Marche nocturne

aisling

Ce soir je devais rejoindre une personne qui habite le village d'à côté. J'ai décidé d'y aller à pied, ce qui me demande 1h40 de trajet environ. Je suis partie vers 21h20.



      Il faisait encore un peu bleu même si le soleil était couché. Les nuages flottaient dans le ciel en absorbant toutes les lumières environnantes. Gris, bleu, orange, jaune. À la sortie de mon village j'attrapais une grappe de fleurs d'acacia.


Les chauves-souris dansaient au-dessus d'une partie de la route. On aurait dit des petites fées d'ombre, que l'on ne peut apercevoir que lorsqu'elles se découpent devant le ciel, par contraste. Presque invisibles à l'œil humain, trop aléatoires, trop vives. J'ai longtemps essayé de les regarder. Puis j'ai repris mon chemin. J'avais finis la grappe de fleurs.

* * *


Je suis surprise par tous les bruits de la nature. Les oiseaux, qui ne dorment pas malgré la noirceur, les grenouilles, les crapauds, les grillons, le vent dans les feuilles, les chiens au loin qui hurlent comme des loups modernes. Je fais un vacarme très différent avec mon sac sur le dos et mes chaussures grinçantes. Tout cela m'effraie un peu. Ça me fait du bien. J'avais oublié.

* * *


Plus loin alors qu'il faisait nuit noir je m'approchais du bord de route. Des panneaux signalant des travaux ou un accident m'avaient interpellés. La route que j'empruntait zigzague sur les flancs de ravins ce qui fait qu'elle se situe à une certaine altitude. Le dénivelé négatif n'est pas toujours très raide et il est parfois possible de descendre jusqu'à la rivière en contrebas en s'aidant des arbres. Je connaissais cette route par cœur, et ces panneaux inconnus m'intriguaient. J'allumais ma lampe torche, allais voir de plus près. À quelques mètres en contrebas, de la terre beige tassée en une sorte de plateforme. Des travaux donc. J'observais un peu. D'un coup des branches craquent dans la broussaille à ma gauche. Mon cœur s'accélère, ça fait beaucoup de bruits. Je pointe la lumière dans sa direction. La bestiole sort de derrière l'arbre, part en courant vers la droite en contournant la plateforme, cachée à moitié par quelques chênes rachitiques. Pas eu le temps de voir ce que c'était. Juste un bout de ventre et une patte brune. Trop rapide, ou moi trop ébahie. Le sol a tremblé quand il est passé. Ça devait être un sanglier. Mes yeux sont écarquillés et ma bouche encore ouverte. Je l'avais machinalement suivis avec le regard de la lampe. Maintenant il gigote dans les végétaux secs de la garrigue, un peu en avant à côté du chemin. Je ne veux pas l'effrayer, il pourrait faire une connerie. J'éteins la lumière aveuglante et lui parle doucement. Je le dépasse, et continue ma route. Un peu plus loin et à plusieurs reprises, des bruits semblables aux siens se font entendre dans les fourrés des deux côtés du chemin. Je dis bonsoir à tous ceux que j'entends. Pour les calmer.

* * *


J'aperçois la ville en contrebas, loin. Elle est toute orange de lumière électrique. Je me crois un être de la nature qui regarde la limite entre deux mondes. Le miens est entièrement noir et dense et touffu. Entre quelques lambeaux de nuages gris, la lune m'éclaire de ses rayons pointus. Je me sens bien.


[Et tout d'un coup les nuages se sont déchirés et j'ai vu le ciel nu. Les étoiles brillantes chacune allant de sa couleur. La lune sublime en croissant de blanc. J'ai continué, le regard rivé en l'air. Puis un lampadaire solitaire est apparu au loin. Sa lumière répondait à celle de la lune, deux astres clair, l'un pour le ciel, l'autre pour la terre. J'ai avancé vers lui. Sous son dôme, j'ai écris quelques lignes (celles-ci). Et j'ai repris mon chemin.]



Je suis presque arrivée, il me reste environ vingt minutes de marche. La route était déserte jusqu'à présent, donc pas besoin de lumière. Mais là les voitures commencent à affluer, j'en ai croisé trois. Elles me dérangent, moi qui étais habituée au rythme de la nuit sauvage. Elles m'aveuglent et me sourdent dans les oreilles. Je m'arrête au belvédère. On vient me chercher pour le reste du chemin apparemment. Bon. Je regarde une dernière fois les étoiles et les lumières en contrebas. Le vent est onctueux. Faudra vraiment que je me refasse ça une nuit prochaine.









  • Bonjour c'est un très joli texte. ça serait bien de repasser tous les verbes au présent (simple remarque), vous n'avez pas besoin de l'imparfait ou du plus que parfait...
    ça casse la lecture :)

    · Ago over 1 year ·
    Maternit  orig

    fragon

    • En fait j'utilise un présent de narration. Les temps du passé me servent à décrire une ambiance, le présent à révéler une émotion ou un ressenti. Je ne sais pas si je respecte les règles de la narration (c'est probablement pour ça que vous percevez une sorte de cassure) mais c'est la manière la plus juste de transcrire cette marche. Entre la netteté de l'instant et le rêve du souvenir.

      · Ago over 1 year ·
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      aisling

    • N'écoutez les conseils de personne :)

      · Ago 5 months ·
      Rue barree kc1 19p

      Edgar Allan Popol

    • :)

      · Ago 5 months ·
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      aisling

  • je fais suivre

    · Ago over 1 year ·
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    Gabriel Meunier

  • gé-nial ! j'ai connu les scouts, les raids nocturnes... mais maintenant des deux mondes "le mien(s) est entièrement noir et dense et touffu" s'est fait dévorer écraser piétiner empoisonner par fée électricité...

    · Ago over 1 year ·
    Autoportrait(small carr%c3%a9)

    Gabriel Meunier

    • Voir un monde auquel on tenait d'amour se faire détruire est toujours très triste...

      · Ago over 1 year ·
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      aisling

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