme vous ne pouvez pas, j'essaierai de prendre soin d'eux. De vos femmes et de vos enfants, de vos frères, de vos sœurs et de vos parents.

Je prendrai soin d'eux à ma façon, maladroitement.

Je souffre d'un manque qui me rend fier. C'est drôle comme phrase non.

 

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