MonoPolis

elyde

Il s'agit d'un poème qui retrace le parcours de différents individus se situant à divers étages de la cité et qui donnent leurs sentiments sur la modernisation de la vie et sur leur ville du futur.

MonoPolis


Hier, je ressentais les éléments,

l'eau de la mer

les rafales de vents

le gel des hivers.

J'aimais ces décors que j'ai fini par quitter

pour embrasser la ville et ses tourments.

Avec l'arrogance de la jeunesse je suis venu défier

les gratte-ciel de métal et de verre,

les ponts d'architecture machiavélique.

Les voies ferrées qui sournoisement s'alambiquent

aux routes psychédéliques.

Comme ébloui par un trésor,

j'ai cru un instant avoir trouvé l'Éden.

Au cœur de la grande pomme, j'ai désiré tous ces ors

et par ses folies ininterrompues j'en oubliais mes peines;

La ferme dans le Colorado, le stenton et le troupeau !


A bout de terres, je vole à mille airs.

Les manettes collées aux mains,

je suis pilote d'un F16.

Un dernier regard sur les vestiges d'un père

absent définitivement de mes lendemains.

Tête brûlée, je rase les falaises.

J'envoie les gaz pour percer le ciel gris

qui désormais recouvre nos cités.

Les volutes de kérosène inondent mon être,

et je file telle une lame affutée,

lacérer les nuages mélancoliques.

J'ai quitté les miens sans un regard en arrière,

je voulais juste boire cette ivresse,

me sentir vivre en pleine vitesse.

Comme une astéroïde en pleine lumière.

Mais qui suis-je ? L'homme volant.

J'ai laissé mes ailes fondre à un soleil trop brûlant

pour prendre la technologie comme amant...

Ma mission : clicher ces millions de gens,

analyser, fouiller, débusquer et si l'ordre vient, exécuter !

Tel un oiseau d'acier,

je fends les ténèbres pour affirmer les punitions divines.

Que je sois maudit si je faillis, mais l'ère des machines est en marche !

Je ne suis qu'un point sur la cime

prêt à débusquer la moindre cache.


Midi, aucun rayon dans l'appart',

j'habite le 15 ème étage d'un immeuble

géant et bourré d'amiante.

En filigrane, dans ma tête, la carte

d'une ville sans rues, d'un conte sans fables.

Comme dans la pièce de Dante,

je vends mon âme au plus offrant

pour avoir une chance de quitter

la grisaille de mon avenir.

De prendre le train à temps,

et investir le cœur de la cité,

là où les Hommes explorent leurs désirs.

Le bitume du trottoir fond sous mes converses.

Suis-je en train de perdre pied ?

Les journaux titrent sur la controverse

qui nous réduit à de simples bestiaux alignés,

asservis par nos produits virtuels.

Errant dans un monde surréel

à bouffer du Hi-tech à tous les repas.

Vivant dans l'oubli des choses sacrées

à vouloir tuer père et mère pour rester connectés...

Troquant les livres contre un écran,

la jeune plèbe a choisi son camps.

Le débit face à votre sédentarité.

Nous décoller des bancs d'écoles

et refuser vos vies trop silencieuses.

Nous casserons tous vos protocoles,

pour que la connaissance redevienne lumineuse!


Dans mon bac à sable,

le château n'a plus de princesse.

Dans mon cartable,

un amas de détresse

qui transite par câbles.

Les méthodes ont changé

mais la haine est la même.

Quelles soient cachées dans nos profils facebookés

ou logées dans de profonds abîmes.

Le feu passe au vert

et je m'engage sur le passage de la vie,

sous le radar métallique

de la boite en fer qui surveille la Terre.

Dois-je avoir peur qu'elle m'épie ?

Qu'elle me fiche, qu'elle me flique ?

L'avènement de Big Brother

est aujourd'hui la gloire

d'un monde libre.

Filmant du matin au soir

les villes et leurs déboires.

Garants de l'équilibre,

vive les drones,

héritiers du trône,

qui pourront assurer la pleine sécurité,

celle qui nous a manqué

quand les deux tours se sont effondrées.

A jamais meurtri

par cette image de violence,

je me souviens du cri

que maman a poussé

quand les avions les ont heurté,

m'éjectant de l'enfance.

Comme un de mes dessins d'avant

il n'y a pas assez de place pour raconter l'histoire.

Faisant de moi l'adolescent

à la nano-mémoire.


Carlingue robuste à l'œil malicieux,

fleurissant dans nos cieux.

Merveille de technologie,

consécration de l'espèce humaine,

sauras-tu nous rendre le génie

que l'Homme a su insuffler en tes veines.

Ne pas nous déposséder de trop d'orgueil,

d'une liberté acquise aux prix de tant de vies.

S'affranchir d'un manteau de deuil

qui a toujours enlacé la Création.

Alchimie de cartes mère et de polymère

je réponds aux recommandations,

fuselage allégé je flotte parmi les airs contraires.

Le carbone comme seconde peau,

rien n'échappe à ma mémoire vive,

même cachés sous vos chapeaux,

je reste armé et sur le qui-vive.


La science à mon service

j'avance dans votre galaxie,

piloté par vos petits surdoués

qui adorent répandre leurs vices

à travers une tactile appli'.

La naissance d'un monde évolué.

Vous avez choisi cet avenir,

préférant la thèse informatique

comme vérité absolue.

La Nature reléguée à vos souvenirs

comme une simple bévue

de vos passe-temps révolus.

Noyant vos consciences

dans de chimères conquêtes.

Je prends ma pleine puissance

et je déploie mes ailes de prophète

sur vos têtes occupées à surfer

dans votre prolixe internet.

Comète interstellaire,

j'inonderai les cieux

à mesure que vous fermerez vos yeux

sur vos paires.


In the future,

j'ai rêvé pour toi, mon fils, d'un air plus pur,

pas une question d'écologie à deux dollars,

juste un monde plus peace, sans bombes ni kevlar.

Où le guerrier n'a plus besoin de mourir pour des Idées !

Une terre sauvage, belle et abandonnée.

Plus aucune lutte pour la conquérir, la dominer.

Plus aucun intérêt à la mutiler.

Où faire couler le sang sera rendu aussi futile

qu'un battement de cils.

En attendant de t'offrir ce monde, son,

j'appuie sur le bouton rouge

après avoir mis dans le viseur,

la dernière icône

voulant noyer nos villes sous la terreur

mordant nos certitudes ancrées

et le bonheur de nos demeures.

Dors, je veille que les étoiles restent allumées.


Dans un dédale de poussière

je rebrousse chemin,

laissant mes peurs délétères

dans l'impasse des sentiments mutins.

Fatigué de l'agitation de la ville,

j'abandonne mon escadrille

pour rejoindre mon chêne centenaire.

A l'ombre de ses anneaux séculaires,

je ressasserais mes regrets

d'avoir éliminé tout danger...

La tête en l'air,

je contemple la mécanique aérienne

qui nous enveloppe d'une serre.

Tel un microcosme en boule de verre...

Une infusion à la réglisse

dans une main,

je regarde naitre au loin

MonoPolis.

Report this text