Les Nuits suspendues

alice-h


Nous ne sommes jamais tant éveillés
Qu'à l'heure où le monde est endormi.
La nuit tous les chats sont gris
Nous, grisés et insoumis.

Ce soir nous buvons,
Demain nous trinquerons.

Révolutionnaires éphémères,
Le temps de quelques verres,
Mon cœur est vaillant,
Ton espoir, bruyant.

Frappons-nous les sentiments
Dépouillons- les des serments
Conclus dans la paroisse
De la solitude et de l'angoisse.

Rien ne me résistera, pas même toi.
Rien ne te résistera, pas même moi.
Dis-moi à quoi tu penses ?
Pas à demain, laisse-nous cette chance …

Mais quand la lune s'éteint,
Les poètes maudits
Sont les paumés du petit matin 
Et trébuchent sur les non-dits.

La cravate en noeud coulant
Etrangle les jolis mots,
Les chemises de coton étouffant
Les caresses endormies sur nos peaux.

Alors que les cathédrales partent en fumée,
Quelle chance avions-nous de résister?
Mon amour, tu sais bien que rien ne dure,
Pas même les nuits d'ivresse, c'est sûr.

Au levé du jour, les tempes
Cognent plus fort que le coeur
Buriné comme une estampe
Et imprimé de douleur.

Finalement, notre seule Révolution,
Consistera à tourner en rond.

Des larmes de vin ne restent plus que celles
Qui perlent au coin des yeux, ma belle.
Les soupçons de champagne s'évaporent
En soupçons de tromperie et de remords.

Persuadés de brûler,
Nous nous sommes consumés.


Les nuits suspendues
Finissent toujours par retomber.
Et les corps nus
Toujours par se rhabiller.


Quand même les cathédrales prennent feu
Quelle chance avions-nous de rester deux ?




photo : Pierre Beauregard

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