Les yeux tournés vers le vide - Mourning his First Love

Jay M Tea

 Il n'était autorisé à sortir que le jour de son décès. Il irait cueillir des fleurs, prendrait sa voiture et s'arrêterait quelques minutes devant son ancienne maison. Elle n'y était plus et lorsqu'il s'en rendait compte au sortir de ces histoires dont il se rappelait en sursaut, il faisait ronronner le moteur avant d'embrayer sur le passage à niveau traversant la nationale et de couper le contact devant le cimetière. Ce jour-là, elle était la seule à hanter ses pensées jusqu'à lui dicter les rituels mystiques des retrouvailles invisibles qui le poussaient à revenir là où tant de fleurs flamboyantes et odorantes avaient pleuré sa mort. Seule la lune qu'il visualisait en pensée apaisait les spasmes d'autant de lésions quadrillées sur les avant-bras. De la vieille douleur sacrifiée sur une peau tirée par les marques hostiles de la culpabilité. Une forme de torture lente du corps sur l'esprit qui embrasse à pleine pudeur l'œil tourné sur le vide. Il incarnait les vapeurs cadavériques des génocides multicolores du premier amour dans de longs soupirs. La savoir morte, se le dire, ouvrir les yeux et se mettre en apnée les pupilles dilatées sur les gravures dorées de la pierre tombale, c'était mourir vivant et sangloter à en perdre la raison. Il s'était débarrassé de tout sauf de cette mort intolérable et perméable à l'incompréhension du monde. Rien ne pouvait plus le toucher que la douleur constante du souvenir de la crise cardiaque de l'annonce dégueulasse de la rupture irrévocable. Les niaiseries de la tristesse le rendait aigri et silencieux comme une horloge cassée dont les déclics des aiguilles restent muettes jusqu'à ce qu'il décide enfin de mettre un terme à ce face-à-face morbide.

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