Monologues tempor(é)els

yaourtvert

Un début à mon projet de monologues. Sur l'homme, la femme, et leurs multiples facettes. Texte 1

" Je... Je vous regarde. Je... Je vous observe, je vous détaille, je vous... compare... Que vous soyez plus ou moins intéressant, même si vous êtes laid, je vous épie. Tous.
Depuis que je vous vois, je suis devenue.
Cela a commencé un peu avant mes vingt ans quand j'ai compris que je n'étais pas quelqu'un digne d'intérêt. Je me trouvais alors terne et ridicule face à vous autres. Je me différenciais peut-être par mes vêtements et mes cheveux mais je ne m'en sentais pas moins invisible.
Je me rappelle vouloir entrer dans le métro et devenir le centre de l'attention. Mais je ne pouvais l'être car je ne dégageais rien. Rien qui n'en vaille la peine. J'étais cette masse sombre mais grise, impure, se fondant parfaitement dans les pollutions urbaines. Et, quand je marchais dans la rue mon pas que je croyais sûr était en fait hésitant. Je n'avais pas compris, encore, que "rayonner" ça s'apprenait.
Je voyais en chacun de vous ce que je voulais être. Je vous jalousais, je suis une part de vous maintenant. Quand vous êtes assise, je suis vos jambes croisées, quand vous vous levez je suis cette main délicatement posée sur vos hanches, et si vous êtes un homme, je suis la nonchalance avec laquelle vous fumez votre cigarette. J'ai choisi d'être moi et vous tous à la fois.
J'ai trouvé mes attitudes dans le métro, j'ai trouvé mes opinions dans vos journaux, et mes sentiments dans tous vos romans.
Ne suis-je donc pas la créature la plus humaine au monde ?
Je vous ai volé vos prières, je vous ai volé vos chansons, vos singes arctiques et tous vos mots encrés. Je vous plagie sans cesse. Je suis une impostrice.

Quand je me regarde dans le miroir et que je me détaille, je ne me vois plus. Je vois les yeux de mon père, les traits de mon frère, la bouche de ma mère. Je vois des cheveux paternellement familiaux et un regard profondément maternel. Mes formes quant à elles viennent d'un lointain souvenir de femme callipyges. Mes seins, pourtant, sont parfaitement miens.

Chaque partie de vois s'imbrique en mon être. Je ne voudrais pas pour autant être quelqu'un d'autre. Ma différence est dans nos convergences. "

Signaler ce texte