Les Silencieux.

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1 : L’Aire des Silencieux.

« Autoroute A666 ? Mais qui est l’imbécile de fonctionnaire qui a eu la sotte idée d’appeler comme ça une autoroute ? Il devait être fier de sa trouvaille. A moins qu’il ne s’agisse d’un délire touristique pour attirer les gothiques du monde entier ». Marc Frydman, que tout le monde appelle Freezer depuis son enfance, y compris sa femme qu’il connait depuis le lycée, se parle à lui-même en roulant à vive allure sur cette autoroute. Il fait chaud en ce mois de Juillet. Très chaud même. La sueur perle sur son front, traversant ses joues creuses et sa barbe de trois jours telle une rivière dans une vallée, jusqu'à son cou humide dépassant d’une chemise poisseuse, ouverte, laissant déborder des poils bouclés et une chaine en or. Sa maigreur fait peine à voir. Elle lui donne tantôt l’air d’un toxicomane, tantôt celle d’un dépressif, souvent les deux. Il est nerveux, il mange généralement peu, fume beaucoup, boit beaucoup, sort beaucoup et laisse planer un grand mystère sur ses hobbies. Mais Eliette, sa femme, ne s’en inquiète que rarement car - revenant souvent alcoolisé - il ne fait point de doute qu’il doit avoir un bureau au comptoir d’un café aux alentours. Eliette elle, c’est l’inverse. Ses formes généreuses - très généreuses même - au point de déborder parfois de ses vêtements au niveau des bourrelets, lui donnent l’air d’une bonne vivante qui sait apprécier les bonnes choses. Souriante, souvent de bonne humeur, simple et sympathique, elle contraste grandement avec son sombre époux. Qu’importe ce qu’en disent les autres, ils sont heureux tels qu’ils sont et ce ne sont pas leurs deux beaux anges blonds qui leur feront penser le contraire. Théo et Léa, 12 ans et 6 ans, sont assis sur la banquette arrière, endormis par la chaleur atroce de ce lourd mois de juillet, dans cette voiture sans âge, une Citroën Xantia tremblante, qui n’a jamais connu « la clim » et qui n’a plus de direction assistée.

Freezer est fatigué par ce trajet sans fin. Il est nerveux, pensif, et entend à peine sa femme qui lui raconte une énième fois les ragots du voisinage. Tout se sait dans le quartier des Tailleurs où ils vivent, dans leur banlieue modeste de la Région Parisienne. Et Eli, petit surnom d’Eliette, en sait encore plus que les autres sur les autres. Elle est heureuse Eli. Ça faisait bien trois ans qu’ils n’étaient pas partis en vacances et ce village du «Petit Hameau fleuri » a l’air tellement pittoresque sur les photos. Elle s’imagine déjà dans le grand jardin du gîte qu’ils vont occuper une semaine, en train de griller des saucisses sur le barbecue. Elle s’adresse alors à son mari :

« - Si tu avais vu la tête de Christine quand je lui ai dit qu’on partait dans un village de charme. Cette mégère a répondu qu’elle n’aimait pas la campagne et qu’elle irait à la mer l’année prochaine.

- Elle n’avait pas déjà dit ça l’année dernière ? répond Freezer.

- Pire ! Ria Eli. Elle dit ça depuis dix ans alors qu’on ne l’a jamais vue aller ailleurs que chez sa belle mère, à quarante bornes de chez elle en grande banlieue !!

- Moi, mes collègues du bureau n’ont rien dit. Ajouta Freezer, Mon chef s’est juste encore permis de me rabaisser en disant qu’il partait à Ibiza, mais les autres s’en foutent royalement. Ils ne m’ont même pas souhaité de bonnes vacances… Connards de fonctionnaires…

- Mais chéri… tu es aussi fonctionnaire non ? » conclut Eli… Freezer garda le silence. Il travaille effectivement à la préfecture de Police, mais point d’enquêtes ou de filatures, il ne s’occupe que de paperasse et de courriers dans un bureau sans fenêtres. Un placard disent ses collègues.

Les kilomètres défilent devant leurs yeux à une vitesse satisfaisante. Le village du «Petit Hameau fleuri » n’est plus qu’à une cinquantaine de kilomètres. Freezer roule vite. Il se fout des radars, il a une combine pour garder ses points et faire sauter ses PV. Un collègue d’un bureau d’à côté - l’un de ses rares amis au bureau - a les accréditations pour le faire.

Une vieille Renault Espace toute penchée, d’un vert douteux et encore plus mal en point que la Xantia de Freezer, monopolise la voie de gauche à une vitesse lamentable, tentant pathétiquement de doubler un poids-lourd. Excédé, collant le véhicule pour le pousser comme un vulgaire chauffard, Freezer le harcèle en sonnant et en lui assénant des appels de phares. « Tu peux-pas dégager merde ? ». Eliette reste calme, comme s’il ne s’agissait de rien. Le conducteur de l’Espace tente tant bien que mal de réussir sa manœuvre, et se rabat dès qu’il peut devant le poids-lourd qui avait ralenti pour lui faciliter la tâche. Quand il est passé à son niveau et que leurs regards se sont croisés, le chauffeur du poids-lourd insulte copieusement Freezer en tendant son majeur bien dressé dans sa direction, pour lui faire savoir ce qu’il pense de sa conduite. Arrivé au niveau du chauffeur de l’Espace qui le gênait, Freezer constate avec dégout qu’il s’agit d’une famille d’intégristes musulmans, hommes barbus vêtus de blanc et femmes voilées vêtues de noir, roulant dans leur poubelle surchargée. Freezer toise d’un regard agressif le Ben Laden qui tient le volant, qui lui renvoie le même regard agressif et commence à baisser sa vitre, probablement pour l’insulter dans sa langue. Freezer l’insulte en premier puis, pour mieux le narguer, accélère un bon coup et laisse sur place la famille talibane. Il se marre pour la première fois depuis leur départ et se tourne vers Eliette : « Ils ont le permis de conduire ces zozos là ? ». Les enfants n’ont pas été troublés dans leur sommeil par cet évènement, ils dorment toujours à poings fermés.

La route reprend son cours. Freezer est moins nerveux, il fait toujours aussi chaud et il repense à la tête du conducteur du vieux monospace, stupéfait de se faire insulter et doubler de la sorte. Il reste une quarantaine de kilomètres, ils devraient arriver en avance. Eliette propose alors à son mari de faire une halte à la prochaine aire de repos pour ne pas arriver trop fatigués au gîte. « L’Aire des silencieux, encore un nom donné par un fonctionnaire idiot », d’après Freezer, n’est qu’à cinq kilomètres de là. Eliette réveille Théo pour l’informer de leur prochaine Halte.

A environ deux kilomètres de l’aire de repos, un bruit de battement cyclique se fait soudain entendre dans le moteur. Freezer injurie copieusement son véhicule en criant qu’il « aurait du faire cette putain de vidange avant de partir !». Le moteur semble foutu, il a tout juste le temps de profiter de son élan pour caler sa voiture sur la bande d’arrêt d’urgence et tenter de pousser la voiture jusqu'à ce qu’elle rende l’âme. Un épais panache de fumée noire sort de sous le capot et s’introduit même dans l’habitacle via les ventilations. La famille tousse, Eliette commence enfin à paniquer et à s’énerver : « Mais arrêtes-toi bon sang ! Ça va exploser ! ». Freezer s’énerve à son tour – ce qui lui est très facile – en lui ordonnant de se taire. La voiture continue miraculeusement de rouler quelques centaines de mètres dans un tintamarre infernal qui réveille Léa en pleurs. «Pourvu que j’arrive à l’aire de repos, pourvu que j’arrive à l’aire de repos ! » semble prier Freezer, tandis qu’Eli tente de rassurer les enfants qui observent leur père dans son combat contre cette panne qui va gâcher leurs seules vacances depuis trois ans. Un bruit sourd se fait entendre, qui fait cesser les cliquetis mais qui immobilise le véhicule. Une marre d’huile bouillante coule sous la voiture, un panache de fumée, grise cette fois, s’échappe du véhicule. « C’est sur, c’est foutu s’exclame Freezer !» en sortant de la Xantia. Il ouvre le capot brulant, tant par la chaleur de l’été que par les explosions que semble avoir subi le moteur. Il enfile son gilet de sécurité fluo, des gants en plastique et jette un coup d’œil au moteur. Il ne peut rien démonter mais trifouille désespérément à droite à gauche, comme si un miracle pouvait survenir en bougeant une durit. Freezer est concentré et n’entend pas la voiture qui vient de s’arrêter devant la sienne. Eli lui lance un timide « Free ! », diminutif de son surnom, qu’elle renouvelle aussitôt vu qu’il ne lui répond pas. « Free ! il y a quelqu’un !». Freezer sursaute quand il constate effectivement que deux silhouettes aux mines horribles se dirigent vers lui, les deux talibans du Renault Espace, qui se sont arrêtés en le voyant sur le bas côté. Le conducteur s’approche de lui. Il est grand, semble fort, et sa tenue laisse penser qu’il pratique le jihad ou la lapidation. « Il va m’exploser ! » se dit intérieurement Freezer.

« -Alors mon ami ? Comme on se retrouve ! dit le barbu dans un français parfait.

-Euh… Balbutie Freezer, je suis vraiment désolé pour tout à l’heure, je ne voulais pas…

-Un peu facile non ? S’énerve le musulman.

-Je vous dis que je suis désolé, confessa Freezer. Excusez-moi, j’étais énervé et là je suis en panne, ça ne me suffit pas comme punition ?

-Hum… vous savez ? Dit le barbu. Dieu est pardonneur… et

-…Et vous, vous n’êtes pas Dieu ? Donc vous ne me pardonnerez pas ? l’interrompit Freezer, inquiet.

-Ah si ! Je vous pardonne, mais je suis surtout venu vous donner un coup de main avec mon frère. On ne peut pas vous laisser comme ça, ça ne serait pas très islamique, ajouta t-il en riant»

Freezer est étonné de cette posture, lui qui ne connait des musulmans que ce qu’on en dit à la télévision, et reste donc méfiant. Le frère du barbu, lui-même barbu et enturbanné, jette un coup d’œil pensif au moteur de la Xantia. Il bougonne quelques secondes et dresse un diagnostic, formel tel un médecin de famille qui annonce un décès : « -Le moteur est foutu, elle ne redémarrera pas. On peut vous tirer jusqu'à la prochaine aire de repos avec une barre, après vous devrez vous débrouiller.

- ça me va très bien, répond Freezer, je vous en remercie. »

L’Espace penché tire alors la Xantia foutue sur le kilomètre qui reste à parcourir jusqu'à l’aire de repos « des Silencieux ». Lentement mais surement. Freezer regrette amèrement son comportement vis-à-vis de cette famille et se dit que leur Dieu à du le punir. Il se promet de lire le Coran à son retour à la maison, qui sait ce qu’il y a dedans.

Ils arrivent à l’aire de repos. Les musulmans retirent leur barre de traction, saluent poliment Freezer et sa famille, qui les remercie, et repartent sans attendre. Après quelques minutes pour digérer sa mésaventure, Freezer, dépité, va chercher des rafraichissements à la cafétéria pour tout le monde. Il fut très surpris d’y rencontrer un de leur voisin, un mec pas très sympa qu’il croise presque tous les jours dans leur quartier. Il s’appelle Jacques, surnommé Jacko. Freezer lui raconte sa mésaventure et Jacko, qui ne se laisse pas émouvoir, propose froidement de jeter un coup d’œil à la voiture. Il démonte quelques pièces du moteur avec sa boite à outils et confirme à Freezer que le moteur est foutu, qu’il a un ami garagiste qui pourrait lui changer son moteur assez rapidement, peut-être le lendemain matin, pour pas cher. Freezer est contraint d’accepter. Va t’il passer la nuit dans l’aire de repos ? Jacko devient finalement sympa aux yeux de Freezer quand il propose à celui-ci de les déposer directement à leur gîte, le temps que le mécanicien embarque la Xantia et la répare. Ils passent quelques coups de fils, et s’assurent que tout est bien calé avant d’envisager de partir vers le gîte de vacances.

Toute la famille s’introduit avec quelques affaires dans la luxueuse BMW de Jacko, quand soudain un 4x4 noir s’arrête au niveau de la voiture et qu’un gang de trois hommes les menace avec des armes automatiques. Ils ont des cagoules de braqueurs noires, des vestes en cuir noir de bonne facture, des jeans noirs et des chaussures noires. Ils sont grands et ont l’air entrainés, de vrais professionnels. Aucune panique, aucun geste inutile. Sans dire un mot, ils font signe à Eliette et aux enfants de sortir et les embarquent dans leur 4x4, sous les yeux impuissants de Freezer qui a manqué de se faire tuer en tentant de se battre, lui qui est si frêle, contre trois malabars armés de mitrailleuses. Le véhicule se sauve en trombe, pneus qui crissent au sol et laissant derrière lui un Jacko traumatisé, silencieux, et un Freezer révolté qui casse une poubelle pour se défouler. Leur carrure était tellement impressionnante qu’Eliette, Théo et Léa n’ont même pas envisagé de désobéir. Ils ont suivi les consignes et se sont engouffrés dans le 4x4 géant sans opposer aucune résistance.

Qui sont-ils ? Pourquoi Eliette et les enfants ? Jacko reste circonspect… silencieux… Freezer court partout, il appelle la police, alerte les responsables de la cafétéria et ceux de la station service. Tout le monde l’écoute poliment mais personne ne dit rien… Freezer est effondré devant cette situation incompréhensible. Jacko s’éloigne et passe un coup de fil. A la fin de celui-ci, il propose à Freezer de venir chez lui, au « Village des Silencieux ».

Chapitre 2 : Le village des Silencieux.

Pendant que la Police enquête, Freezer est accueilli au Village des Silencieux, où Jacko l’a emmené. Il y découvre la terrible légende qui se cache derrière ce nom étrange. Il y rencontre aussi des habitants énigmatiques au comportement étrange, qui le rejettent presque tous sauf un, Jiji, pourquoi ?

Chapitre 3 : Les causes.

Freezer apprend une terrible nouvelle. Sa famille a été enlevée par erreur, confondue avec la famille de Jacko. Les habitants commencent à l’accepter parmi eux grâce à Jiji, tous travaillent dans un entrepôt où Jacko semble avoir des responsabilités. Que contiennent ces paquets jalousement surveillés ?

Chapitre 4 : Contact.

Les ravisseurs de la famille de Freezer négocient au téléphone avec Jacko. S’ils apprennent leur méprise, Eli et les enfants seront assassinés. Ils le seront aussi si Jacko ne cède pas. Combat entre Jacko et Freezer, le « curé » intervient. C’est lui le chef du village et d’une organisation mafieuse. Le curé lance la riposte contre les ravisseurs qu’il pense avoir identifié.

Chapitre 5 : La détention.

La famille de Freezer est très bien traitée par les ravisseurs. Quasiment des vacances dans une villa avec piscine et tout le confort. Qui sont ces ravisseurs sympas qui ne leur veulent manifestement aucun mal mais qui s’avèrent très violents quand Théo tente de s’enfuir ? Un « commandant » qui s’assure régulièrement qu’ils sont bien traités épargne la vie de Théo.

Chapitre 6 : Guerilla.

Une expédition punitive menée par Jiji, à laquelle Freezer est mêlé est engagée contre un gang d’un quartier d’une ville voisine. Jiji s’avère très violent. C’est l’hécatombe, le gang des Schlasseurs est quasiment décimé mais il ne détient pas la famille de Freezer. Déception.

Chapitre 7 : Retour de bâton.

Le village se déchire sur la précipitation du Curé à engager les hostilités contre les Schlasseurs. Les représailles ne se font pas attendre, le clan des Silencieux, assailli, perd des hommes. Freezer manque d’être tué par Jacko. Il est exfiltré du village par Jiji.

Chapitre 8 : L’assaut 1.

Une armée de Policiers encercle le village. Fusillade sanglante, Jiji et Jacko se font tuer, le Curé rend les armes pour sauver son village de la folie policière. Tous les hommes et enfants de plus de 15 ans sont arrêtés. Mais que fait Freezer parmi les policiers cagoulés ?

Chapitre 9 : L’assaut 2.

Une nuit, Eli et les enfants sont réveillés par des bruits de tirs et de mitrailleuses. Ils se cachent dans un placard et sont libérés par la police. Freezer les rejoint au commissariat. Retrouvailles chaleureuses, c’est la fin du cauchemar. Freezer est décoré mais un appel étrange le met dans une rage folle. Suite au succès de son opération d’infiltration pour le démantèlement du clan des Silencieux il doit repartir en mission…

Texte préparé pour le concours "Autoroute vers l'imprévu" finalisé hors délai.

  • Merci beaucoup Yvette, mais j'ai écris ce texte le lendemain de la date de cloture du concours, sur un coup de tête. Je n'avais pas trouvé d'inspiration avant, et elle m'est venue après et j'ai écrit le texte d'une traite.

    · Ago about 7 years ·
    20100211 drims 465

    drims-carter

  • Dommage! C'était pas mal. Mais vous avez eu plus de succès avec "la monnaie des malfaisants".

    · Ago about 7 years ·
    Moi

    Yvette Dujardin

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