Monter dans un train.

sadnezz

Et autres plaisirs minuscules...

L'odeur frappe en premier. Celle de la moquette rassurante et de la poussière propre. Un mélange de tout ce qui nous repousse et de tout ce qui excite notre quête d'ailleurs. Monter dans un train, lorsqu'on a encore à peine la pointe du soulier sur le marchepied, que notre pensée se dirige forcément sur les hypothétiques conséquences de rester le pied coincé entre le train et le quai , c'est le voyage qui a déjà commencé. On ne pense pas à qui sera à nos côtés durant les heures à venir, cet invité contraint par défaut, tant que l'on ne s'engage pas dans l'étroit couloir aux sièges numérotés... On a déjà l'esprit ailleurs, à l'endroit précis où notre imaginaire enjolive la destination qui nous attend. Que l'on attend. Tous les bruits sont feutrés, comme si être dans ce train nous soulageait du monde monstrueux que l'on abandonne. Le temps d'une traversée. L'on s'est raccroché à deux bagages comme à nos dernières propriétés et soudain sans elles, avant de regagner notre siège, on est un peu naufragé. Ces heures seules avec nous même nous ramènent à un besoin indescriptible de faire le point. La voisine d'en face aussi, d'ailleurs. Elle est vieille est austère, comme une passagère qui a trop voyagé. L'atmosphère opaque qui règne nous rend fébrile, et ce n'est que lorsque le paysage s'anime enfin derrière le double vitrage embué que l'on sent cette sourde angoisse, si excitante, monter en nous. L'irréversible. Quoi qu'il se passe, quoi qu'il arrive... C'est un autre quai qui nous tend les bras. Troquer l'odeur du paisible confiné par celle du café.

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