L'Opinel Orange

patrick-montoulieu

Antoine accompagne d'un regard lourd la feuille morte qui tombe sur le gazon. Sous chacun de ses pas, il voit se dresser l'ombre des jours qui ne reviendront plus. Les visiteurs étaient nombreux la semaine dernière mais il ne reste dans les allées désertes que des fleurs sans odeurs qui nous feraient presque croire, toutes maquillées, gonflées d'orgueil et de silicone quelles sont, à une forme de renaissance immobile. Elles nous renvoient hélas à un éternel printemps de plastique complètement déprimant sous le ciel de novembre. Antoine descend à présent les quelques marches du cimetière, fait tourner sur ses gonds une lourde grille rouillée et va s'asseoir sur le seul banc libre du parc voisin. Trek, son Border Collie, lève la patte sur tous les arbres alentour. Antoine se laisse aspirer par la ténébreuse enquête qu'il doit mener sur ses souvenirs quand un dragon déguisé en groseille, une tête énorme envahie de bigoudis, le sort brutalement de sa méditation. Le monstre semble vouloir vendre du poisson à des clients invisibles, absents ou trop lointains depuis son balcon du deuxième étage, à moins que cette furie fumante et joufflue ne s'adresse à sa descendance débile, à ses affreux rejetons hurlants qui se crêpent le chignon. 


Toutes ces pensées délirantes s'envolent dans les airs et se percutent. Il n'est plus vraiment de ce monde mais il n'est pas ailleurs non plus. Il flotte dans cette zone incertaine comprise entre l'espace des vivants et celui des morts. 



Est-ce la discrète fragrance du parfum de Marjorie encore perceptible ou simplement le soleil automnal chauffant faiblement la pierre tombale que Trek avait trouvé tantôt en ce lieu pour avoir passé plus d'une heure sur la dalle blanche sans vouloir la quitter ? Il ne lui aura fallu que l'involontaire complicité d'une vieille chatte de gouttière à moitié paralysée pour le sortir de sa prostration et le divertir un peu. Elle, se réfugiant tant bien que mal sur la première branche trouvée, lui, assis au pied de l'arbre, aboyant la tête en l'air… Antoine le rappelle au bout d'un moment tout en sortant de la poche de son jean un Opinel orange. Il examine d'un oeil sinistre les sept lettres noires gravées par Marjorie sur le manche en bois. De la pointe du couteau, il ouvre une noix trouvée par terre, puis une autre, et quelques autres encore. Il les grignote plus qu'il ne les mange. 

Une femme très distinguée, plus âgée et moins droite que le tilleul, tirée à quatre épingles et par deux chiens blancs minuscules qui lui ressemblaient un peu, pauvrement vêtue et portant chapeau, traverse le jardin. Cette vieille dame lui faisant aussitôt penser à une vieille chanson de Charles Trenet dont le refrain lui revient en mémoire :

La Marquise est bien vieille… elle reçoit… dans un salon râpé… où tout est luxe et pauvreté… 


Marjorie est partout. Les images, les sons, les ambiances du passé arrivent pêle-mêle et se bousculent. Comme toutes les fois ou la tristesse l'accable, il bafouille des extraits de chansons ou des poèmes qui lui font l'effet d'un baume apaisant caressant son âme. Ah la mémoire ! Que ne donnerait-il pas pour pouvoir sélectionner à loisir et mettre au coffre à jamais les images terriblement obsédantes qui poignardent son coeur ! Il ne peut se défaire du dernier regard éperdu de Marjorie implorant le pardon dans une éternité silencieuse. Ce regard là est gravé dans sa douleur. Il a froid.


Le chapelet des textes appris jadis est récité comme s'il les avait lus et relus la veille. Ces grands auteurs qu'il convoque si régulièrement livrent à ses lèvres fébriles une citation, un fragment, une strophe entière un peu comme si lors de ces nombreux vagabondages furtifs passés devant la bibliothèque, un personnage familier, tout droit sorti d'un volume poussiéreux, l'interpellait, le suppliait, lui ouvrait le recueil à la bonne page et offrait au lecteur ainsi reconnu le sésame de sa poésie. Il y retrouve alors tout son passé : ses héros immortels traversant les époques lointaines, les paysages si variés défilant à la vitesse de l'éclair, les scènes les plus marquantes, mais aussi les personnes aimées durant les heures heureuses de la lecture, celles tombées à jamais dans la fosse commune des illusions et de l'oubli, des ambiances de trains qui roulent, de salles d'attente ou d'embarquement, les sensations, les parfums, la température. Tous les souvenirs de la vraie vie se confondant intimement dans l'imaginaire tragiquement merveilleux des auteurs. Un immense voyage réalisé juste en passant quelques secondes devant les rayonnages.

Et voilà qu'aujourd'hui, sa Marjorie si vivante, si pétillante est rangée à son tour dans cette méchante bibliothèque horizontale où les livres sont en granit et les citations ridicules sont gravées dans le marbre, immortalisant ainsi la mièvre médiocrité des héritiers. La voilà rentrée dans l'azur infini auprès des siens mais aussi de Raskolnikov, Edmond Dantès, Lucien de Rubempré, Thérèse Raquin, Julien Sorel, Desdémone, Cyrano, Bérénice, Alceste, et même Moby Dick et Croc-Blanc.

La matière s'est changée à jamais en information, la réalité devient roman.

Il pleurniche sur son banc quelques vers de Lamartine :

C'est alors que ma paupière / Vous vit pâlir et mourir, / Tendres fruits qu'à la lumière / Dieu n'a pas laissé mûrir ! / Quoique jeune sur la terre,  / Je suis déjà solitaire / Parmi ceux de ma saison, / Et quand je dis en moi-même : / Où sont ceux que ton coeur aime ? / Je regarde le gazon.


Puis ses lèvres se crispèrent et se turent. Le silence à présent tend l'oreille et enveloppe les toits du village dans son linceul de solitude. Le jour est déjà mort à l'est, alors qu'il agonise dans une mare de sang à l'ouest. Le vent de novembre siffle dans les rameaux morts du tilleul. Dix huit heures sonnent au clocher de l'église. Cette plainte du vent, cette respiration Divine, ces cloches qui tintent, Marjorie voudrait-elle lui dire quelque chose ?

Le langage de nos chers disparus serait-il donc celui ci ?


Immobile, ténébreux, contemplatif, il n'ose s'avouer qu'il est bien dans sa mélancolie. Il communie dans la tristesse, et la joie lui semblerait indécente pour l'heure. Au milieu du parc, les poings serrés sur les hanches, la gorgone aux bigoudis s'est muée en pintade d'élevage vomissant des ultimatums à ses avortons dégénérés totalement indifférents aux menaces. Antoine est catégorique : il ne veut plus croire en la réincarnation. C'est un concept tellement stupide et beaucoup trop aléatoire tout à coup ! Car enfin, si la réincarnation existe, les dragons et les pintades seraient à l'évidence les premiers grands oubliés de la distribution, ils ne peuvent mériter une telle punition, cela ne peut fonctionner, non, il n'y a pas d'autres possibilités.


Il n'entend désormais autour de lui que du bruit. Le bruit du bavardage du monde, le bruit des lieux-communs sur la saison, sur la météo, l'économie, l'Europe, l'écologie, le bruit de la télévision, des experts, des journalistes et de nos dirigeants, le bruit de la menace terroriste, d'un moteur à explosion, d'un chien neurasthénique, le bruit même de l'ami à qui l'on ne demande rien mais qui fait sonner les trompettes de sa compassion, qui fait retentir le chuchotement ronflant qu'aurait fait sa mauvaise conscience s'il s'était montré absent ou silencieux en cette occasion. Cet ami qui semble vouloir lui dire : "entends-tu mon silence amical ? Vois-tu que je suis là, humble et discret, tout près de toi et je partage ton chagrin car je suis ton ami".

- Mais je t'emmerde l'ami, alors dégage avec ta compassion pourrie. Allez ! Barre toi, va marcher une heure et fous moi la paix !

Il ressemble bien souvent à cela le bruit sourd et enfumé du langage des vivants.



Antoine se lève, jette un dernier regard sur les feuilles sans sève qui tourbillonnent dans le jardin public, remonte le col de sa veste et soupire. Trek bondit dans le coffre de la voiture bien avant qu'il ne soit totalement ouvert. Il se prend logiquement une rêche qu'il tente vainement de rattraper mais retombe sur le flanc et s'éclate lamentablement sur les pavés du parking. Il recommence aussitôt en se concentrant davantage. Ce doit être l'émotion qui le fracasse un peu lui aussi.


Ils se retrouvent tous les deux dans la grande maison remplie d'un silence qui s'ennuie. Une fine pluie d'automne apportée par le vent du nord fait retentir son léger crépitement métallique sur les vitres embuées de la cuisine. Antoine chiffonne quelques feuilles de "L'ÉQUIPE" d'hier, casse une cagette et  allume un grand feu de cheminée, donne à manger à Trek puis se sert un whisky qu'il sirote calmement, stoïque et grave. Il se sert une double dose pour le second, ce qui lui évitera de ressentir la petite culpabilité d'y revenir trois fois. Il se versera un dernier verre quand même. 

Il est un organe qui se montre bassement prosaïque et totalement dénué de pitié ou de compassion chez les hommes : c'est l'estomac. Antoine n'y déroge pas et serait même pire que les autres, alors il se demande régulièrement ce qu'il va manger. Le chagrin, la peine, la tristesse n'y feront rien, jamais son appétit ne semble sensible aux épreuves. Son estomac se fout éperdument des émotions de toutes sortes. Il veut se remplir toutes les quatre heures, c'est assez simple à comprendre. 

- Maintenant que tu n'es plus là, tu ne peux pas t'imaginer à quel point ça me gonfle de préparer les repas, de manger seul, de ne rien partager…

Joe Bonamassa enchaine ses longs riffs de guitare, Beth Hart lui donne toujours le frisson. Antoine monte le son de la musique avant de poursuivre :

- Tu sais quoi ? Je crois que je vais faire comme toi Trek. Tu ne te pose pas cette question existentielle tous les soirs. Je vais bouffer des croquettes pour chien, ça doit exister des croquettes pour veuf, non ?… Ce qui est bon et équilibré pour lui doit être bon pour moi ! Qu'en dis-tu ?  

Il soliloque à voix haute, comme si Marjorie était dans le salon. Elle répondra avec le langage qui est le sien désormais.

Une porte qui claque violemment et Antoine comprend aussitôt qu'il vient de dire une sacrée connerie. Il se lèvera, montera les marches de l'escalier en titubant un peu et fermera la fenêtre de la chambre. Il a sa réponse. Ce sera jambon-spaghetti ce soir ! C'est décidé !

Mais il ne repasse pas par la cuisine. Il s'écroule dans le canapé, regarde la télévision éteinte et les images défilent dans sa tête. Un rictus imperceptible déforme ses lèvres à l'évocation des cadeaux du "quatorze-deux" comme ils les nommaient afin d'éviter l'appellation trop galvaudée de "Saint-Valentin". Son portable ne sonnera pas, ce qui n'est pas tellement étonnant puisqu'il est  constamment sur silencieux, mais il y jette un oeil régulièrement. Il vient d'échapper à trois appels de Véro. Il n'écoutera pas les messages laissés par la frangine, toujours les mêmes d'ailleurs : "ne reste pas tout seul… Viens manger à la maison… Papa regarde le match à la télé… Et patati, et patata…"


Il veut voyager encore un peu dans ces temps révolus. Il se revoit assis au même endroit, sur ce même canapé, mais trois ans et demi plus tôt. Il est soudain rempli de tolérance pour l'alcoolique blasé qu'il est devenu mais ne se trouve aucune excuse quand il songe à ses petits raisonnements de jeune bourgeois révolté s'opposant - dans le discours uniquement - à une société consumériste et cupide qui satisfait pourtant tellement ses besoins matériels et son petit confort intellectuel. Il a pris vingt ans en quelques semaines. Quasi perpète !



Antoine, c'est un ours. Il n'osera vous le suggérer mais il invite le lecteur et le narrateur à caler le film de sa vie au milieu de l'hiver 2011, presque trois années plus tôt. Suivons le guide à distance pour ne pas trop le déranger. L'animal est susceptible surtout le ventre vide et un verre de whisky à la main !




Le 14 février 2011.


Difficile de faire un bras d'honneur et de ne pas succomber aux obligations sentimentalo-mercantiles de ce jour encombré de pingouins déambulant à la queue leu-leu sur la banquise de l'uniformité comme dans cette file d'attente interminable du fleuriste épuisé qui sacrifiera sa dulcinée sur l'autel du sacro-saint chiffre d'affaire. Les mignons petits robots de l'amour semblent pourtant si fiers de cette générosité non spontanée et sont aussi raides dans leurs certitudes inquiètes que des carafes en Pyrex alignées sur les tables en formica du réfectoire de l'usine à sentiments.

Ces amoureux mécaniques, les bras le long du corps sur ce trottoir humide, certainement plus transits de froid que d'amour, correspondent parfaitement aux normes imposées par la télévision, par les marchands et les publicitaires, se devant impérativement de satisfaire à la règle du cadeau de la Saint-Valentin qui sera la mesure ultime des sentiments sincères portés à une bien-aimée de plus en plus décérébrée, elle-même prisonnière menottée, consentante et corrompue sous la cloche de verre de l'écran de son Smartphone et plus perdue que jamais dans le merveilleux labyrinthe d'un réseau aussi antisocial qu'avilissant. L'attente débile d'une surprise obligatoire qui n'en est plus une du coup. Recevoir le cadeau indirectement offert par la société comme une bouée de sauvetage dégonflée jetée à la dignité, à l'honneur autant qu'à l'amour pour les extirper in-extrémis des douves fangeuses et nauséabondes qui entourent les murs du châteaux de la bienséance et du savoir-aimer imposé à tous.


Antoine et Marjorie n'échapperont pas à cette force centrifuge contemporaine et sociétale. Ils ne feront que s'en défendre mollement et participeront à ce jeu puéril mais pour une toute autre raison. Ces deux-là se connaissent depuis qu'ils s'aiment ou inversement, en tout cas depuis si longtemps que l'on peut affirmer sans frémir qu'ils s'aiment depuis toujours. Leur premier baiser sur la bouche - mais sans la langue - remonte au cours de Français de Mademoiselle Le Laidier, en 5ème II. Et me croirez-vous ? C'était un 14 février, il y a treize belles années de bonheur déjà ! Par ailleurs il ne leur est absolument pas possible de clairement définir le jour de leur première rencontre car ils se sont connus au berceau. Cupidon ce jour là, s'était perdu dans les couloirs de la maternité à l'heure de l'apéro et la flèche qu'il destinait sans doute à l'infirmière (à qui d'autre, je vous le demande ? et puis d'abord, que faisait Cupidon dans une maternité ? Et pourquoi titubait-il ?) Bref ! Ce sniper de pacotille finira par vider son carquois et décocher toutes ses flèches en même temps, n'importe comment, au milieu de la chambre sans qu'aucune d'elles n'atteignent sa cible. De rage et vexé comme un pou, il balancera son arc dans le couffin de Marjorie avant de sortir piteusement en se cognant à la fenêtre. L'arc devait cependant contenir quelques traces de ce philtre magique pour avoir donné tant d'amour à Marjorie.

Antoine, quant à lui, bien plus âgé qu'elle, roupillait à poings fermés dans la chambre voisine. Il est né vingt six heures plus tôt mais la différence d'âge sera moins perceptible en vieillissant.



C'est ainsi que tous les 14 février, Antoine et Marjorie célèbrent l'anniversaire de leur premier baiser et s'offrent malgré des réticences réciproques, de petits cadeaux surprises loufoques et inutiles, parfois originaux, saugrenus et absurdes mais souvent marrants. La plupart de ces babioles sont jetées d'un commun accord à la corbeille avant le lever du soleil ou sont rangées - rarement - au musée du souvenir, dans le pétrin du salon qui rassemble les moins stupides preuves matérielles de leur amour. En examinant le contenu de ce coffre, nous y trouvons pêle-mêle ce gadget idiot : une sorte de bouton en laiton très rococo qui se clipse sur la tirette de la chasse d'eau des WC ; cette minuscule chaine de vélo en bois d'olivier accompagné de sa petite fiole d'huile d'olive ; un mini rouleau de Sopalin en papier journal sur son dévidoir ; cette étonnante prise multiple vert pomme en véritable cuir de papillon d'après le marchand ; ce trombone de quarante centimètres en plastique rose pouvant également servir de bougie que l'on peut accrocher à une affiche de cinéma pour toutes les fois ou vous souhaitez ajouter une petite affiche sur la grande et l'éclairer en même temps, ou y mettre le feu ; un paillasson pliable aux couleurs d'un grand club de foot très riche (non, perdu ! Ce n'est pas Dijon… Ne cherchez plus) et sur lequel il est si bon de s'essuyer les pieds ; une toupie à lanceur grand modèle, en bois du jura, pour jouer avec les arrière-petits enfants qu'ils finiront bien par avoir ; un bouton de manchette à l'effigie de Ronald Reagan, l'acteur ou le Président, on ne saurait trop dire, l'un ayant rendu l'autre célèbre sans jamais vraiment savoir dans quel sens…

En constatant tout ce qu'ils avaient conservé là, dans ce pétrin, en disait long sur les conneries sans nom qu'ils ont dû jeter le soir même ! Tous ces cadeaux faisaient rire ou sourire nos deux amoureux et glorifiaient leur tendre et piteuse créativité commune. Tous les coups étaient permis mais ils s'étaient pourtant juré de respecter une règle intangible : ne jamais s'offrir de nains de jardin ni des santons de Provence. Tout ce qui n'est pas interdit est autorisé, donc tout le reste pouvait égayer leur soirée mais la limite était désormais fixée. Le moindre cadeau faisant allusion, même de loin, à un nain de jardin ou un santon de Provence serait le signal évident d'une rupture quasi immédiate du couple. Ils s'embrassaient ensuite, partaient d'un grand éclat de rire et s'ouvraient à l'apéro une bonne bouteille de "Château L'Esparrou", puis se découpaient des rondelles de véritable chorizo Ibérique et de "Pata Negra", de belles tranches de Comté et de Beaufort qu'ils déposaient sur du pain frais tout en se racontant les immanquables péripéties liées aux achats de ces inutiles présents.



... Et toujours le "Quatorze-Deux" !..

Une année, je ne sais plus laquelle mais toujours un quatorze février, Antoine, susceptible et sensible au possible se crispe un peu :

- Mais dis-moi, c'est quoi ce shampoing à la lavande ?

- Ben, c'est un shampoing, reste cool… Tu as des cheveux… Il t'arrive de te les laver… Alors voilà… Du shampoing… Pour laver les cheveux… C'est la bouteille qui est rigolote.

- Ouais, ça va, merci ! Mais là, ici, là, là, t'y vois quoi d'écrit ? Lui dit-il en pointant un index agressif sur le mot qui fâche.

Marjorie fait mine de ne pas regarder ni de s'intéresser à ce détail débile. Elle a toujours méprisé les index agressifs.

- La lavande, elle pousse où la lavande, hein ? Pas en Laponie que je sache !

Marjorie avait parfaitement fait le lien mais laissait son Toni ce dépatouiller avec sa vieille allusion frelatée. Et lui d'insister lourdement.

- Lavande... Provence… Santons de Provence… You know what i mean ? Tu le sens le message moisi ?

Puis ils partaient dans des délires rocambolesques sur toutes les significations cachées qu'ils pouvaient trouver ici ou là.


Nous qui avons cher lecteur, le pouvoir de les observer en traversant l'espace et le temps à notre gré, nous avons pu remarquer que leur bonheur s'accompagnait souvent et à toutes les époques, de bonnes charcuteries du Sud-Ouest ou d'Espagne, de fromages d'Auvergne, de Franche-Comté et de Savoie, d'une bonne bouteille de pinard du Roussillon, de pain frais, de sorties en montagne et des copains du Bureau des Guides, de la guitare de Joe Bonamassa et la voix de Beth Hart et de bons bouquins.

Leur vie rassemblait certes tous ces ingrédients mais l'auteur vous demande pardon par avance car il s'est engagé à respecter leur immense pudeur commune et ne divulguera point ce qui serait peut-être le plus important dans leur relation, le carburant essentiel qui réchauffe leurs corps et leurs coeurs comme un grand feu éternel, les rendant lumineux d'amour, de bonheur et de joie. Baissons donc le voile sur leur sexualité équilibrée, nourrie et tendre et orientons plutôt le projecteur sur l'humour décalé constamment pendu aux lèvres, une forme d'élégance naturelle et un respect mutuel immense, de la bonne musique, un chien obéissant donc adorable, une grande cheminée qui fume un peu, des livres plein les murs et des produits du terroir à boire et à manger. Voilà la recette qui fonctionne si bien pour eux depuis l'école primaire. Rien ne les opposait jamais, ou jamais très longtemps. Si, une seule petite chose : Marjorie fumait beaucoup plus que la cheminée, et en toutes saisons.


Le "Quatorze-Deux" de l'année suivante, Antoine lui offrit un Opinel orange, avec son cordon en cuir au bout du manche. Sensé remplacer le Laguiole en corne que Marjorie avait probablement laissé en haut du Barlonguère l'été dernier avec ce couple adorable de Japonais. Certainement bien vu ce cadeau, mais pas drôle du tout ! Il ne savait pas très bien pour quelles raisons mystérieuses il avait raté sa cible ni pourquoi ce couteau semblait aussi bien accueilli par Marjorie qu'un inspecteur de l'URSSAF qu'elle ferait asseoir dans son salon ; aussi agréable et rassurant qu'un motard de la Police, les narines écartées, vous demandant vos papiers, bégayant et reprenant son souffle après une course poursuite de plusieurs jours. La catastrophe quoi ! Non, aucun doute. Antoine avait complètement raté son cadeau. Aucun effet comique. Pire ! Un nuage d'inquiétude et de superstition mauvaise assombrissait le front de Marjorie qui s'empressa de fouiller dans son sac à main pour lui donner immédiatement une pièce de un euro. Le sourire crispé de ses lèvres masquait mal la colère des sourcils. 

- Mais enfin mon Toni, offrir une lame ou un couteau, ça coupe l'amitié !… Tu le sais bien. Tiens, prends cette pièce de monnaie.

Antoine prit la pièce et la fourra dans la poche de son pantalon en cachant du mieux qu'il put sa vexation. Marjorie venait d'acquérir un bel Opinel orange pour un euro, la garce ! Il ouvrit une bouteille de "Château L'Esparrou". 

- Allez, trinquons ! dit-il négligemment comme on tourne une page.

- Santé mon coeur ! Tiens, remets m'en une petite goutte s'il te plaît lui dit-elle en s'allumant une cigarette.

Mais qu'elles furent longues les blanches secondes qui suivirent. Avec Marjorie, il ne pouvait y avoir le moindre trou dans la conversation. Alors huit secondes de silence, c'est une inquiétante éternité pour Antoine qui n'écoute alors que son instinct et part à l'assaut :

- Je ne suis pas un ami !… Ça ne peut pas couper notre amitié, je suis ton amour… Va mourir avec tes superstitions de merde !

- Mais non, bien sûr ! Ne t'inquiète pas, c'est cool, tout va bien… Mais ne le prends pas mal mon coeur, j'ai un mauvais pressentiment… Tu me connais, ce n'est pas très bon quand j'ai de mauvais pressentiments… Ils se réalisent toujours.

- Ouais, c'est vrai, c'est marrant ça, ce sont toujours les mauvais qui se réalisent. T'aurais pas au magasin des pressentiments heureux, genre, je vais gagner une fortune au loto, un truc comme ça ?

Ne relevant pas la remarque pourtant pertinente, Marjorie poursuit :

- Tu te souviens de ce Parisien qui voulait à tout prix faire le Maubermé par le nord,  l'hiver dernier ?

- Il était de Rouen. 

- Oui, c'est pareil !… Ben, je n'ai pas voulu qu'il fasse cette sortie. Je ne le sentais pas. Côté espagnol, sans problème mais cette face Nord est dégueulasse…Et puis pas avec lui… Pas en hiver… Pas cette fois… Il n'a rien voulu savoir. Alors j'ai dû lui dire de se trouver un autre guide et on l'a retrouvé mort avec Enzo au-dessus du refuge d'Uretz. Tu t'en souviens ? Une chute de plus de deux cents mètres… C'est moi qui aurais dû la faire cette sortie… Ça me tue de repenser à ça… Et puis Enzo, il fait chier lui aussi… Il savait que ce n'était pas bon… Va savoir ce qu'il lui à promis ce p… de Parisien. Je sens ces trucs là, je le sens trop, je n'y peux rien, c'est comme ça !… 

- Arrête avec ça… Tu n'y es pour rien. Tu fais tes choix, Enzo à fait le sien, c'est la vie, c'est pas de chance, la montagne est une mangeuse d'hommes, ce n'est pas nouveau, on le sait non ?… Et Enzo est un super montagnard, il n'aurait jamais rien accepté s'il ne le sentait pas. C'est un accident.

Antoine traverse la pièce et monte le son de la chaîne Hi-Fi.

- Ecoute ça, c'est géant, "I'd rather go blind", une magnifique reprise du Blues d'Etta James par Beth Hart & Joe Bonamassa… Une pépite ! Rien que du bonheur, lui dit-il en la serrant très fort dans ses bras. Il l'embrasse dans le cou et après quelques phrases musicales, il lui chuchote dans le creux de l'oreille :

- Il était Normand ton Parisien…

Le visage de Marjorie s'illumine d'un tendre sourire. Le souffle doux et chaud de l'amour chassait instantanément la brumeuse inquiétude sur son front qui se déridait au rythme des accords de guitare. 

- Un Opinel pour la Saint-Valentin, mais tu es sérieux ?

- Allez, tu m'emmerdes, c'est bon ! Donne-le moi, je le garde ce p… de couteau, ce n'est pas un souci.

- Ah non, pas question ! C'est mon cadeau. 

L'Opinel orange évitera ce soir là la corbeille capitale et le purgatoire du pétrin.  Marjorie l'aura toujours dans sa poche désormais.

Puis ils se mirent à danser au milieu du salon sur ce Blues qui faisaient aboyer Trek de terreur. 



Mais Antoine est là, affamé sur son canapé, seul devant le feu qui s'éteint. Le retour au présent, à cette réalité tangible est toujours  une douce violence à laquelle il ne s'habitue pas. Il est à la recherche dans ses souvenirs et son histoire du moindre indice, de la plus petite anecdote, du plus insignifiant détail qui pourrait lui fournir les précieuses informations pour expliquer en partie la disparition et les secrets de Marjorie. Il convoque son passé encore et encore, fouille comme un archéologue dans les ruines d'un temple détruit, enseveli. Ce retour aux préoccupations quotidiennes - ménagères la plupart du temps - lui fait toujours l'effet d'une perte de temps inutile mais son nouvel ami William Grant s'est solidement installé sur la table du salon depuis quelques mois et joue ce rôle pervers de passeur corrompu entre ces deux mondes. C'est William Grant, qui par de petites gorgées d'une rudesse vaporeuse délie les noeuds que le quotidien lui fait dans la tête. 

- Allez ! Ce n'est pas tout ça, mais il faut grailler un peu maintenant !

Pas de jambon/Spaghetti ce soir comme décidé tantôt mais plutôt une bonne purée au fromage et un steak haché au poivre. Le ventre sauvagement rempli, son esprit sera bouffé à son tour par les petites scènes quotidiennes de naguère. Un brin de vaisselle, le film à la télé à commencé depuis belle lurette, et même dans ce polar de série B, il y trouve des pistes et des questions nouvelles à explorer.

- Il doit y avoir une lettre, un mot laissé quelque part, un indice, elle ne peut pas nous avoir abandonnés comme cela... Tu crois réellement à l'accident toi ? dit-il en s'adressant à un Trek incrédule.


Ses pensées le conduisent alors dans l'atelier du sous-sol, au milieu des skis, des cordes, de toute la quincaillerie du grimpeur, des sacs, des paires de chaussures, au milieu de tout ce bazar qui sentait bon le fart et les grands espaces. Antoine semblait surprendre et déranger Marjorie qui travaillait sur le manche en bois de son Opinel avec le pyrograveur branché sur l'établi. Le couteau serré dans l'étau, elle protégeait son travail du regard d'Antoine comme s'il s'agissait d'un secret.

- Non, je ne veux pas que tu regardes pour l'instant, c'est une surprise lui dit-elle avant même qu'il ne pose la moindre question.

Il ne la calcula même pas, décrocha dans un grand sourire sa paire de raquettes, prit ses bâtons et sortit faire la trace dans les premières neige de l'hiver. Tandis qu'il franchissait le seuil de la porte :

- A ce soir mon Ange !

Ils avaient prononcé cette petite phrase au même moment.



Une autre fois, quelques jours avant, il se revoit à l'attendre au volant de sa voiture sur le parking du cabinet médical du Docteur Talazac. Elle n'avait pas souhaité se faire accompagner. Elle en est ressortie ce jour là totalement détruite, déconfite, blanche, morte.

- Ma Marjorie est véritablement morte ce jour là ! 

Pas un mot sur la maladie, les mâchoires serrées, invoquant une gêne indéfinissable et récurrente, un problème musculaire banal, des crampes incontrôlées et une perte de puissance musculaire, quelques petits troubles de la motricité un peu problématique pour un guide.

- Mais ça fait des semaines qu'on tourne en rond avec ça. Personne ne peut te dire ce que c'est au juste ? Et tous ces examens que tu as faits à Toulouse, ça donne quoi ? Tu en sais un peu plus ?

- Ils procèdent par élimination. Ils ne savent pas vraiment ce que j'ai je crois. L'IRM n'a rien montré, ou a permis d'éliminer des hypothèses. Mais là, il a reçu les résultats des examens neurologiques et de l'électromyogramme… Ben ce n'est pas génial. C'est une p… de merde qui m'empêchera de te donner des enfants…

- Tant mieux ! C'est une bonne nouvelle pour moi ! Pas de morveux qui se remplissent de Nutella… On reprendra un clébard, c'est bien plus peinard !

Il n'était pas très loin de le penser sincèrement. 

- Il faut vivre chaque jour comme si c'était le dernier poursuit-elle. Je veux  profiter de chaque minute et ça commence là, maintenant, aujourd'hui. Tiens, je t'invite au restaurant ce soir mon coeur, tu veux ?

Avec le recul, Antoine se demande toujours comment elle a pu trouver en elle cette force phénoménale pour réagir de la sorte ce soir là. Elle semblait presque insouciante et heureuse. 



Trois jours plus tard, le soleil était durablement installé sur les montagnes. Elle prit un petit sac à dos de vingt litres, le minimum d'équipement, et me laissa un mot comme à chaque fois qu'elle partait :

Mon Amour,
Je suis allée faire un petit tour au Pic des Trois Seigneurs, j'ai pris tes raquettes et tes bâtons. Je suis seule et j'ai laissé Trek chez Véro (trop de neige pour lui). Je t'Aime plus que tout Mon Coeur. Ne l'oublie jamais… Jamais.
M.moi, 
Vendredi 14 février 2014 => départ à 10h10.
PS : peux-tu faire des petites courses STP (la liste est sur le frigo).

Antoine remarquait aussitôt qu'elle ne lui donnait pas l'horaire approximatif de son retour comme ils en avaient pris l'habitude chaque fois que l'un d'eux partait. Mais le Pic des Trois Seigneurs étant une balade tellement simple, si facile à faire qu'il ne pouvait pas raisonnablement s'inquiéter une seconde. Il a passé de vraies nuits d'angoisse en sachant Marjorie sur des parois techniques, des faces Nord diaboliques dans les alpes, en Suisse, en Italie… Mais là, le Pic des Trois Seigneurs, non, franchement, c'est une simple respiration pour le repos du corps et de l'âme. Ils y allaient tous les deux lorsqu'ils étaient tout gamins, c'est une sortie que l'on fait un peu comme on va aux champignons ou chez son fromager. Sauf tout le respect que l'on doit à la montagne, les inquiétudes d'Antoine étaient ailleurs ce jour là.


La liste des commissions était bien sur le frigo :

- Confitures, biscottes, miel
- Haricots verts, petits pois carottes, purée
- Asperges (2 bocaux), salades 
- Râpé, beurre, yaourts, compotes
- Café, Thé à la Bergamote, sucre en morceaux
- Oignons, pommes de terre (Roseval)
- Tu es mon Amour. Je t'Aimeeeeeeeeeeeeee


Lorsqu'Antoine déclencha les secours à la nuit tombée, il fallut attendre les premières lueurs du jour le lendemain matin. Il accompagna ses copains du Peloton de Gendarmerie de Haute Montagne en hélicoptère. La météo était anticyclonique, pas de vent, une visibilité parfaite. Dans ses jumelles, Antoine vit le premier, tout près de l'arrête sommitale, juste au pied de la croix du Pic des Trois Seigneurs, la veste jaune, le corps inerte de Marjorie qui gisait là, allongée sur le dos dans la neige, ne laissant que peu de place à l'hypothèse de l'accident.

L'hélitreuillage achevé, le Docteur Talazac et Antoine se précipitent sur le corps de Marjorie. Elle avait le visage détendu, confiant, paisible et presque souriant de celle qui avait accompli avec succès sa dernière course et voulait en terminer là-haut. Arrivée au sommet de la montagne, elle continuait encore de grimper pour respirer l'odeur du Ciel et peut-être devenir un Ange, qui sait ? Elle était si belle et possédait la joyeuse sérénité de celle qui venait de conquérir son Everest. Son regard semblait implorer un infini pardon et sa dernière pensée s'était sans doute envolée vers le coeur de son Antoine.


Un chocard à bec jaune décrivait des cercles serrés et des vrilles aériennes dans le ciel azuré. A cet instant précis, Antoine avait très envie de croire en la réincarnation. Il lui plaît aujourd'hui d'imaginer que l'âme de son amour perdu fait de grands huit au ras des falaises et vient picorer son casse-croûte sur les sommets.



Marjorie avait bien rangé les raquettes, le sac et les bâtons puis s'était allongée dans la neige comme on le ferait pour piquer un petit somme. Elle tenait dans sa main droite entrouverte, l'Opinel Orange sur le manche duquel était gravé sept lettres noires : C.H.A.R.C.O.T





Sclérose Latérale Amyotrophique, plus connue sous le nom de Maladie de CHARCOT. La paralysie progressive de tous ses muscles y compris respiratoires est inéluctable. Sa vie ne se compterait plus qu'en mois. Une cinquantaine tout au plus. 

Antoine ne saura jamais si c'est la montagne qui a secrètement administré une dose mortelle à sa Marjorie ou si c'est elle qui a souhaité tirer sa révérence et sortir par le haut tant qu'il lui restait un peu de mobilité en avalant une trop forte dose de somnifères au sommet de sa courte vie.

Il cherchera encore et toujours des explications rationnelles et lui en voudra un peu de l'avoir laissé dans le secret. Il s'en veut aussi de ne pas avoir su détecter ce p... d'acrostiche contenu dans la liste des commissions. Mais aurait-il pu intervenir, parler, l'aider, la retenir ou l'accompagner ? Il est secrètement fier et admiratif qu'elle ait eu ce panache. 

Marjorie mettait du "CHARCOT" partout où elle le pouvait et Antoine n'a probablement pas fini ses découvertes. 


Mais il ne pourra s'empêcher d'avoir une petite pointe de superstition coupable. Que serait-il arrivé s'il lui avait offert un classeur en éponge ou un encrier en paille au lieu de ce maudit Opinel orange ?

- Offrir une lame... Pfff ! Superstitions de grand-mères ! 

La mort, la maladie, le handicap, l'euthanasie, le suicide, la solitude, la fin de vie, de tout cela, ils n'en parlaient jamais ensemble. Tous ces risques acceptés étaient intégrés dans le quotidien comme l'obscurité inéluctable de la nuit. 

La mort faisait partie intégrante de leur quotidien et ils acceptaient cette fatalité en tuant le silence qui pouvait l'évoquer en prenant la fuite comme ils savaient si bien le faire en se cachant derrière un humour noir dévastateur, d'autres fois en étant un peu plus sérieux, plus graves et plus profonds.




Et puis ces deux lettres apportées par le Docteur Talazac le lendemain matin.

Les analyses montrent bien qu'elle a un peu forcé la dose des somnifères... Et puis il y a également ce petit mot tout simple écrit à l'encre rouge et retrouvé sur elle, là-haut, dans la neige, au sommet du pic des 3 Seigneurs :


Mon Amour,
J'ai eu Luigi au téléphone. Il aurait souhaité que je fasse une amicale pression pour convaincre Cristina d'accepter de faire une télé avec les sponsors et l'organisation de l'Ultra Trail de Cortina… 
Je n'ai pas osé le sortir de ces confusions pour essayer d'en apprendre davantage sur ma belle-soeur… Alors comme ça, en Italie, je suis ta soeur et Cristina est ta femme depuis plus de quatre ans ?
OK... OK...
C'est un choc pour moi d'apprendre ça ! Tu comprends ?
Est-ce par un amour aveugle ou par la hantise de découvrir une vérité impossible à supporter que  j'ai choisi le silence et l'absence pour donner une petite chance au doute ? Alors, j'ai souhaité te faire croire que je n'en savais rien, mais le courage de me taire aujourd'hui me manque. Je t'écris.
Tout s'en va... À ma déchéance physique inéluctable s'est ajouté l'infamante détresse d'une femme amoureuse mortellement blessée.
Je suis détruite. Je suis perdue.
La vie, l'amour, la santé, la joie, la confiance, l'espoir. Tout fout le camp ! Pardonne moi de n'avoir plus la force ni le temps de vérifier quoi que ce soit. Ces conneries me semblent si contraires à ce que nous sommes. Nous sommes des GUIDES Toni, tu sais ça ?  Toi qui me disais si souvent : "la montagne ne ment jamais, elle !..."
A Dieu.
Marjorie


Les sommets alentours renvoyaient à Antoine l'interminable écho du cri affreusement silencieux de la solitude et de cet impuissant regret de l'inaction qui va grandissant.



Toulouse, le 02 mars 2015
  • quand ce fichu site de WLW tourne à l'envers, ce sont les textes essentiels comme celui-ci qui ne filent pas droit et se perdent dans les limbes du net !! Et c'est dommage. vraiment.

    Alors je reviendrai relire cette magnifique nouvelle. Et tacherai de faire la "pub" qui va bien à ce moment là...
    Pour le fond comme pour la forme. Ecriture dense et forte en émotion, il y là tout ce qui s'inspire le respect, le mien en tout cas.
    Chapeau bas, Patrick !!

    · Ago over 4 years ·
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    wic

  • Magnifiquement écrit. J'en ai les larmes aux yeux…

    · Ago over 4 years ·
    Avatar

    nyckie-alause

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