L'inconnu bien connu

paprika972

Une jeune femme accompagne un collègue qu'elle apprécie particulièrement à l'anniversaire d'une amie. Un black-out plonge tout le monde dans une obscurité presque totale...

Je n'avais pas du tout envie d'aller à cette soirée, l'anniversaire de K. En plus, le temps orageux ne me donnait pas vraiment envie de sortir de chez moi. Cette dernière avait décidé de faire une soirée à thème : la soirée « déconnectée » ! Tous les invités ont donc dû lui remettre leur portable en arrivant ; c'était censé permettre à tout le monde de se parler réellement. Franchement, elle a parfois de drôle d'idées, K, le genre d'idées qui ne me motivent pas en général ! Mais J. sait se montrer persuasif quand il s'y met. Il a insisté, alors, j'ai fini par céder, malgré le tonnerre qui grondait au loin. J'ai mis ma robe noire pour l'occasion. J'aime bien cette robe, simple mais efficace, qui dévoile sans trop dévoiler, faite de faux-semblants… Et je me retrouve pour la première fois chez K., là, au milieu de plein de personnes que je connais pour la plupart, et d'autres, si peu. M. est là. M., c'est le type discret, le genre de gars avec lequel tu vas discuter naturellement pendant des heures. Mais, il y a toujours quelque chose chez lui impossible à cerner avec précision. Il est toujours très élégant. Aujourd'hui, il est vêtu tout de noir : chemise noire, pantalon noir, chaussures noires. Tout ce noir accentue son côté mystérieux et attirant. Je détourne les yeux de lui pour les poser un peu plus loin. Tiens ? B. et T. sont là aussi. Ils me saluent de loin. Contrairement aux autres, ils sont les derniers arrivés dans la boîte. Je ne les connais pas plus que ça et j'avoue que s'il n'y avait pas J., j'aurais sûrement craqué pour l'un ou l'autre. Ils sont tout à fait mon genre. Je ne pensais vraiment pas que K les inviterait… Mais bon, il faut bien qu'il s'intègre. B. me regarde et me sourit. Je réponds poliment à son sourire. J'ai l'impression de lui plaire, mais je n'en suis pas tout à fait sûre. Bon, c'est vrai, il regarde souvent dans ma direction dès qu'on se trouve dans la même pièce, mais… ça ne veut pas dire grand-chose non plus ! N'empêche que, si on prend le temps de bien l'observer, il est plutôt mignon. Cette chemise bleue marine lui va bien, il a une belle carrure… adepte du sport, sûrement… mon esprit dérive, je me donne une gifle mentale pour me ramener à la réalité.

L'ambiance est au top, et malgré la froideur du début engendrée par l'abandon des portables, tout le monde semble détendu et satisfait d'être là. Le seul bémol : la pluie qui tombe furieusement contre la baie vitrée. De temps en temps, le ciel sombre est illuminé par un éclair. Mais je ne m'en préoccupe pas plus que ça. J. est là, il me parle avec animation, je l'écoute avec attention. C'est un ami de longue date, et un collègue que j'apprécie beaucoup. Je dois même avouer que je craque littéralement pour lui. S'il est vrai que je n'avais pas envie de sortir, son sourire a brisé toutes mes réticences.

Il est si séduisant, si charmeur, le type de bourreau des cœurs dont toutes les femmes se plaignent, mais qu'en réalité, elles adorent en secret… Alors je penche la tête vers lui, je lui souris, je joue avec mes cheveux, je rigole à ses blagues, je tripote les boutons de sa chemise. Il ne s'en offusque pas. Je dirais même que ça lui plais. La musique en sourdine me donne un peu envie de danser, je bouge légèrement sans vraiment m'en rendre compte. J. se rapproche de moi et me frôle. Je tressaille.

_N., tu sais, la meilleure amie de K, elle m'a remis les clés de la pièce du fond. C'est la buanderie. Elle compte lui faire une surprise. Il y a un cadeau caché pour elle.

_Un cadeau ? c'est quoi ?

Il hausse les épaules.

_Mais finalement…

Soudain, black out complet !

_ Mince ! Ça a dû disjoncter ! Ne vous inquiétez pas. Tout va bientôt rentrer dans l'ordre. Je vais chercher une lampe pour régler le problème.

C'était la voix de K. Elle a l'air habituée à ce genre d'inconvénients. Moi, je me sens un peu anxieuse. Je n'y vois rien et je n'aime pas trop ça… L'obscurité, ça n'a jamais vraiment été ma tasse de thé… Il peut se passer vraiment tout et n'importe quoi dans le noir. Bravo, l'idée de la soirée déconnectée ! Ça aurait été plus facile si nous avions nos portables pour nous éclairer ! Je soupire. Je sens une main qui saisit la mienne et j'entends la voix de J. qui me susurre « Ne t'inquiète pas ».

_Je ne suis pas inquiète, je lui réponds, mais je n'en pense pas moins.

Ses doigts se resserrent autour des miens et je sens le métal froid de sa chevalière contre ma peau. Instantanément, l'obscurité me paraît bienvenue. Je me rapproche doucement de J., jusqu'à le toucher. Je sens qu'il pose un baiser sur mon front et ça me fait du bien. Les minutes s'égrènent et K. ne réapparait toujours pas avec la lampe ! Mais qu'est-ce qu'elle fabrique ? Moi ça ne me dérangerait pas de rester comme ça, tout contre J., tout au long de la soirée, mais le problème, c'est les autres. Je sens qu'ils commencent à s'impatienter et à s'agiter autour de moi. Les gens se déplacent et se rentrent dedans, bien évidemment.

_Mais, attention ! Tu m'as fait mal !

_Pardon… je voudrais juste passer…

_Ne vous déplacez pas voyons ! Vous remarquez bien qu'on n'y voit rien !

_Aïe !

L'agacement commence à se faire sentir et sans que je sache ni pourquoi, ni comment, J. lâche ma main. Quelqu'un me pousse et m'éloigne de lui.

Je me retrouve donc au milieu de la pièce, décontenancée et bousculée par les autres. J'appelle J., mais il y a tellement de bruit, entre les murmures des uns, les exclamations et les plaintes des autres, la rumeur frénétique de la pluie, qu'il ne m'entend pas. Je le rappelle un peu plus fort.

_Je ne suis pas loin. Ne reste pas au milieu de la pièce, il me semble qu'il y a un mur derrière toi, vas-y, je te rejoins tout de suite.

Un éclair zèbre le ciel et éclaire la pièce durant quelques secondes. Effectivement, il y a un mur pas trop loin, mais entre les meubles et les invités, il me paraît presque inaccessible ! Mais bon, je ne peux pas rester plantée là comme une idiote non plus ! Du coup, tel un bouchon sur la mer, je me déplace au gré des flux et reflux des déplacements des autres. Je tends les mains devant moi pour éviter de rentrer en collision avec quelqu'un ou quelque chose. Je ne sais pas si c'est la panique, mais j'ai l'impression de sentir des mains qui s'attardent sur moi. Je me pousse d'un côté, on me repousse de l'autre. J'essaie de me déplacer avec précaution, les bras tendus devant moi et soudain, mes mains se posent sur quelqu'un… une femme. J'ai les mains sur sa poitrine. Je l'entends s'exclamer. Je m'excuse promptement et je m'éloigne, un peu confuse. J'ai le cœur qui bat à cent à l'heure. Je me cogne à une table et j'entends un bruit de verre brisé. J'ai sans doute dû renverser quelque chose. Je rappelle J. Il ne répond pas. Mais où est-il passé ? Tout le monde semble énervé et une drôle d'ambiance commence à s'installer. Je me sens tendue. Je commence à avoir vraiment peur, mais soudain, une présence dans mon dos me réchauffe. Je me demande si c'est J. qui m'a finalement rejointe, mais je n'ai pas le temps de pousser plus loin ma réflexion. Quelqu'un me bouscule et je me retrouve complètement plaquée contre l'inconnu dans mon dos. Je sens sa main se plaquer impérieusement contre mon ventre et un frisson me parcourt de la tête jusqu'aux pieds.

_J. ? C'est toi ? je murmure dans un souffle.

_Chuuuuut.

Sans que je m'y attende, son souffle parcourt ma nuque. J'ai la chair de poule et mon corps s'embrase instantanément.

_Mais qu'est-ce que… ?

Un baiser au creux du cou, des bras qui se resserrent autour de ma taille. Un parfum suave qui m'enveloppe… Son étreinte se desserre et l'une de ses mains glisse le long de mon bras. Ses doigts, que je sens longs et agiles, se referment sur les miens. Je sens de nouveau le métal froid de la bague de J., c'est bien lui. Je sens qu'il me dirige doucement mais sûrement vers le mur et il me plaque dessus. Je suis face au mur, il est derrière moi. La chaleur de son corps est communicative. Il écarte mes cheveux de ma nuque et m'embrasse goulument. Je ne peux m'empêcher de soupirer. Promptement, il me susurre un « chuuuut » à l'oreille. Il n'a pas tort. Nous sommes là, entourés de plein de monde dont la plupart sont nos collègues de bureau ! Je lui fais signe que j'ai compris et je le laisse continuer son manège. Je sens les gens s'agiter à quelques centimètres de moi. Il y a une femme qui râle parce qu'elle ne retrouve pas son copain qui l'a «abandonnée » dans le noir ! Je souris intérieurement. Si seulement elle savait ce qui se passait à seulement quelques pas d'elle ! Si seulement, elle savait que J. avait fait remonter ma robe et glisser les mains le long de mes cuisses ! Si seulement elle savait qu'elle plaisir je prends à me cambrer au maximum contre lui et quel effet cela produit ! Je ricane au fond de moi rien qu'à l'idée d'y penser. Pourvu que K. ne trouve pas de lampe. Pourvu que la lumière ne se rallume pas ! Nouveau mouvement de foule, plus intense cette fois. J. se décolle de moi. Je me retourne, mais il n'est plus là. Je tends la main et touche quelqu'un.

_J., c'est toi ?

_Non, c'est pas J. ! Faites attention à l'endroit où vous posez vos mains !

_Désolée !

Je me recolle contre le mur, frustrée et agacée par la situation ! Où est encore passé J. ? Ce petit jeu de cache-cache commence vraiment à m'énerver. Je sens une main qui se pose avec hésitation sur mon bras. Je tressaute.

_J. ?

J'ai chuchoté pour ne pas trop attirer l'attention des autres alentour.

Il fait glisser sa main le long de mon bras et me pousse gentiment. Il m'invite à bouger et à le suivre. Je ne sais pas pourquoi, mais un doute effleure mon esprit. Est-ce que c'est bien lui ? Et là, je fais quelque chose qui ne me ressemble absolument pas : je décide d'y aller franco, de lui faire confiance. Il me rapproche d'un mur que nous longeons doucement, jusqu'à une porte. Il prend ma main et nous cherchons ensemble la poignée. Tandis que nos doigts se baladent sur le bois de la porte, mon cœur bat à tout rompre. Des questions se bousculent au seuil de mon esprit, mais je n'arrive pas à les prendre en compte : qui est vraiment cet homme, que cherche-t-il, pourquoi ? Au contact froid de la poignée, un long frisson se répercute dans tout mon corps et ma respiration se coupe. La porte s'ouvre sans un bruit et nous nous engouffrons dans la pièce, à l'insu des autres. C'est la fameuse buanderie. Il y a comme une odeur de lessive qui flotte dans l'air. J'entends un bruit de serrure. Il a fermé la porte à clé. Oui, c'est bien J. La fameuse N. lui a donné la clé de la buanderie. Je me sens un peu rassurée. En avançant un peu, je me cogne dans quelque chose d'un peu froid. Je le découvre à tâtons, ça doit être la machine à laver machine à laver… Je ne vois rien. Mais je n'ai pas vraiment le temps d'y réfléchir davantage. Si ma vue ne peut être sollicitée, mon sens du toucher est exacerbé ! Je sens très bien les lèvres de J. sur ma peau.  Ses caresses sont brûlantes et de plus en plus curieuses. Chaque parcelle de mon corps est en demande. Je ne me retiens plus et je réponds avidement à ses sollicitations. Je me colle davantage à lui et je lui fais bien comprendre que ses initiatives me plaisent. Soudain, il y a quelque chose qui me perturbe. Le doute revient hanter mon esprit. Il y a une chose qui me perturbe mais je ne sais pas quoi… Et pourtant, je ne comprends pas ce qui m'arrive. Je n'ai pas envie de m'enfuir ? Est-ce la promiscuité, est-ce l'excitation, est-ce le fait que je n'ai pas eu d'amant depuis longtemps ? Le fait est que je reste là, enfermée à double tour dans une buanderie avec quelqu'un dont je ne suis pas sûre de l'identité ! Vraiment je me reconnais à peine ! Ça pourrait être n'importe qui ? Ça pourrait être J., mais si ce n'est pas lui… ça pourrait être un collègue que je déteste ! Cette incertitude, loin de me rebuter ou de m'effrayer, décuple mon excitation. Le goût de l'interdit est si doux sur la langue, qu'une fois qu'on s'en est délecté, il est presque impossible de l'oublier. J'ai la sensation d'être une autre. C'est comme si cette femme qui réagit et qui prend plaisir dans les bras d'un inconnu était une autre. Oui, j'avais déjà ressenti du désir auparavant, mais, je ne sais pas si c'est le fait d'être avec quelqu'un que je ne suis pas sûre de connaître, à quelque pas du groupe de personnes, qui m'excite autant, mais mon envie est démultipliée ! La lumière peut se rallumer à tout instant, et on peut découvrir que nous manquons à l'appel. Nous sommes à l'abri dans la buanderie, mais comment en sortir si tout le monde peut nous voir ? Cet état de chose me fait chavirer ; cette vulnérabilité, cette impression d'être sur une équilibriste sur un fil, sans aucun système de sécurité me donne un incroyable sentiment de vie. Alors, ma raison bloque, ma conscience s'éteint et ma féminité que j'enfouis trop souvent au fond de moi se réveille, brutalement, douloureusement. Quand l'inconnu me tourne vers lui et qu'il glisse ses mains jusqu'à mes fesses, Je m'agrippe à lui. Il se penche vers moi et nous échangeons un baiser. Mais quel baiser ! Un baiser inespéré, désiré, désespéré, comme si on devait mourir sous peu et qu'on voulait mordre la vie à pleine dents tout de suite. Le baiser est langoureux, profond ; sa langue est ferme et agile. La mienne est douce et pleine de promesses encore inexprimées. Je ne me pose aucune question et je me laisse aller à mes instincts, aux sensations, au désir irrépressible qui pulse au plus intime, au plus profond de moi. Je le veux, maintenant, tout de suite ! Alors je romps le baiser, à son grand regret, car je sens bien qu'il désire le poursuivre. Mais je lui murmure : « Je n'en peux plus d'attendre ». Il s'immobilise quelques secondes et je me demande si je n'ai pas été trop directe. Je le sens qui se rapproche de moi. La chaleur qui se dégage de son corps est communicative et en un instant, je m'embrase. Il se penche vers moi et me chuchote, très bas à l'oreille, de telle sorte que je n'arrive pas à reconnaître sa voix :

_« Tu es sûre ? »

Là, j'hésite un instant. Je suis sur le point de me livrer à quelqu'un que je ne connais pas… Mais en même temps, on ne vit qu'une fois et moi j'ai vécu trop sagement jusqu'à présent ! Je ne peux pas retenir l'intensité de mon désir, brûlant et sucré comme un épais caramel qui me coulerait le long de la gorge. Je lui réponds que je suis sûre. Nouveau chuchotement :

_ « Si je commence, il n'y aura pas de retour en arrière.

_ Je ne veux pas de retour en arrière. »

Mon assurance m'étonne, mais je ne veux pas faire marche arrière. J'aurai le temps de regretter plus tard !

Il détache alors le lien qui retient ma robe dans le dos et il la fait glisser le long de mon torse. Je ne porte pas de soutien-gorge, mais je ne me sens aucunement vulnérable face à lui, Et le fait qu'il ne puisse pas me voir n'y est pour rien. C'est comme si je le connaissais, sans vraiment le connaître. Ça défie toute logique, mais je me sens étrangement rassurée… Je cherche ses mains et je les porte à mon cou. Elles sont enflammées. Je l'invite à les descendre doucement, lentement, le long de mon torse. Quand il arrive à ma poitrine, je manque de défaillir et ma respiration s'accélère brusquement. Je l'entends soupirer doucement et je l'invite à continuer. Ses mains exercent une légère pression sur mes seins et ses doigts se referment doucement sur leur extrémité. Je me sens transportée. Soudain, il se baisse, passe ses mains sous mes fesses et me porte dans ses bras. Ma surprise laisse place à l'excitation, quand il prend l'un de mes mamelons dans sa bouche. J'enserre sa tête entre mes bras afin de l'attirer à moi et en profiter davantage. Tout s'accélère. Nous ne nous contrôlons plus. J'ai tellement envie de lui, que mon bas-ventre en devient douloureux. Il me pose sur ce que je crois être une machine à laver et fait glisser ses mains le long de mes cuisses. Je m'applique laborieusement à détacher les boutons de sa chemise, mais je suis tellement excitée que je tremble et j'ai du mal. Il enlève sa chemise, tout en s'occupant de moi. Il fait de plus en plus chand dans cette pièce, c'est intenable ! Il me pousse à m'allonger et je m'exécute, les yeux fermés. Sa langue descend le long de mon ventre, s'attarde dans mon nombril, dérive vers mes hanches. Une sournoise petite morsure m'arrache un cri rauque. Je sens les doigts de l'inconnu passer sous l'élastique de ma culotte et tirer d'un coup sec. Un bruit de déchirure me fait réaliser que ma jolie culotte en dentelle noire est fichue, mais je m'en fous ! Il m'enlève complètement ma robe et continue son périple… Je ne raisonne plus, je ressens simplement et je sens sa langue se rapprocher de plus en plus de la zone la plus érogène de mon corps. Mais, il fait du sur-place ! Qu'attend-il ? Que cherche-t-il à faire ? M'exciter davantage ?! Je le suis déjà tellement que je suis prête à exploser ! Il me taquine et ça me tue ! Je n'en peux plus. J'essaie de le guider, de l'inciter à me faire pleinement plaisir, mais on dirait que ça l'amuse de me défier ! Bon sang, c'est trop pour moi !

« Vas-y ! Dépêche-toi ! »

Je n'ai pu m'empêcher de lui lâcher ces mots d'un ton autoritaire. Je l'entends rire suavement et murmurer « Vos désirs sont des ordres, madame ».

Il descend, sa langue est chaude et annonciatrice de délices inédits et intenses. Mon corps se tend jusqu'à rompre. Je l'attends, je l'attends, je n'en peux plus de l'attendre. Il se rapproche de plus en plus, de plus en plus…

Soudain, la poignée de la porte s'abaisse brutalement. Nous sursautons tous les deux. La lumière serait-elle revenue ? Je me redresse brusquement et je me cogne à mon partenaire.

_Purée ! Mais… comment se fait-il que la porte soit fermée à clé ?

C'est la voix de K. qu'on entend à travers la cloison. Elle s'acharne sur la poignée. Je suis en panique ! Je ne veux pas qu'elle me trouve là, avec cet homme, dans cette position compromettante ! Mais je soupire, K. arrête de tenter d'ouvrir la porte.

_N. ? C'est toi qui as la clé de la buanderie ?

_Non, c'est J. Il était avec M. il y a encore quelques minutes. Mais là, impossible de savoir où il se trouve. J. ? J. ?

J. ne répond pas. Ça prouve bien que c'est lui qui est avec moi. Mais à quel moment a-t-il eu le temps de parler à M. ?

_Qu'est-ce qu'on fait ?, je lui demande.

Il pose un doigt sur mes lèvres, m'intimant le silence.

_Et M. ? Il est où ? Introuvable lui aussi ? Bon, ben tant pis. Je voulais récupérer la clé de l'armoire dans laquelle j'ai mis tous les portables !

_Mais pourquoi les as-tu laissées dans la buanderie ?

_Ben je les ai déposées là et j'ai oublié ! Mais qu'est-ce que tu avais à fermer cette porte, toi aussi ! Bref, je vais bien finir par trouver une lampe ou une bougie quelque part !

Les voix s'éloignent et je soupire. J'ai presque envie d'éclater de rire. Quelle histoire ! Mais j'y pense :

_La lumière n'est toujours pas revenue… on a encore quelques minutes, non ?

Il n'en fallait pas plus pour motiver mon partenaire. Il m'enlève totalement ma robe, m'allonge de nouveau sur la machine à laver que je n'avais quittée et me donne enfin accès au plaisir que j'attendais. Les sensations qu'il me procure sont si intenses, si jouissives, que j'ai envie de me laisser aller à gémir. Mais c'est vraiment impensable ! La pièce n'est pas du tout insonorisée. Je me mords la main pour ne pas me laisser aller et je profite au maximum de l'instant. C'est comme si J. et moi étions dans un état d'urgence et du coup, ça augmente notre désir. Cette sensation de danger donne une nouvelle saveur à nos actes et nous précipite l'un et l'autre dans un tourbillon qui n'en finit pas. Il faut faire vite, nous n'avons pas beaucoup de temps. C'est encore meilleur qu'au début ! Une pression se forme au creux de mes reins, s'arrondit, grossit, se répand de plus en plus. Je suis sur le point d'atteindre le point culminant du plaisir quand j'entends soudain une clé qui entre dans la serrure ! Instantanément, nous nous redressons. Il me fait descendre de la machine à laver et me tire vers lui. La porte s'ouvre et le courant d'air frais qui s'engouffre dans la petite pièce me fait frissonner. J'arrête littéralement de respirer et je m'affole ! L'idée que tout le monde puisse me découvrir, nue comme un ver dans les bras de J. me terrifie. Qu'est-ce qui m'a pris ? Comment ai-je pu me laisser aller de la sorte ? On aurait dû tout arrêter bien avant ! K. et quelqu'un d'autre, visiblement N. entrent dans la pièce. Quatre personnes dans une pièce aussi petite… elles auront vite fait de nous trouver ! L'air devient presque irrespirable. Je n'arrête pas d'imaginer que la lumière va brusquement se rallumer, d'un instant à l'autre… Bon sang, je suis toute nue ! Dans la buanderie de quelqu'un d'autre, entourée d'une vingtaine de personnes ! Je sens la main de J. descendre le long de mon dos, glisser sur mes fesses ! Mais qu'est-ce qu'il fait ?! C'est vraiment pas le moment ! Je suis sur des charbons ardents… Son inconscience devrait m'énerver mais elle m'excite davantage… Je serre les dents.

_Où les as-tu laissées ?, demande N.

_Sur la machine à laver je crois… ou alors sur les étagères, juste à côté !

C'est-à-dire exactement là où nous nous trouvons, J. et moi ! C'est fait exprès ou quoi ?

_Fais attention à ne pas te faire mal. On n'y voit vraiment rien ! C'est quoi ça, par terre… on dirait des vêtements… C'est bizarre… pourquoi ça traîne là, ça ? Bref, je verrai ça après.

Mon partenaire me pousse à reculer doucement afin de m'éloigner le plus possible de la machine à laver que K. tâtonne avec acharnement.

_Bon sang, mais elles sont où, ces putains de clés !

Je manque de crier quand je sens sa main m'effleurer la cuisse. Elle ne s'en est visiblement pas rendu compte. J. se penche vers moi et m'embrasse doucement. Je me serre contre de lui. Je tremble d'excitation et de peur à la fois.

_Alors, K. ? Tu les trouves ou quoi ?

_Non, figure-toi ! Dans le noir c'est pas facile ! Je les ai peut-être laissées sur l'étagère, mais je ne suis pas sûre… et en plus je risque de tout renverser… je crois qu'on a pas le choix, il faut attendre que la lumière revienne…J'ai des allumettes dans la cuisine, on fera avec en attendant.

Mon cœur recommence à battre normalement en les entendant s'éloigner. Mais, va savoir pourquoi, c'est toujours dans ces moments-là qu'on fait quelque chose d'irrépressible. Je ne peux m'en empêcher.

J'éternue.

Doucement, mais assez fort tout de même pour que l'une des deux m'entende.

_Attends… tu as entendu ?

_Entendu quoi ?

_Il y a eu un bruit dans le fond là… il y a quelqu'un ? J. c'est toi ?

Nous ne répondons pas, serrés l'un contre l'autre à tel point qu'on ne pourrait pas distinguer qui est qui. Je ferme les yeux et je prie tous les dieux dont j'ai entendu parler, tous les saints, tous les esprits de nous sortir de cette situation.

_J'ai rien entendu, moi.

_Je te jure que…

Une agitation provenant de la salle l'interrompt.

_K. ? K. ?! On a réussi à ouvrir l'armoire !

K. et N. sortent de la pièce, laissant la porte entrouverte. J. s'empresse d'aller la refermer et je ne perds pas une seconde. Je cherche ma robe à tâtons et la retrouve à côté de la machine à laver. La chemise de J y est aussi. Je la ramasse et la lui donne.

_ « On se retrouve à l'extérieur », me chuchote-t-il.

_Ok.

Il ouvre doucement la porte et sort.

Je me dépêche de me rhabiller, vérifiant bien de ne pas mettre ma robe à l'envers. Soudain, je me souviens que ma culotte a été déchirée dans le feu de l'action. Je ne pourrai pas la remettre… Bref… ce n'est pas le plus grave. Je n'arrive pas à la retrouver. Elle devrait être par terre. Je me baisse et je la cherche partout, sans pouvoir mettre la main dessus. Bon sang, c'est pas vrai ! J'entends des exclamations dans la salle. Soit la lumière est revenue, soit les portables sont de retour. En regardant sous la porte, je vois avec anxiété qu'il y a de nouveau de l'électricité. Je cherche fébrilement l'interrupteur pour tenter encore de retrouver ma culotte, mais je n'arrive pas à mettre la main dessus. Quelqu'un m'appelle. Je dois sortir de là. Mais comment faire, sans que tout le monde me voie ?

J'ouvre doucement la porte et je jette un coup d'œil. Tout le monde s'est attroupé autour de K. et N. qui remettent à chaque personne son téléphone. Je profite du fait que l'attention de tout le monde soit focalisée sur les deux jeunes femmes pour sortir tout à fait de la buanderie.

_Je suis là !

Je me sens complètement chamboulée, mais je me rapproche d'elles avec une certaine assurance. J. est à leur côté. Il me regarde venir et me sourit. Je lui rends son sourire. Ma respiration est presque aussi rapide que si j'avais couru un marathon. Je me rends compte que l'excitation est toujours là. Et le fait que je me ballade sans rien sous ma robe y est sûrement pour quelque chose. Sans compter que je suis frustrée de ne pas avoir pu profiter pleinement de notre petite escapade dans la buanderie. K. me rend mon portable que je récupère distraitement. Je suis en face de M. Il me dévisage d'une façon étrange… j'ai du mal à interpréter son regard, mais je ne m'y attarde pas. J. me rejoins.

_Où étais-tu passée ? Tu en as mis du temps pour venir !

_Ben… tu sais bien voyons !

_Comment ça ?

_ Une robe, c'est plus difficile à enfiler qu'une chemise je te signale !

_Quoi ? me répond-il, les sourcils froncés. Je ne comprends pas son attitude.

_Je crois que j'ai pas tout compris. Sinon, ça va ? Plus de peur que de mal !

_Parle pour toi ! Je ne suis pas habituée à ce genre de choses, moi !

_Bah ! Tu as forcément déjà vécu ça plusieurs fois dans ta vie !

_Mais enfin, pour qui tu me prends ! Je ne fais pas ça tous les jours !

Il me regarde en souriant.

_Bon, je sais bien qu'il n'y a pas de coupures d'électricité tout le temps, mais quand même. Je sais que tu n'aimes pas trop l'obscurité.

_Ben , tout dépend de ce qui se passe dans l'obscurité. Grâce à toi, je crois que je commence même à l'apprécier, je lui réponds d'un air entendu. Mais il me regarde, un étonnement sincère sur le visage. Je commence à me poser des questions. Nous sommes interrompus par l'arrivée du gâteau et le traditionnel « Joyeux anniversaire », chanté avec joie, mais surtout très faux. J'ai du mal à me concentrer sur le moment. L'attitude de J. me perturbe. L'espace d'un instant, j'ai vraiment cru que c'était avec lui que je me trouvais dans la buanderie, mais… si ça se trouve… Il faut que j'en aie le cœur net :

_Dis-moi… c'est bien toi… enfin… tu m'as dit que tu me rejoindrais près du mur…

_Oui, mais finalement, je n'ai pas pu te rejoindre. Je suis descendu à la conciergerie avec M. pour demander une lampe.

Mon corps se glace. Ce n'était pas J. Ce n'était pas avec lui que je me trouvais dans la buanderie ?! Mais en fait, ce n'était même pas lui qui me pelotait contre le mur ?! Je regarde anxieusement autour de moi. Qui ça pouvait bien être ? Je regarde tout à tour tous les hommes présents dans la pièce et je me rends compte que je suis incapable de dire avec qui j'étais… Je me sens légèrement troublée. Ça paraissait très excitant sur le moment, mais là… J'ai la sensation qu'ils me regardent tous, qu'ils échangent tous des regards de connivence… Je suis obsédée par l'idée de savoir qui c'était…

_Hé ! Tu vas bien ?

_Ou… oui, oui. Ça va. Tu aurais pu me prévenir, tout de même.

_Ben, j'ai demandé à B. de te prévenir ? Il n'a pas réussi à trouver, visiblement.

_B. ?

Alors, c'était lui ! Voilà pourquoi j'avais cette sensation bizarre…

N. nous sert une part de gâteau.

_Mémorable soirée ! On s'en souviendra !

_ça c'est sûr, je murmure.

_Et pour l'armoire alors ? demande J.

_B. devra la rembourser. Il a littéralement arraché la porte. K a failli lui arracher les yeux !

Je sursaute.

_Comment ça ? C'est B. qui a ouvert la porte de l'armoire ?

_Ouvert ? Tu es gentille ! Il l'a arrachée je t'ai dit ! Quelle force brute ! Ça me laisse songeuse, déclare N. avant de s'éloigner. J. rigole, mais pas moi. Si c'est B. qui a arraché la porte de l'armoire, ça veut dire que ce n'est pas avec lui que j'étais dans la buanderie ! Je saisis une coupe de champagne et je la descends d'un trait !

_Eh, calme-toi ! Tu sais comment tu es quand tu bois !

Même quand je ne bois pas, visiblement… Pendant tout le reste de la soirée, je dévisage chaque homme pour tenter de détecter un indice, même infime, qui pourrait me mettre sur la voie, mais plus je repense à ce qui s'est passé, plus mes souvenirs se mélangent. Je ne sais plus s'il était grand ou petit, rasé ou pas… je sais juste qu'il avait une chemise et une bague. En tout cas, avant d'entrer dans la buanderie ; après, je ne me rappelle plus… Et puis, il y a au moins dix hommes qui portent une chemise dans la pièce… quant aux bagues… Je soupire. En partant avec J., je ne sais toujours pas avec qui j'ai pris du plaisir dans la buanderie.

 

Un peu plus tard, dans l'appartement de K., l'atmosphère surchauffée a disparue. Tout est calme, ou presque, car deux personnes s'activent à finir de ranger le désordre engendré par la fête.

_Franchement K., tu t'es surpassée cette fois ! Confisquer les portables justement le soir d'un black-out !

_Bon, N., on va pas en reparler toute la vie non plus ! N'empêche que ça a été une super soirée !

_Oui, c'est vrai.

La porte d'entrée claqua et un homme entra dans la pièce.

_C'est bon, j'ai jeté toutes les poubelles. Est-ce que je peux faire autre chose pour vous, mesdames ?

K. lui sourit, charmée et lui répondit que non.

_Merci de m'avoir invité, j'ai passé un très bon moment.

_Merci d'être venu. Et encore désolée pour cet inconvénient, la coupure d'électricité et tout ça…

_Pas de soucis. Ce n'était pas de ta faute. Et puis, c'était marrant, finalement. Ça a apporté un peu de piquant à la soirée. Et je pense même que ça a permis l'éclosion de nouvelles amitiés.

_Tu as bien raison. Je suis contente que tu te sois bien amusé en tout cas.

_Plus que tu ne pourrais l'imaginer. Je vous souhaite une bonne soirée. Il les embrassa et s'éloigna. Avant d'atteindre la porte, il revint sur ses pas :

_Ah ! Au fait, j'oubliais.

Il plongea la main dans sa poche et en ressortit une clé.

_La clé de la buanderie. J'ai failli partir avec.

N. ouvrit les yeux, surprise.

_Ben, c'est à J. que je l'avais donnée ! Comment se fait-il que ce soit toi qui l'aies ?

Il sourit et déclara :

_Il m'avait dit qu'il ne voulait pas s'encombrer de ça. J'ai cru comprendre qu'il avait d'autres chats à fouetter.

_Il est gonflé tout de même ! Remettre la clé à un inconnu… Enfin… tu comprends, c'est pas comme si je te connaissais de longue date.

_Je ne le prends pas mal, ne t'inquiète pas.

_Mais en même temps, poursuivit N., ça fait un moment qu'il cherche à fouetter ce « chat-là » !

L'homme rit doucement.

_Oui, j'ai vu ça. Mais, je ne suis pas sûr qu'il soit parvenu à ses fins, ce soir.

K. le dévisagea fixement. Il y avait comme une drôle d'expression sur son visage, comme quelque chose d'assouvi… Elle tendit la main et récupéra la clé. L'homme se détourna et alla ouvrir la porte. Elle l'interpella, juste avant qu'il ne sorte.

_T. ? On se voit lundi ?

Il lui sourit.

_Oui. On se voit lundi.

Il referma la porte. K. resta un moment à regarder la porte fermée.

_Tu sais, N., je le trouve étrange, ce gars-là.

_Ah bon ? Moi, je le trouve tout à fait quelconque.

_Bien au contraire… Il y a comme quelque chose… mais je n'arrive pas à mettre le doigt dessus…

_Je l'ai à peine vu au cours de la soirée. C'est comme s'il n'avait jamais été là ! Cesse de chercher la petite bête et aide-moi plutôt à finir de ranger, il est tard.

K. voulait bien ne plus y penser, mais elle était sûre de ce qu'elle avançait. Et elle resta encore un long moment à regarder la porte…

 

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