L'oiseau martyr

another-day

Ce texte n'est pas aussi abouti que je l'aurais souhaité. J'espère qu'il vous plaira tout de même. Rien de très nouveau, encore un oiseau mort. Ode à la violence. Interprétation imagée d'une rupture.

J'ai trouvé un oiseau mort, en passant par la lande à vélo.
J'ai buté contre son petit corps frêle et un peu mou de la pointe de ma basket rose ; l'oiseau me regardait d'un unique oeil. Ses plumes étaient grises et sales, pleines de pluie et de boue. Je l'ai cueilli du bout des doigts, l'ai posé dans ma paume ouverte. Il était froid et humide, poisseux d'un mélange de sang et d'humus.
J'ai enfourché mon vélo, l'oiseau dans la main.
J'ai fermé mes doigts sur son ventre gris en franchissant le seuil de la maison. L'oiseau exhalait une affreuse odeur de sucre et d'agonie mêlés. J'ai couru jusqu'à la salle de bain, mon oiseau emprisonné entre mes mains. Je lui ai fabriqué un nid de coton ; un linceul ivoirin pour dernière maison.
Mais l'oiseau dans son nid s'agitait. Les derniers signes de la vie en lui se manifestaient. Ses petites plumes froides détruisirent le cercueil. Les petites plumes froides battaient l'air avec frénésie. La vie semblait ne pas vouloir les quitter.
Alors, je suis descendue à la cave, fouiller dans la boîte à outils. Je suis remontée la mort dans l'âme, mes armes dans une main. J'ai attrapé l'oiseau de l'autre, me suis enfermée à double-tour dans ma chambre.
L'unique oeil me fixait. La pupille vivotante regardait Caïn.
J'ai plaqué l'oiseau contre le mur. Les plumes se sont détachées de l'abdomen. Un peu de sang s'est étalé sur le papier peint. Mais rien n'arrêtait Caïn.
J'ai enfoncé le premier clou dans l'aile gauche. Ai frappé de toutes mes forces avec le marteau.
Et puis la deuxième aile.
Et puis l'unique oeil.
J'avais du sang sur les phalanges. Ma robe blanche était incarnadine. L'oiseau était le Christ.

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