Mon impossible idylle

Elodie Legale

Je commence ma journée à 7h le matin. La douche d'abord. Une eau bien chaude me sort de mon sommeil. Tapissé au fond d'un filtre de papier, je m'éveille. Je me délecte de cette eau, je m'en nourris jusqu'à ce qu'on ne forme plus qu'un.

Goutte à goutte, je tombe au fond de la cafetière. C'est un peu comme faire un saut à l'élastique chaque matin. Sans élastique. La chute est un peu brutale, mais je n'ai même pas mal.

Puis elle arrive. Mon aîmée. Le bras droit chargé d'un bébé elle s'empresse d'agripper la poignée de mon bocal de verre et me déverse dans le plus gros mug de la maison. Son préféré.

Heureux comme tout, je libère mes arômes dans toutes les pièces. Je viens chatouiller ses narines car je sais qu'elle adore ça. 

Comme je suis trop brûlant pour elle, elle ne me porte pas à ses lèvres tout de suite. Je me console en me disant qu'on garde toujours le meilleur pour la fin. 

Alors en attendant la température idéale, notre moment à tous les deux, je tourbillonne autour de sa petite cuillère. Parfois, je reçois la visite d'une tartine grillée beurrée, je l'aime bien, mais c'est une vraie tornade. Vous verriez le foutoir de miettes et de beurre que son passage laisse !

Quand vient enfin le moment d'être bu, elle me souffle un peu dessus. Puis je viens caresser ses lèvres. Si seulement ce moment pouvait durer. Mais il est toujours interrompu par un va-et-vient incessant. Elle se lève, se rassoit, reçoit encore des fichus notifications de son téléphone. Le bébé pleure, et je sais qu'il est sa priorité. Alors je l'attends, je ne dis trop rien.

Vers 8h, juste après le moment d'agitation générale des manteaux qui se mettent, des chaussures qui claquent sur le sol, et des pleurs d'enfant, le calme revient.

Il ne reste qu'elle et moi. Et ce moment que j'ai attendu pendant une heure entière. Mais maintenant je suis froid. Pourvu que cela ne la dérange pas.

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