Les rêves du matin

Sébastien Deman

Martin n'est pas du matin !

Ce matin-là, comme à son habitude, Martin fut réveillé par son radio réveil matinal. Il fut sorti de son doux sommeil, grâce à son émission favorite, animée par Maître Boudin. Martin était fatigué. Il entendait la pluie, battre le volet. Ce fut grâce à un sursaut incroyable, qu'il s'extirpa de son lit douillet. Il se dirigea vers la douche. Il s'installa dans la baignoire, en attendant que l'eau chauffe. Ce fut au moment de mouiller son corps que Martin s'aperçut qu'il était toujours en possession de son bas de pyjama, en poils de belette.
Non, Martin n'était pas réveillé ce matin.
En sortant de la douche, il se sécha et se dirigea vers sa chambre. Ses vêtements qui allaient l'illuminer tout au long de sa journée, comprenaient un complet bleu, des chaussettes en laine tricotée par sa mamie (relique d'un cadeau du noël de l'année 1989) et de bien entendu sa fameuse redingote poivre et sel qui lui donnait un si beau teint. C'est en retournant dans la salle de bain, pour brosser les quelques dents qui lui restaient, que Martin sentit de l'eau sous ses pieds. D'un bref regard encore endormie, il comprit qu'il pataugeait avec ses chaussettes en laine, dans une véritable grenouillère ou la conséquence d'une douche généreuse.
Non, vraiment Martin n'aurait pas dû se laver, ce matin.

Il prit la direction de la cuisine et s'aperçut que son chat « câlin » avait profité de la nuit pour lui vider son bar. Des bouteilles vides, jonchaient le sol et on sentait dans la pièce, un relent de tabac froid.
- « Ce maudit greffier a encore fumé dans le salon, se dit Martin. Ha, quand je vais le choper, celui-là, ça va lui faire tout drôle ». Dans la cuisine, Martin fut réconforté par la présence de Max, son berger Allemand. Chaque matin, Max préparait le café à son maître. Il lui beurrait au sel marin ses tartines de pain grillées. Max affichait un élégant tablier créole, mèches au vent et dents en avant.
- « C'est une perle ce chien. Ce n'est pas comme ce chat pourri, ce rasta fout rien qui fait que cloper et boit mes meilleures bouteilles », reconnu fièrement Martin.
Max, en préparant la gamelle du midi de Martin, dissertait sur le manque de discipline qu'on déplorait trop souvent dans nos sociétés contemporaines. Mais devant son bol de café, Martin n'était pas attentif. Il était préoccupé. Son attention était distraite par une sensation étrange. Une émotion qui lui rappelait quelque chose ou plutôt quelqu'un. Il sentait une odeur désagréable. Paradoxalement, cette odeur lui était étrangement familière. Quelque chose était en train de pourrir. Et c'était très proche de lui. Tandis que la voix de Max s'éloignait, l'odeur s'installait. Ce fut au moment ou la radio s'alluma que Martin comprit. Face à face et même devrais-je dire, nez contre nez, il ouvrit les yeux et vis le visage de sa femme, qui lui susurrait tendrement, en insistant sur chaque syllabes, pour qu'il ne rate rien du souffle de ses paroles :
-« Tu as bien dormis, mon chérie ? »

La réalité du matin a chassé les rêves de Martin.

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