Mon évidence

sugar

On s’est rencontrés il y a de ça sept ans, marié depuis trois.

Il est mon évidence, c’est ça, mon évidence. Notre amour est sincère, réel. Il sait tout de moi, j‘en sais moins de lui, mais je sais. J’ai racontée, j’ai dis et avouée les choses les moins drôles au plus belle. Il a comprit ma faiblesse, ma fragilité, mes effritements, les moments où je sombre il est présent, il sait que je suis difficile mais il m’a dit tout simplement :

« Tes brèches et tes fissures, je les aime, je les aime car elles font partie de toi, elles font ce que tu es, la personne que tu es devenue. Entière. »


J’avais peur que mes différences l‘effraie, non il est resté, avec moi. Et enfin je me suis accepté, telle que je suis, telle que j’ai été. Il est ma force. Il est ma délivrance.


Il est militaire. Il part, reviens quelques mois plus tard, il me manque souvent, toujours. Mais il revient, toujours.


Il y a un peu plus d’un mois on m’a appelé, on m’a dit qu’il y avait eu un problème sur le terrain, qu’ils n’arrivaient plus a contacter l’équipe. Une attaque possible. Je n’ai pas bien compris les détails, mais mon mari avait disparu, il ne reviendrait probablement pas me retrouver cette fois ci. Il revenait toujours. Il me le promettait.

Alors je me suis assise, je n’ai pas pleuré, je n’ai pas crié, je me suis juste assise là, a même le sol. Je ne sais pas pendant combien de temps je suis restée ainsi a fixer la porte, quand je me suis relevée il faisait nuit. Ma tête était vide de tout, je ne sentais plus mon corps, je ne sentais plus rien. Mon cœur s’engourdissait lentement. Je me suis glisser sous la douche, aucune notion de temps, ça n’avait pas d’importance, j’ai laissé l’eau coulée, emporté mon être. Et je suis allée dormir, de son coté. Dans son odeur j’ai cru crever.


Au réveil, j’ai senti sa présence, je me suis levée le cherchant partout. Je ne l’ai pas trouvé. Je crois avoir mangé mais rien ne passait, je n‘étais plus. Beaucoup trop de questions, beaucoup trop d’incertitude. Je ne sais pas, peut-être était il toujours en vie quelque part, peut être reviendrait-il. Oui surement, ça devait être ça, il reviendrait c’est sûr. Alors je l’attendrais. Il reviendra, il la promit. J’ai sourit. Mon cœur s’est réveillé. Oui je l’attendrais, il va revenir.


Il y a une semaine ils sont venu me voir, me dire qu’ils avaient découvert leur véhicule, carbonisé, une bombe. Beaucoup de reste éparpillé, aucune identification possible, pas de témoins, désert total. Ils ont dit qu’il était mort. J’ai claqué la porte. Je ne voulais pas entendre ça, je ne voulais pas de ça. J’ai fermé les yeux en dernier recourt, effacé leur paroles, les oubliés, les enfouir, il va revenir. Puis j’ai pris conscience.

Je me suis brisée sous l‘effroi, dissous sous la douleur, j’ai cru étouffer dans cette souffrance qui m’envahissait, me piétinait, j’ai hurlé, si profondément que mon corps s’entrechoquait. Mes jambes ne pouvait plus supporter ce corps courbé de terreur, elles ont lâchées. Je brulais de colère, de rage mon cœur était en flamme, il me dévorait, consumait chaque parcelle encore intacte. Ce n’était pas de la tristesse, c’était du désespoir, de l’horreur pure qui ravageait mon corps, le labourait de coup plus dur les uns que les autres, plus tranchant, le défonçait de douleur. J’ai balancé tout ce que je pouvais, je voulais faire sortir cette horreur de moi, il n’y avait pas assez de place en moi pour tout ça, j‘implosait tellement je débordais, j‘éclatais a n‘en plus finir, j’ai frappé nos murs, j’ai crié, pleurer je n’étais plus que ça, un corps douloureux, meurtrit, en feu. Je ne voulais pas le perdre, pas perdre notre amour, nos années à vieillir on devait y avoir droit, on avait encore tant a se partager, on devait se vivre encore ! Encore ! Je voulais le vivre lui. Encore s’il vous plait, encore ! Ne me laissez pas seule ! Puis plus rien, un crépitement et je me suis évanouie dans nos débris.

J’ai passé une semaine dans le corps d’une autre, une ombre. J’ai organisé l’enterrement, je voulais faire ça vite, je faisais ce que j’avais à faire mais la nuit je le retrouvais, je m’enfouissais de son odeur, elle s’affaiblissait mais était là, j’étais avec lui. Il était avec moi. Je riais de son sourire. Seule dans nos draps. Ses paroles revenaient sans cesse à mes oreilles, ses chuchotements revivaient, les souvenirs m’assaillaient et je restais là avec eux je ne voulais pas les quitter, il ne fallait pas, je ne pouvais pas les laisser s’en aller, jamais.


Cet après-midi alors que j’étais enfoui dans nos souvenirs, léthargique de chagrin, le téléphone a sonné, je l’ai laissé vibrer dans cette maison si vide. Il s’est remis a sonner, tant bien que mal je me suis extirper de ma torpeur  pour l’attraper, je l’ai glissé à mon oreille, me suis affaissé et ai écoutée. Tout ce qui me parvenait c’était des grésillements, des interférences, bruits assourdissant dans mon silence. Puis au milieu de ce vacarme une voix s’est élevée.


- Anna? C’est moi Anna, tu m’entends? C’est moi ! Anna je suis là.

Evidemment.

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