Narcose et psychose

Raphaël B

CHAPITRE PREMIER

Ce matin de mi-juillet 2006, sur le vaste ventre de l’autoroute A666, roulait tranquillement la famille Chapin en direction de Saint-Front-sur-Lémance, en Lot-et-Garonne. Ils s’y rendaient surtout pour y visiter, entre autres prieurés et anciennes forges du dix-septième siècle, le château de Bonaguil. Selon une légende vieille d’un millénaire, le premier propriétaire de cette forteresse était capable de marcher pieds nus sur une quinzaine de mètres avec pour seul appui ses gros orteils ; mais laissons cette légende tromper la vigilance de lecteurs autrement plus crédules que vous et revenons-en à la famille Chapin.

Luc, le père, dégarni par endroits, bien qu’hirsute mais parent droit, s’ébaudissait de cette tranquillité champêtre auprès de sa femme Lucie et de son fils Lucas. Si les confins toujours plus éloignés de cette autoroute pouvaient exaspérer certains touristes, les parents Chapin, eux, s’abreuvaient de cette paix primitive. Sur les bas-côtés de la chaussée, s’épanouissaient des champs immenses où se mêlaient des teintes vertes et jaunes, ensemencés parfois d’arbres touffus, superbes et ravis de s’offrir aux estivants fugaces. Dans ce ciel d’herbage où l’avoine au loin par sa dorure lui disputait en splendeur, quelques vaches affairées à paître relevaient parfois la tête vers la route, interpellées par un klaxon turbulent. Un des veaux en beuglant demanda alors à sa mère qui des hommes ou d’eux méritaient plus le nom de « bovins ». Elle se tordit de rire quelques instants dans l’herbe en agitant ses quatre jarrets, puis lui répondit de ne pas s’inquiéter : nous aussi broutions sans grâce ; peut-être pas du sainfoin, certes, mais un crétinisme copieux dont nous faisons volontiers notre pâture.

Lucas émergea mollement de son sommeil ; un filet de bave tombé sur sa main par sa bouche entrouverte venait de l’en tirer. Après quelques coups d’œil indifférents jetés à la nature, il se plaignit auprès de sa mère d’avoir faim; on lui promit de s’arrêter à la prochaine aire d’autoroute. Toujours curieux, Luc demanda à son fils de leur raconter son rêve si toutefois il s’en souvenait ; il répondit qu’il était installé à une table d’un bois épais et ancien où il bâfrait un festin royal. Ses parents se regardèrent avec amusement, rirent de gaieté de cœur et leurs mains se joignirent tendrement. Luc était fier de sa structure familiale, l’équilibre s’y maintenait sans accroc ; il estima que son fils avait du vocabulaire, et pour l’en récompenser, lui annonça qu’à la rentrée scolaire, il recevrait un globe terrestre lumineux. Ils arrivèrent à l’aire d’autoroute dont les relents pétroliers des pompes rendaient déjà la beauté du voyage plus relative.

Content de pouvoir dégourdir enfin ses jambes rabougries, Lucas se précipita vers la station-service avec la ferme intention d’y dévorer quelques mets d’une qualité probablement médiocre mais dont il saurait allègrement se satisfaire tant sa faim se faisait infernale. Arrivé à la porte d’entrée, un homme nonchalamment accoudé au cendrier extérieur lui adressa un sifflement crapuleux. L’enfant, interloqué, et conscient du caractère obscène de ce son, se tourna vers lui et attendit d’en savoir davantage.

-Quel âge t’as bonhomme ?

-Heu… 7 ans et demi. Et j’ai déjà une signature.

-Pourquoi tu cours, t’es pressé ? Pourquoi t’es pressé ? Est-ce que je cours moi ? T’as la vie devant toi, moi j’ai un cancer, j’suis foutu.

-Heu…

Ses parents, d’une hâte un peu tardive et inquiets de voir leur fils traiter avec un inconnu, entrèrent dans la station en tirant Lucas par la main. Son père, sans toutefois faire d’esclandre, réprimanda son fils et lui demanda ce que lui voulait cet homme.

-Il m’a dit de ne pas courir ; et je crois qu’il est musicien, il a un concert et il a dit le mot « foutu ».

-Un concert ? Un cancer tu veux dire ?

A travers la porte, il jeta à l’homme un regard méfiant, et presque hautain ; on pouvait y lire « Dépêche-toi de crever, sale type. »

A peine calmé cet incident finalement assez anodin, Luc restait irrité cependant par la confusion lexicale de son fils. Le voir confondre le sens de mots pourtant simples l’agaçait; aussi allait-il reconsidérer la valeur de Lucas, et, à moins que des progrès soient rapidement réalisés, aucun globe terrestre ne lui serait offert.

La boutique comptait deux clients et la caissière. L’un d’eux, de taille assez élevée, s’érigeait d’une silhouette filiforme et malingre, ainsi qu’un teint pâle dont l’air sépulcral lui conférait une allure de mort ambulant. Ses gestes s’articulaient avec la lenteur de ceux effectués dans une piscine ou dans un mauvais rêve dont l’égarement frappe parfois les bras d’un engourdissement quasi paralytique. Sentant qu’un regard figé l’épiait à ses côtés, il posa le sien sur Luc qui, très vite, se tourna vers l’autre client. Ce second présentait une allure d’intellectuel russe : son crâne, impeccablement rasé, probablement à la tondeuse d’abord, au rasoir aiguisé ensuite, s’illustrait d’une cicatrice s’étirant du haut de l’oreille gauche jusqu’à la suture coronale. Sur un nez court et appointé reposait une paire de lunettes ronde, et au fond de laquelle de petits yeux furetaient entre les produits avec précision et rapidité. Aussi se parlait-il à lui-même ; ses lèvres étriquées si bien qu’inapparentes, et fripées de surcroît comme une peau trop longtemps macérée dans l’eau, remuaient discrètement ; un faible susurrement sournois se dissipait. Au bout des manches de sa chemise blanche, trop large pour que son corps n’y flottât pas, une paire de mains agiles, déliées et presque arachnéennes dans leur élégance, manipulait scrupuleusement les articles ; chacun semblait soupesé, examiné et estimé.

Lucie sortit des toilettes, laissant à leur tour y entrer son fils et son mari, puis s’en alla au rayon frais situé au fond du magasin. Luc fut étonné de l’irréprochable salubrité de ces lieux d’aisance (aujourd’hui, il s’accordait à les appeler ainsi); aucune odeur d’urine endurcie ni de revendications sociales marquées au feutre ne venaient gâcher son plaisir pris à vider sa vessie plus étroite que celle de sa mère devenue depuis peu incontinente et maintenant sur le point de périr. Soulagé et vaguement réconcilié avec le genre humain, il sortit des toilettes avec Lucas. Pas un des deux clients ne s’était déplacé ; une forme d’immobilisme semblait rendre vaine toute idée de mouvement. La caissière, avec une indolence théâtrale, feuilletait un magazine où étaient affichés les nombrils des plus éminentes célébrités du cinéma. Luc se dirigea vers le fond du magasin, puis en fit entièrement le tour puisqu’il n’y trouva pas sa femme, qui déjà lui manquait. Comme elle décidait de vaquer à pas comptés, en l’attendant, il s’enfila deux cafés et lut Le Parisien pour s’informer des derniers feux de poubelles survenus dans sa banlieue. Lucas de son côté comptait le nombre de pores présents sur sa main droite. Quand il en eut recensé plus de deux mille, son père s’impatienta de l’absence de sa femme. Il se rendit, pour la retrouver, discrètement aux toilettes pour dames, qu’il trouva vides, à sa grande surprise. Sur le parking leur voiture était encore garée, il l’apercevait d’où il se tenait, à l’entrée de la boutique. Il marcha rapidement jusqu’à l’arrière du magasin, seules deux bennes à ordures l’accueillirent. Sachant son amour des prés, il vérifia si d’aventure elle s’y fut installée, mais il ne l’y trouva pas languir. Il l’appela sur son téléphone ; n’obtenant pas de réponses après plusieurs essais, il s’en alla en aviser la caissière.

-Ma femme a disparu, elle n’est nulle part. C’est une grande blonde, l’avez-vous vue s’en aller ?

-Non, désolée, je n’ai pas fait attention.

Luc, s’irritant un peu:

-Je peux jeter un coup d’œil aux vidéos de surveillance ?

-Je ne sais pas, il faut voir avec le gardien. Suivez-moi.

Elle l’accompagna à la salle de sécurité, informa le gardien de la situation et les laissèrent seuls, pressée qu’elle était de regagner son siège, son tiroir-caisse et son magazine. Sitôt de nouveau assise elle se désintéressa absolument du mystère pourtant insolite et même inquiétant pour quiconque en eût mesuré le paradoxe. Elle prit le parti de mastiquer un chewing-gum sans omettre de mépriser ouvertement la convenance sociale qui eût voulu, en une époque aujourd’hui révolue, que l’on fermât la bouche aux moments de mastication.

Le gardien, un grand homme noir, certifiait n’avoir remarqué aucune blonde quitter le magasin, mais accepta, sur l’insistance de Luc, de passer les vidéos de surveillance. Effectivement, on pouvait y voir Lucie se diriger vers le fond du magasin, mais rien n’indiquait son départ ; et aucune caméra ne surveillait l’angle où elle s’était postée. Lucas entra, les yeux noyés de larmes ; la disparition de sa mère lui causait bien du chagrin. Son père l’assit sur ses genoux et reprit le visionnage.

Jules -le gardien- proposa à Luc maintenant inquiet de boire un café et de se remémorer calmement tout ce qui avait été dit et fait ; ils ne tarderaient pas à prévenir la police si sa femme ne réapparaissait pas rapidement. Le cours des événements fut vite relaté et aucune piste éventuelle ne se dégagea. Après quelques hypothèses improbables spéculées à la hâte par son désarroi croissant, il décida, avec le soutien de Jules, d’interroger les deux clients végétatifs susnommés, ainsi que le cancéreux s’il était encore dans les parages. Ils se dirigèrent ensemble vers le grand ectoplasme d’abord :

-Monsieur, permettez-moi de vous déranger ; avez-vous vu ma femme quelque part ? Elle est assez grande et blonde. Elle a disparu.

-Une femme, Monsieur, disparaît si son mari la néglige.

Hors de lui d’être déprécié en sa qualité de mari par un hom

me qui, en plus de lui être inconnu, vivait à l’évidence sans femme à ses côtés du fait de sa disgrâce cadavérique, il l’attrapa par son grand cou d’une main ferme et, décidé à couper court sa respiration, serra plus fortement encore son poing, comme pris de démence assassine. Assidu dans les obligations que lui incombait son travail, et vaillant face au danger, Jules arriva précipitamment et sépara avec lutte mais sans heurt la victime de son bourreau. Une sueur froide pour le premier, chaude pour le second, perla sur les deux fronts qui faillirent bien s’emboutir sans le secours du gardien. Lucas qui patientait auprès de la caissière partit de peur se réfugier derrière un étalage de livres.

-Si vous êtes aussi impulsif avec votre femme que vous l’étiez à l’instant, ne vous étonnez pas qu’elle se soit volatilisée.

-Si vous êtes aussi flasque en présence de femmes que vous l’étiez à l’instant, ne vous étonnez pas qu’elles se volatilisent toutes.

-Taisez-vous, d’un coup d’œil je peux soumettre et asservir l’esprit d’une femme. De toute façon je n’ai pas fait attention à la vôtre, mais où qu’elle soit, elle y est forcément mieux.

Luc interrogea le deuxième client d’un mouvement de tête :

-Moi, j’ai vu votre femme quitter le magasin d’un pas assez rapide, affirma-t-il avec au visage un air assez fourbe.

-Comment ? Il y a combien de temps ? Je ne comprends pas, j’ai regardé les vidéos de surveillance, elle n’apparaît nulle part. Vous dîtes n’importe quoi, ou alors je deviens fou.

Jules confirma que la femme n’était pas sortie du magasin. Malgré l’air sournois du petit chauve, son témoignage paraissait sincère. La stupéfaction gagna tout ce petit monde, y compris la caissière, qui venait d’épuiser les dernières ressources de son magazine culturel.

De toutes les personnes présentes, une seule restait à interroger. Ils se dirigèrent tous ensemble à l’extérieur, curieux d’entendre le témoignage du cancéreux, mais très vite la désillusion tempéra l’élan de cette escouade molle et potinière : l’homme n’était plus là.

-D’une manière ou d’une autre, je sais que cet homme a quelque chose à voir avec la disparition de ma femme, s’emporta Luc à l’intention du groupe. Je vais prévenir la police !

Il l’appela immédiatement, expliqua les circonstances, et s’efforça, comme le suggérait l’agent de police, de retrouver son calme et sa clarté. Le grand homme murmura quelque chose à l’oreille du plus petit. La caissière commençait à montrer des signes d’excitation, cette histoire gagnant en ampleur ; loin de s’en inquiéter, elle s’en amusait follement ; pouvait-on même l’apercevoir effectuer discrètement quelques petits pas de danse. Lucas quant à lui demeurait silencieux ; conscient sûrement de ce qu’impliquait cet événement, il préférait cependant laisser les adultes s’occuper de cette affaire.

L’appel se termina et avec lui les espoirs de Luc. Il tombaà genoux, comme pour s’en remettre à un dieu salutaire. Peut-être en raison de sa position prosternée, il demeurait trop terre-à-terre pour bafouiller une prière ; à l’adjuration il préféra l’impulsion des nerfs. Une flopée de paroles injurieuses attesta son désespoir. La police n’était pas en mesure de mener une enquête ; Lucie, citoyenne majeure, devait attendre au moins quarante-huit heures pour que son absence soit considérée comme suspecte aux yeux de la police. Les circonstances de sa disparition concédaient qu’elle ait pu, sous l’impulsion d’une humeur dont l’esprit des femmes se trouve parfois frappé, prendre la fuite, pouce brandi, sur le bord de la route, pour entamer une vie nouvelle, aux côtés du premier automobiliste venu.

Les deux clients, unis par la péripétie, s’en étaient allé fumer une cigarette. Jules vérifia les toilettes, l’arrière du magasin une dernière fois, et marcha jusqu’à une centaine de mètres aux alentours, puis revint seul et sans indice, plus bredouille qu’un néo-nazi parti en chasse aux environs de Marnes-la-coquette. La caissière s’approcha de Luc et resta silencieuse. Elle l’observa avec cette curiosité des gens seuls que l’ennui parfois attise jusqu’au bien-être. Ses yeux plissés un peu par la concentration cherchaient à saisir l’émotion juste de son désarroi.

-Je m’appelle Sandrine au fait…

Il la regarda à son tour, chercha dans son regard un infini où se tapir, la transcendance d’un réconfort maternel ; elle le prit dans ses bras, amena sa tête dans le creux de son épaule pour qu’en somme aisément il y pleure sa peine. Luc se sentait mieux. L’espace d’un instant, il se sentit même brusquement autre. Sandrine exprimait, dans le regard, une douceur familière, une sensibilité tendre et limpide à l’expérience de laquelle la précarité de l’existence paraissait supportable. Il approcha ses lèvres de celles de la caissière, avec une lenteur qu’elle pensait suave, mais remarquant son hésitation, elle attisa son ardeur avec sa main ferme et agile. Conquis et convaincu, il s’apprêta à céder lorsque dans son dos, quelques mètres plus loin, la voix de sa femme l’interpela « Je suis là, je suis là ! »

-C’est Lucie ! cria-t-il en se retournant.

Il trouva son fils, qui depuis quelques mois s’exerçait à imiter la voix de sa mère. Quand Luc rentrait tard pour les besoins de son travail d’instituteur, il appelait sa femme pour la prévenir mais souvent il arrivait que Lucas décroche le téléphone et simule avec brio la lassitude de sa maman.

-Je t’ai encore eu papa !

La vision de son fils l’avait rarement autant irrité.

-Pourquoi tu as fait ça Lucas ?

-Comme maman n’est plus là, je voulais que tu entendes sa voix pour qu’elle te manque un peu moins.

-C’est gentil mais si tu devais remplacer ta mère, je finirais par avoir des problèmes avec la justice.

-Pourquoi papa ?

-Parce que la pédophilie incestueuse n’est pas encore entrée dans les mœurs ; mais ne t’inquiète pas, décadence et promotion des libertés individuelles sont deux notions étroitement liées.

-D’accord… mais la pédophilie, c’est quoi ?

-Tu apprendras ça au catéchisme Lucas, rétorqua-t-il pour faire rire la caissière, maintenant attends-moi à l’entrée du magasin. J’ai à faire.

D’un air songeur il obtempéra.

Sans rien dire, Luc caressa un peu la figure de Sandrine, notamment avec ses yeux. Un vent s’éleva ; les nuages, insouciants de leur propre cours consentirent au mouvement ; le soleil de son côté s’étiola sans peine ; une pâleur ordinaire s’étala sous eux. Il s’approcha d’elle de nouveau, se cambra un peu pour s’ajuster à sa taille et reprit son élan avec cette fois une assurance plus marquée. Sandrine s’y déroba in extremis et lui confessa froidement : « je vous aimais tout à l’heure, c’est fini maintenant, vous me laissez froide. »

-Vous pouvez m’expliquer ce qui a changé en quinze secondes ?

-Vous me dégoûtez… je n’ai plus envie de vous parler.

Elle retourna à son poste. Luc regarda un peu l’horizon, comme pour trouver au loin une réponse dans la cohérence ordonnée de la nature ; n’en trouvant aucune il se félicita finalement de cet incident. Il était resté fidèle à sa femme… à son corps défendant.

Devant le magasin, se tenaient encore les deux clients. Ils accompagnaient leurs paroles de gestes choisis ; donnaient à leurs réflexions, par une gestuelle évidente, l’ampleur manquant à leurs mots. La cigarette consumée dans une main, le café consommé dans l’autre, ils restituaient à la vie, et, en l’occurrence, au mystère de cette disparition, son caractère précaire, sa tenue propre en tant qu’expérience réelle et finie. Luc alla à leur rencontre, et leur exposa ses réflexions. S’adressant au petit chauve :

-Vous dites avoir aperçu ma femme quitter le magasin, et de plus elle n’est nulle part à l’intérieur, mais les vidéos de sécurité prouvent qu’elle n’en est pas partie.

Le grand maigre, répondant à la place de son voisin:

-Il faut déterminer la moins improbable de ces deux équations : soit votre femme est partie du magasin alors que son départ n’apparaît pas sur les vidéos, soit elle y est encore alors qu’on ne la trouve nulle part. Est-il possible que sur la vidéo vous ayez manqué son départ ?

-Bon écoutez… c’est une vidéo de surveillance, pas 2001 : L’Odyssée de l’espace, il n’y a rien qui ait pu m’échapper, elle n’est pas partie, c’est sûr. Aussi improbable que cela paraisse, elle est encore à l’intérieur... les autres hypothèses sont à exclure. L’invraisemblable est plus rationnel que la mystique. J’y retourne.

Ils le suivirent. En entrant, Luc adressa à la caissière un regard d’indifférence froide, et alla apprendre à Jules que Lucie était forcément encore dans le magasin.

-Vous perdez la tête… regardez autour de vous, ça n’a rien d’un labyrinthe. Il n’y a que les toilettes, la salle de sécurité, le local et les rayons, tout a été fouillé. Et l’enregistrement-vidéo n’a pas sauté, pas même quelques secondes, l’heure reste exacte tout au long.

-La solution est bien quelque part…

Une voiture de marque allemande arriva, se gara près de celle de Luc ; le conducteur en sortit après quelques instants et entra dans le magasin. C’était un homme fort élégant, édifié en juste proportion dans un corps de marbre. Il portait un costume de laine vierge, noir, impeccablement cintré à sa taille, et sur lequel les pâles reflets de la lumière glissaient avec régularité. Son regard immaculé et ses yeux si parfaitement amandins évoquaient les mandorles romanes où le Christ en gloire distribue ses sentences originelles. Un marron clair d’écorce lisse enrobait ses deux prunelles joliment tachetées que protégeaient de longs cils courbés.

Il s’avançait vers Luc en lui adressant un sourire engageant. Arrivé à sa hauteur, il le regarda avec une douceur familière et lui serra la main.

-Bonjour Luc, je suis Raphaël.

-Qui ?

-Raphaël. Je suis vraiment désolé pour votre femme.

-Vous avez quelque chose à voir là-dedans ?!

-Oh, vous savez… personne n’est jamais vraiment responsable. Chacun fait ce qu’il peut avec ce qu’il est. On pense parfois que la partie est gagnée pour de bon, et puis un jour… l’autre nous échappe, disparait, mais la vie est pleine de ressources. Avec le temps on apprend à intégrer et hiérarchiser la douleur.

A lui-même, intérieurement, Luc s’écria « Pends-toi ! Ou tue-le » mais pantois il se tut.

-Alors, mon vieux… Lucie, où est-elle ? demanda Raphaël.

Luc, n’y comprenant décidément plus rien:

-Mais enfin… elle a disparue !

SYNOPSIS

1) La famille Chapin part en vacances, s’arrêtent à un relais routier. En sortant des toilettes, Luc découvre que sa femme Lucie a disparu. Un client dit l’avoir vue quitter le magasin. Avec le gardien il vérifie les vidéos de surveillance, ils ne la voient sortir. Un homme, Raphaël, arrive, dit à Luc qu’il est désolé pour lui, et demande où est Lucie.

2) Raphaël explique qu’il est l’amant de Lucie, elle était censée lui avoir tout dit en arrivant à la station, avait donné rendez-vous à Raphaël pour repartir avec. Il dit qu’il n’a rien à voir avec sa disparition. Ils discutent de cette aventure. Raphaël disparait et réapparait. Luc prétend recevoir un sms de Lucie disant « Je suis désolée de disparaître.»

3) Ils pensent que c’est une blague télévisée. Luc se déshabille, se verse une bouteille de lait sur la tête, se couche par terre et pleure.

4) Raphaël évoque une cause surnaturelle. Ils se mettent là où Lucie a disparu et attendent un voyage temporel. Ils ferment les yeux. Raphaël prétend qu’un paquet de beurre a disparu. Ils croient que seule une femme ou un paquet de beurre peuvent disparaître, font l’expérience avec la caissière, mais pensent qu’elle est trop lourde. Lucas propose de se badigeonner de beurre, l’idée n’est pas retenue.

5) Jules sort de son bureau, court vers Luc et crie « Je sais où est Lucie ! » mais meurt d’une crise cardiaque. Les deux hommes vont regarder dans son bureau et trouvent un papier où est écrit « Le diable s’ » ils s’étonnent qu’il n’ait pas écrit la suite. Ils pensent que le diable est en rapport avec la disparition de Lucie. Ils font le lien avec le nom de l’autoroute. Pour ne pas inquiéter Lucas et n’être pas ridicules en cas d’erreur, ils gardent le mot pour eux.

6) Une femme arrive. Tout le monde la regarde. Elle demande pourquoi. Luc raconte l’histoire demande comment elle s’appelle, elle répond : « Elizabeth ou Lilith. » Selon elle plusieurs morts sont survenues sur cette autoroute. Elle dit ensuite : « Certains ici en savent sûrement plus que vous ne le pensez.»

7) Lucas pleure, Lilith lui murmure une chose, il s’arrête et s’endort. Raphaël reçoit un coup de fil de son ami Alexandre qui dit avoir vu Lucie avec un autre homme à Paris, et ce n’est pas son mari, cet Alexandre ne sait rien de la disparition. Il le dit à Luc. Lilith demande à voir une photo de Lucie et prétend l’avoir déjà vue mais ne sait plus où.

8) Lucas se réveille, dit avoir rêvé que sa mère était en enfer parce qu’elle n’aimait plus son père, et que pour la faire revenir il faut tuer l’autre homme qu’elle aimait. Luc entre temps a bu une bouteille de vin et tente de tuer Raphaël.

9) Lilith et la caissière les arrêtent, Luc retrouve ses esprits. Il appelle la mère de Lucie, lui explique la situation, veut aller la voir. Raphaël rassure Lucas. Lilith reprend la route.

10) En arrivant à la voiture, Luc trouve Lucie endormie sur la banquette arrière. On la voyait sortir sur la vidéo mais Lucas en arrivant a détourné l’attention de Luc et de Jules.

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