Ni tu ni à taire - L'intoxiquée - La chauve-souris et la souris chauve

Frédéric J. Duval

NI TU NI A TAIRE

          « De tous les conseils que je t’ai donnés, tu ne les as écoutés jamais et j’ai toujours eu pas tort, alors vas-tu ne pas ignorer celui-ci ?

          - Rien n’est moins sûr. 

          - Voilà qui est encourageant ! »

          Pourquoi n’écoutera-t-elle toujours que le contraire de ce que je lui dis ? Je formule, je feinte, je vrille mais rien n’y fait. Je ne lui dis pas noir, pour qu’elle ne pense pas blanc autant que faire se peut, mais la force de son hostile esprit, se borne à détourner jusqu’à mes intentions.

          Quand elle a voulu sortir avec Lionel, je lui ai dit d’éviter, elle lui a dit : « Oui ! » Quand elle a voulu quitter Eric pour Tristan, je lui ai dit d’éviter, elle lui a dit : « Oui ! » Quand je lui ai dit de laisser tomber Mikaël, elle s’est accrochée, et quand je lui ai dit de tromper Anthony, elle a dit : « Non ! » Pourquoi ne pas arrêter de me demander des conseils si seuls, leurs contraires, ont force de lois ?

          « Mais parce que tu es mon ami. Ton avis compte beaucoup pour moi.

          - Je n’en suis pas sûr.

          - Moi, je le suis !

          - Ça va de soi ! »

          Alors, je continue à les lui prodiguer avec le plus d’habileté possible, en espérant toujours un peu plus fort que mes formulations auront raison de ses contradictions. Le paradoxe, est qu’elle admet aisément que mes conseils, que mes avis, eurent toujours été parfaitement bons, si elle les avait seulement suivis. C’est un aveu d’échec diraient certains. Pour elle, c’est reconnaître mon mérite sans jamais, pour autant, lui apporter le crédit qu’elle pourrait lui devoir. La vérité est là, c’est qu’elle est indépendante, et qu’elle entend le rester. Dans ces conditions, rien de ce que je peux lui dire, sous une forme ou sous une autre, n’aura jamais gain de cause. Et qu’à cela ne tienne, pourrait-on se dire. Mais tout comme elle, j’estime que mon avis compte, à plus forte raison quand il est sollicité, et non spontané. Et que son indépendance en prenne un coup m’indiffère bien plus que de voir bafouer, mes précieux conseils. C’est pourquoi, je crois, je m’évertue encore à élaborer, avec soin, chacun d’entre eux : pour tenter de détourner l’attention farouche qui lui fait, irrémédiablement, ne pas faire ce que je lui dis.

          « - Penses-tu que je n’ai pas tort ?

          - Je le crois.

          - Pourquoi doutes-tu alors de ne pas suivre l’inverse de ma suggestion ?

          - Je me tâte encore. J’hésite.

          - Entre quoi et quoi ?

          - T’écouter ou pas.

          - Tu devrais ne pas écouter ce que ton esprit ne te dicte pas. »

          Dis-je seulement ce que je pense ? J’essaye moi-même de déterminer si mes périphrases abondent bien dans mon sens ? D’interrogations en négations, je finis par me poser la question. J’ai l’impression d’élaborer la trame d’un dialogue qui appartient à une autre dimension, et dont je suis pourtant l’auteur. Une espèce de rencontre improbable entre Queneau et Tardieu. A l’orée de la folie et du génie, sans que je ne suis puisse jamais déterminer avec clarté lequel de nous évolue dans lequel des deux camps.

          « Peut-être Arnold. Non ? Dit-elle.

          - C’est une idée.

          - Pourquoi pas Philibert ?

          - C’est un nom de cheval !

          - Non, plutôt celui d’un poney. »

          J’aurais dû m’en douter. Son avis s’oppose au mien, jusque dans la qualification de ce que m’évoque un prénom. J’ai envie de lui dire de se débrouiller toute seule. Mais elle me dira que, sans moi, elle ne trouvera pas. Alors qu’avec moi, elle trouve tout ce qu’elle ne choisira pas. Elle procède par élimination. Seront évincées, sans autre forme de procès, toutes mes propositions. C’est le moment pour moi de faire éliminer de la liste des possibles, tous les prénoms qui me déplaisent, et autres noms de ruminants ferrés.

          « Peut-être aurais-tu dû demander son avis au père ? Dis-je.

           - Sûrement pas, il veut l’appeler Phileas. »

          Je ne suis apparemment pas le seul à me voir opposer une fin de non-recevoir.

          « Tu as raison, Phileas, c’est un cadeau de naissance assez douteux.

          - Pas tant que ça.

          - Je croyais que tu trouvais ça laid ?

          - Pour mon enfant, oui !

          - Je vois ! Tu as différentes échelles de valeurs.

          - Tu veux m’aider, oui ou non ?

          - Est-ce qu’éviter de te dire ce que je pense plutôt que de taire ce que je ne pense pas dire, c’est t’aider ?

          - Absolument ! »

          Limpide !

          « Quoi qu’il en soit, à moins de t’enfuir de l’hôpital avant d’accoucher, quelqu’un finira par te poser la question.

          - Je te l’ai dit : je me tâte.

          - Tâte-toi vite Joséphine, tâte-toi vite. On lui verra bientôt la tête.

          - Ne me brusque pas !

          - Il faudra bien lui trouver un prénom avant qu’il ne soit en âge de te le demander lui-même. Ne le sens-tu pas venir ?

          - On pousse, on pousse, on pousse, on pousse, répète en boucle la sage-femme.

          - Pourquoi pas Clément ? Dis-je.

          - C’est moche ! Dit-elle.

          - C’est très bien Clément.

          - Sûrement pas !

          - Remarque, tu as raison. Clément, c’est trop sérieux ! Seuls les enfants doués ne s’appellent pas différemment.

          - On pousse, on pousse, on pousse, on pousse, continue la sage-femme.

          - Qu’est-ce que tu veux dire ? M’interroge-t-elle, entre deux tentatives d’expulsion.

          - Tout ce que je ne pense pas.

          - Tu n’aimes pas non plus ce prénom ?

          - Il m’insupporte.

          - On pousse, on pousse, on pousse, on pousse, exige à nouveau la sage-femme, avant d’extraire le nourrisson de sa cachette. 

          - Voilà un beau bébé ! Dis-je émerveillé. T’es-tu décidée ?

          - Je vais l’appeler Clément !

          - Tu ne devrais pas, dis-je, en observant le nouveau-né.

          - Pourquoi pas ?

          - Parce que je t’avais dit de faire confiance aux échographies !

          - Voilà votre bébé, m’interrompt la sage-femme, en le posant contre le corps de Joséphine. C’est une belle petite fille. Comment voulez-vous l’appeler ?

         

FIN  

L’INTOXIQUEE

« Heureux les corps !
Ils ont la paix quand ils se couchent,
Et le néant quand ils sont morts. »

SULLY PRUDHOMME. – Corps et âmes.

          Elle est étendue, seule, sur son divan. Les yeux clos. L’ombre de ses voilages couvre ses joues faméliques. Elle est inerte, comme morte. Son corps maigre ne se meut plus comme avant, mais son esprit, lui, est resté le même. Son esprit ancré du souvenir de sa vie passée, dont il ne lui reste plus grand-chose qu’elle-même, et une photo sur le mur – entourée d’un lierre dansant autour du cadre, croissant un peu plus chaque jour. Gagnant un peu plus de place à chaque heure, pour l’entourer de ses fines branches feuillues comme les longs doigts fins et osseux de celle qui l’observe quand ses yeux, enfin, s’ouvrent à nouveau. Mais ce qu’elle voit n’est qu’un vestige. Elle perd de vue à chaque seconde, l’image de cette vie qui coulait dans ses veines, et qui s’échappe, petit à petit. Qui lui rappelle que l’heure a déjà sonné, et que le sursis qu’elle connaît n’est que l’œuvre du malin, pour la voir le supplier de l’emporter comme il a déjà tout emporter sur son passage. Sa peau blafarde et son teint jaune se fondent à la triste pâleur du tissu de son divan, se fondant lui-même à la tunique informe qu’elle porte nuit et jour. Ses manches longues couvrent amplement ses bras frêles et impuissants en dissimulant les articulations de ses mains. Elle soutient sa tête de sa main gauche dont le coude est planté sur le dossier du divan, nonchalamment étreint de son bras droit. Ses pensées se figent, son esprit s’égare.

          Pendant un instant, les élans de son autre moi lui sont revenus fouetter les chats de sa mémoire, comme une vague puissante qui se bat contre la roche. Son autre moi, se mêle à son autre vie, lorsque ses forces ne l’avaient pas encore abandonnée. Lorsqu’elle ne connaissait nulle solitude, et que la froideur de son cœur douloureux ne l’emplissait pas. Dans ces moments-là, elle ne peut s’empêcher
de errer, l’âme en peine, dans les couloirs de sa grande demeure désolée. Les murs, comme sa vie, ont perdu leur éclat en même temps que la solitude lui a imposé sa compagnie. A présent, plus rien ne vit dans cette demeure, partagée autrefois, par toute sa famille. Elle se rappelle de l’air chaud qui envahissait les longs couloirs du manoir, de la brume qui recouvrait les terres du domaine, au lever du jour, les notes de musique jouées par son père au piano. Elle revoit ses doigts parcourir le clavier de l’instrument. L’allure froide et impressionnante de cet homme dont elle n’osait guère soutenir le regard. Ce piano, personne depuis n’en a rejoué. Elle enfonce parfois son index sur une touche et laisse l’écho de la pièce répondre infiniment à la note désaccordée, émise par la voix de l’objet. C’est un long râle qui accompagne ses soupirs, et sa lassitude. De l’extérieur de sa demeure, l’on peut voir sa silhouette, la nuit, dans un halo de lumière, déambuler dans les corridors sans fin, tel un spectre, la taille serrée par un long châle foncé noué autour de sa taille maigre. Puis, elle vient retrouver sa place sur son divan. Face à la photo dont le lierre scrute, avec elle, l’image qui y est figée. Cette image, Madeline, l’aime. Elle y voit son reflet, étendu, seul, sur le divan. Les yeux clos. Même la couleur de ses cheveux roux se distingue à peine, tant la pièce est plongée dans l’obscurité dans laquelle elle vit, depuis la disparition tragique de sa jumelle bien-aimée. Seul un chandelier éclaire faiblement la pièce, placé près de la photo de la défunte au mur. Elle l’observe comme si c’était elle, pâle, faible, mourante. Elle l’observe avec mélancolie, et avec espoir. L’espoir de la retrouver bientôt, et de n’être plus séparées par la vie, comme elles le furent, par la mort, lorsque sa sœur succomba au mal qui l’avait habitée pendant si longtemps. Un mal dont jamais personne ne sut jamais déterminer la cause ni soigner les effets. Son père avait fait venir des médecins en nombre qui ne purent tristement que constater, des fièvres toujours plus brûlantes, et la fatigue accablante de son esprit délirant. D’étranges visions finirent bientôt par s’emparer de son front, la plongeant dans des états de panique profonds avant de la laisser tremblante et exténuée. De temps en temps, elle murmurait à l’oreille de sa sœur des mots ou des phrases incompréhensibles, de laconiques suppliques. Et bien que Madeline ne comprenait pas les mots qu’employait sa sœur, elle comprenait leur sens. Elle comprenait ses prières pour que cessent ses meurtrissures et que la délivrance s’empare d’elle. Cependant, Madeline ne pouvait se résoudre à l’abandon de sa moitié, et gardait l’espoir qu’un jour prochain, quelqu’un sache la soulager du mal qui la possédait, et qu’elles pourraient, toutes deux, se retrouver comme avant. Unies. Mais il n’en fut rien. L’état de sa jumelle continuait d’empirer de jour en jour. Bientôt, il empira d’heure en heure. Les hallucinations et les angoisses de la malheureuse grandissaient avec sa fièvre. Sa voix s’était brisée à force de cris, qui avaient fini par faire taire le piano de leur père, désabusé face à l’impuissance de la médecine, et incapable d’apporter le réconfort et les soins nécessaires à la guérison de la malade. Il avait de plus en plus de mal à reconnaitre en elle, son enfant, si bien que la vue de Madeline, lui infligeait le même supplice que si, elle-même, avait été souffrante. Les deux sœurs étaient abandonnées à leur sort. Et seule Madeline supportait encore le poids de tenir la main de sa sœur à toute heure du jour et de la nuit, malgré la frénésie qui envahissait le corps spasmodique de sa jumelle. Elle n’avait pour seul repos, que les rares moments où l’épuisement l’emportait sur les divagations de sa sœur. La fatigue commençait à s’emparer d’elle aussi, tandis que les crises de son autre, étaient de plus en plus nombreuses, et chaque fois plus aigües. Madeline craignait que sa sœur sombre complètement dans la folie, et luttait contre sa propre santé, accusant avec difficulté l’agonie dont elle était témoin. La vie de la maison n’était rythmée que par les longs sanglots en provenance de la chambre dont le père ne s’approchait plus. Madeline avait compris que la patience de celui-ci s’érodait avec le temps, et craignait à chaque nouvelle crise, sa réaction. Lorsque son père tentait – désormais rarement – de jouer quelques notes au piano, elle sentait les doigts de sa sœur la presser, avant que l’horreur ne la submerge de nouveau et interrompe les accords. La peine que son père avait eue, avait laissé place à l’inquiétude, puis à l’angoisse et finalement à la COLERE. Tant à l’encontre du mal qui envahissait l’esprit et le corps de celle qu’il avait vu grandir, qu’envers celle, qui abritait sans retenue les bouffées délirantes d’un mal sans nom qui, par son biais, avait vidé la maison de son calme. Au fond, il avait fini par espérer pouvoir étouffer ses souffrances avec la disparition du mal ou de son hôte. Son esprit était devenu un champ de bataille, en lutte perpétuelle contre lui-même. Ses pulsions lui intimaient d’agir tandis que la culpabilité de son cœur de père le pressait de n’en rien faire. Il passa des jours entiers enfermé dans la bibliothèque que sa femme avait fait construire alors qu’elle était enceinte. La descendance qu’ils avaient désirée avec ardeur, brûlait aujourd’hui les souvenirs heureux d’un passé que la mort avait déjà consumé. Morte en couche, leur mère les avait abandonnées – malgré elle – à l’unique amour de son mari désormais veuf. Il combla le manque de son épouse par un amour immodéré pour le précieux cadeau qu’elle lui avait offert avant de disparaître. Il fit montre d’un courage sans faille, et bien que son attitude ne fût que rarement chaleureuse, les apparences permettaient de soustraire sa famille à la pitié dont le deuil les avait rendus victimes. Alors, seul, dans la bibliothèque, il revoyait le visage de son enfant – qu’il avait tant chérie – et réalisait qu’il ne l’avait plus regardée en face depuis des jours, des mois.

          Lorsqu’il pénétra dans la chambre de sa fille, Madeline sursauta. Elle ne l’avait pas entendu venir. La chambre était devenue un sanctuaire depuis que son père les y avait laissées faire face au démon qui logeait dans ses murs. Il était droit, impassible, son regard était fixe. La pièce lui sembla étrangement triste et sombre. Les lourds rideaux en velours occultaient la lumière du jour, et les tentures sombres sur les murs donnaient à la pièce, déjà accablée, l’aspect d’une chambre mortuaire. Il ne manquait plus que l’objet d’une telle office. Sa fille tremblait de tout son corps, des gouttes de sueur couvraient son front que des veines battantes avaient envahi. Ses yeux, mi-clos, étaient rouges, ses lèvres pincées et son corps ne semblait plus animé que par la nervosité de son état. A mesure que son regard découvrait la physionomie métamorphosée de sa fille, ses yeux s’exorbitaient devant le spectacle de mort qu’il contemplait. De l’image de son enfant, il ne restait rien. Toute vie l’avait déjà quittée. Qu’elle cessa de respirer n’était que l’accomplissement de son ultime dessein. Alors, étendue, seule, sur son divan, Madeline entend parfois encore la voix de son père lui ordonner de quitter la pièce et de s’installer au piano, de jouer, et de jouer encore, comme il le lui avait appris. Le son de sa voix la glaça jusqu’au sang, car elle avait deviné que la visite de son père sur les lieux morbides n’augurait rien de bon. Elle posa la main de sa sœur le long de son corps amaigri, l’embrassa et vint murmurer quelques mots à son oreille, avant de se soumettre à l’ordre de son père. Elle joua obstinément de l’instrument dans une discordance agitée. Ses doigts ne cessèrent pas de parcourir les touches du clavier qu’elle enfonçait de toutes ses forces jusqu’à entendre ses articulations craquer une à une, sous la pression. Sa gorge se serrait, son souffle était court, sa trachée entravée par les larmes qui l’étouffaient. Quand son père reparut, il lui permit de s’interrompre. Elle ne revit plus sa sœur vivante.

Le visage de son père lui-même, n’était plus celui qu’elle avait vu quelques minutes auparavant.

Il était blême, ses joues creuses et ses mâchoires serrées. Des cernes avaient foncé son regard.  Depuis alors, il ne sembla plus jamais être le même.

          A son tour, peu de temps plus tard, la maladie s’empara de son père. Comme ce fut le cas pour sa sœur, des crises de panique prirent le pas sur les crises d’angoisses, qui prirent elles-mêmes le pas sur les insomnies. Madeline observait, non sans peine, son père perdre lui aussi sa vitalité cependant
qu’elle-même, avait perdu la joie qui l’avait constituée à une époque révolue depuis si longtemps déjà. Bientôt, son père, alité, se trouva dépendant des soins que Madeline voulait bien lui prodiguer, sur les conseils désabusés des médecins, qui lui prédisaient une fin prochaine. Quand elle ne veillait pas son père, elle regardait par la fenêtre de sa chambre les arbres désincarnés qui luttaient contre les froids de l’hiver. Par endroit, elle pouvait voir les racines de certains d’entre eux sortir de terre, avec puissance, jusqu’à desceller les dalles qui couvraient en partie le sol aux alentours de la maison. Elle pensait à sa sœur (tout comme elle continuait d’y penser aujourd’hui, les yeux vissés sur la photo au mur) perdue au milieu des branches de lierre qui – pensait-elle – n’auraient de cesse qu’une fois le souvenir complètement englouti. Avec les jours, l’état de son père continua rapidement à se dégrader. Ses forces le quittèrent si bien, qu’il fut bientôt difficile de discerner si l’homme dormait ou s’il gisait, sans vie, sur son lit de mort. Madeline fixait sa poitrine pour essayer de percevoir l’infime mouvement de cœur qui battait péniblement dans l’enceinte de ce corps meurtri par la mort brutale d’une femme et d’une fille. Elle distinguait à peine son souffle lent. L’air, dans la pièce, était devenu irrespirable et l’atmosphère si lourde, que, chaque jour, Madeline prenait soin d’en ouvrir la fenêtre pendant quelques minutes, avant de laisser son père en paix jusqu’au lendemain. Toutes les nuits, elle se demandait si elle se réveillerait dans la chambre voisine d’un défunt, quand les gémissements de son père cessaient pendant plus de quelques instants. Et chaque matin, elle prenait soin de vérifier qu’il continuait de respirer en ouvrant la fenêtre, le temps pour elle de veiller sur ce qu’il lui restait de vie. Sa chambre était l’écrin dans lequel son cœur était conservé. Le froid envahissait toute la maison, la neige n’avait cessé de tomber pendant plus de trois jours, et son père n’avait plus reçu la visite d’aucun médecin depuis. Madeline luttait elle aussi contre la même fatigue qui l’avait accablée lorsque sa sœur agonisait. Son esprit se faisait de plus en plus distrait, son attention, de plus en plus vague. L’autarcie dans laquelle vivait la maison depuis que les médecins ne venaient plus, lui rappelaient les heures passées au chevet de sa regrettée jumelle au cou fragile. En ouvrant la fenêtre de la chambre de son père ce matin-là, elle l’entendit gémir, et, dans un effort duquel il paraissait incapable, il parvint cependant à articuler quelques mots à son attention. « Joue pour moi. » Lui demanda-t-il. Et Madeline s’en fût aussitôt, sans répondre, exécuter la dernière volonté de son père. Elle prit place au piano, et comme pour se soulager du poids qu’elle portait depuis trop longtemps, assaillit de coups, les touches de l’instrument des heures durant, dans une lutte qui la laissa haletante et vide. Presque inconsciente. Inconsciente de toute l’énergie qu’elle avait dépensée pour ignorer l’ignominie dont toute la maison était emprunte. Toute l’énergie jusqu’alors réfrénée, qu’il avait fallu déployer pour ignorer que les corps en putréfaction nourrissaient les terres du jardin, transpercés de part en part par les racines des arbres qui se développaient encore et encore. 

Et quand – avant de retourner au chevet de son père – elle jeta un œil à la photo de sa sœur au mur, perdue derrière les branches d’un lierre démesuré, elle se souvint des derniers mots qu’elle lui avait glissés à l’oreille.

          Le vent gifla le visage de Madeline, lorsqu’elle pénétra dans la chambre inanimée du vieux. La fenêtre de la pièce était restée largement ouverte sur le lit et désormais, le corps de l’homme était froid. Quand Madeline posa sa main sur la sienne, un frisson la parcourut toute entière. Pourtant, c’est un soupir de soulagement qu’elle émit malgré elle, en considérant l’état cadavérique de celui qui fut son père. Une fois débarrassée du corps, il ne resterait plus trace de la démence qui les avait tous pénétrés, un à un. Allongé, sur un lit de neige, Madeline dû conserver le corps de son père encore quelques jours, en attendant que le médecin qui avait déclaré sa sœur, morte, vienne lui-même constater que toute vie s’était enfuie. Ce qu’il s’attendait à faire d’un jour à l’autre depuis que les premières fièvres avaient fait leur apparition. A présent, ne battrait plus qu’un cœur dans cette maison, celui de Madeline. Seule, enfin. Ou presque. Son défunt père – désormais en sa bière – reposant pour une nuit encore, dans l’enceinte de ces murs, auprès d’elle et du souvenir de sa sœur. Toutefois, l’idée obsédante de son père mort de froid dans la pièce voisine empêchait Madeline de trouver le repos. Son sommeil était agité, ses pensées confuses et le rappel incessant des heures d’insomnies qu’exerçait le balancement de l’horloge, pesait sur elle comme un refrain narquois. Après des heures, de longues heures acharnées de lutte pour trouver le sommeil, l’unique survivante de la maison finit par quitter sa chambre pour venir se laisser tomber sur le divan. Son corps était vide et mou. Elle était défaite, et seul le visage de sa sœur au mur réussissait à adoucir quelque peu, l’état dans lequel elle se trouvait. Baignée d’une lente mélancolie, nostalgique d’entendre battre la vie dans les veines de sa sœur. Par habitude, elle ouvrit les rideaux et observa la nuit et ses ombres enlacer les arbres enlaçant les corps. Parfois, il lui semblait pouvoir entendre battre encore le cœur de sa jumelle, près du saule, dans l’allée aux dalles détruites, qui donnaient un air inhospitalier à l’ensemble de la bâtisse. Parfois même – pas plus tard que cette nuit – il lui semblait pouvoir entendre les murmures sourds de sa sœur, les suppliques qu’elle psalmodiait aux dernières heures de ses derniers jours. Des plaintes diffuses venant de-ci de-là, flottant dans l’air comme autant de vieux fantômes du passé qui la hantaient. Il lui semblait entendre une voix gémir, se repentant incessamment. La voix de son père, aux mains puissantes et glacées, dont le corps profondément apathique avait recouvré un peu de chaleur depuis le fond de son cercueil. Oui ! A présent, c’était clair, c’était bien la voix de son père qu’elle entendait, revenu du monde des morts, pour infliger à Madeline le même sentiment  de CULPABILITE duquel il avait souffert après la disparition de sa fille. Madeline sentit monter en elle une panique qu’elle n’avait jamais connue, une angoisse telle, que sa tête commençait à la faire souffrir. Soudainement intoxiquée par les images de son père tapotant faiblement pendant de longues minutes aux portes de sa dernière demeure pour s’en extraire, mêlées au sentiment de justice qu’elle rendait à sa sœur, comme elle le lui avait promis, avant de l’abandonner aux mains de son assassin.

          La nuit sembla une éternité. Au retour du médecin, le lendemain, il ne put manquer de noter un changement majeur dans la physionomie de son hôte. Ses yeux, ses cernes, ses lèvres pincées. Autant de symptômes malheureux qu’il avait déjà vus, ici-même. Madeline fit mine d’ignorer les inquiétudes du médecin l’exhortant de procéder à la levée du corps aussi vite qu’il le pourrait. Ce qu’il fit, sans attendre, et sans sentiment. Madeline, elle, ne pouvait cesser de guetter le moindre battement du cœur révélateur qu’elle savait encore résister à l’étouffement de ses derniers battements. Désormais sous terre, près des saules, père et fille réunis, tout était calme et silencieux. Plus aucune pulsation ne résonnerait jamais. A l’exception de celles, confuses, de Madeline, étendue, seule, sur son divan. Les yeux clos. L’ombre de ses voilages couvrant ses joues faméliques. Elle est inerte, comme morte. A présent, son corps maigre ne se meut plus comme avant, mais son esprit, lui, est resté le même. Son esprit ancré du souvenir de sa vie passée, dont il ne lui reste plus grand-chose qu’elle-même, et cette photo sur le mur – rognée par le lierre, ayant recouvert presque tous les murs de la demeure. Ayant envahi ses pensées profondes et fiévreuses, dans lesquelles elle se voit, chaque nuit, transpercée par ses branches dévorantes. Sitôt qu’elle se couche, elle sent sur ses jambes, la caresse des branchages monter et enserrer sa taille fragile. Elle sent ses poumons se remplir d’une angoisse morbide qui lui coupe le souffle, le lierre couvrir sa bouche et son nez comme une main puissante pour l’empêcher de respirer ; de porter avec elle le poids de ses secrets trop lourd. Elle sent ces tiges fermes grandir en elle et déchirer sa peau pour s’en extraire, son corps se perforer de part en part par les branches dont sa bouche est emplie et débordante, au milieu de sa face défigurée par l’effroi – tout comme sa sœur, en son temps. C’est pourquoi Madeline déambule fébrilement toutes les nuits dans les couloirs de cette maison dont elle ne sort plus. Elle tente de s’éviter le tourment dont elle aura à souffrir bientôt. La terreur du tombeau.

Tout comme les autres avant elle, ses forces finiront par l’abandonner complètement, avant qu’elle aussi, ne vienne trouver sa place auprès de sa défunte jumelle et de son père.

Avant qu’elle aussi, ne vienne trouver sa place auprès du corps des morts, sur les terres du domaine.

  

FIN

LA CHAUVE-SOURIS ET LA SOURIS CHAUVE

          La vérité sur le monde de la souris n’est pas du tout ce que l’on croit. Elle n’est pas qu’un rongeur en mal de grignotage ou une adepte du sur place, au milieu d’une roue en métal grinçant. La vie d’une souris, d’une espèce ou d’une autre, ressemble bien plus à la vie que nous avons,
nous-même. Emprunte de doutes et de questionnement. J’en veux pour preuve l’histoire que voici ; celle de la chauve-souris et de la souris chauve.

          Il y a fort longtemps, naquit une souris chauve, privée de tout pelage. Elle grandit dans une famille aimante, entourée de ses frères et de ses sœurs, tous de différentes couleurs. Des souris blanches, des noires, des grises, des vertes, mais une seule, sans poil sur la tête. Comme les autres rongeurs de son espèce, pourtant, pourvue d’une longue queue et de grandes dents, la souris chauve aimait aller, en famille, par les villes et par les champs. Elle jouait à cache-cache ou à chat. Maligne, se cachait bien et courait si vite qu’on ne l’attrapait pas. « Venez mes frères, venez mes sœurs, courons encore un peu. Si vous le pouvez, attrapez-moi par la queue. » Et bien que chétive, et ne ressemblant en rien aux autres souris de son âge, elle partait toujours à l’aventure, de cultures en rivages. Sans méfiance, un jour de cache-cache banal, la souris chauve se terra en fond de cale. Malchance ! Elle ne se rendit pas compte que le navire sur lequel elle avait embarqué, l’emportait loin des siens à jamais. Elle qui ne les avait jamais quittés, ignorait tout du monde tel qu’il est vraiment, ses méchancetés et ses charlatans. Du fond de sa cale, elle pleurait d’avoir perdu ceux qu’elle aimait le mieux, quand elle sentit soudainement, la présence, derrière elle, d’un animal dangereux. Vive, la souris chauve se mit à courir d’un bout à l’autre de sa demeure de fortune, poursuivie par un chat affamé, désireux de ne faire d’elle qu’une bouchée. « Viens chat d’égout, viens chat de gouttières, courons encore un peu. Si tu le peux, attrape-moi par la queue. » Et malgré le bel acharnement que déploya le chat pour capturer sa proie, il finit sa course bredouille et fatigué, et n’eut rien à se mettre sous la dent pour dîner. Ainsi, profitant d’un moment de répit dans sa course contre l’ennemi,  la souris chauve s’aperçut que le chat en question, ne ressemblait pas tout à fait, à ceux dont on lui avait fait mention. « Attention, lui avait-on dit, les chats sont des animaux féroces et de bons chasseurs. Evite leurs griffes atroces et leurs regards inquisiteurs. » Cependant, la souris chauve prit le risque de s’approcher plus près encore, du matou épuisé par son récent effort. Elle l’observa de haut en bas : il avait bien quatre pattes, une moustache, des griffes comme il se doit, mais d’œil, le pauvre félin, il n’en avait qu’un. Un bandeau noir couvrait celui qu’il n’avait pas, si bien que la souris chauve pouvait circuler librement, dans l’angle mort de l’organe manquant.

          « Es-tu bien un chat ? Interrogea la souris curieuse.

          - Evidemment ! Répondit le chat d’une voix orgueilleuse, que crois-tu que je puisse être ? 

          - J’ai toujours cru que les chats avaient une bonne vue.

          - Et moi que les souris étaient velues ! »

          A cette réponse, la souris chauve comprit que les chats n’avaient pas que l’esprit gourmand, mais qu’il l’avait aussi mordant. Elle renonça à le questionner sur les causes de son infirmité, en pleine interrogation, pour la première fois, sur sa propre condition. La souris avait toujours su que son apparence était différente de celle de ses congénères, mais ignorait que cela faisait d’elle une souris particulière. Alors, elle se tut, et passa la nuit, dans un coin, à l’abri des assauts du chat et de ses moqueries.

          La nuit passée, la souris chauve, envieuse d’en découvrir plus sur son nouvel environnement, partit à l’aventure sur le vaisseau navigant. Elle alla, de ci de là, découvrir de nouveaux horizons, vit de nombreux visages, se promena du pont au mât, en découvrant l’équipage. Parmi celui-ci, un animal, comme elle, sans poil, l’attira. Elle vint à ses côtés lentement, ignorant s’il était ami ou ennemi, et lui, impassible, restait imperturbablement immobile. En plein soleil, il luisait, tandis que la souris chauve, n’y tenant plus l’interrogeait :

          « Bonjour, quel animal es-tu ? »

          L’animal en question, la regarda, mais resta coi.

La souris surprise, mais non découragée, fit un nouvel essai :

          « Bonjour, quel animal es-tu ? »

          Encore une fois, l’animal en question la regarda, mais resta coi. La souris, intriguée, se demanda sur quelle bête à sang froid elle était tombée. Elle hésita à réitérer sa demande, mais se retint. La bestiole commençait à avoir l’air contrarié et la souris chauve se méfiait désormais des inconnus, auprès desquelles elle ne semblait pas être toujours la bienvenue. Elle se contenta de contempler l’objet de sa curiosité, et essayait de deviner de quelle espèce, la paresse était un trait. Mais alors qu’en pleine réflexion, la souris sentit soudain se mettre en alerte son olfaction. « J’ai l’impression que la menace approche, j’ai l’impression que l’on me lorgne, ce doit être l’autre borgne. » En effet, non loin, en pleine errance, miaulait le chat avec qui elle avait fait, la veille, connaissance. Précipitamment, la souris voulut tenter une dernière fois sa chance auprès de l’animal suspect, toujours là, stoïque et étonnamment  muet.

          « Pourquoi refuses-tu de me parler ? S’il te plaît, dis-moi quel animal tu es ? »

          Aussitôt, et contre toute attente, cette fois-ci, la souris eut le droit à quelques mots. Cependant, la réponse qu’elle entendit alors, ne venait pas de l’animal inanimé, mais du chat qui, entre temps, était arrivé :

          « N’attends pas de réponse de sa part, il n’a pas de langue. C’est un lézard.

          - Il n’a pas de langue, tu dis ? Te l’a-t-il donnée ? Interrogea la souris surprise.

          - Non, je la lui ai prise ! 

          - Es-tu bien sûr qu’il s’agit d’un lézard, je n’en ai jamais vu sans langue c’est bizarre !

          - J’en suis certain. Si j’étais toi, je me méfierais, c’est un coquin. »

          Et tandis que la souris, sur les conseils du chat, tourna le dos au lézard, il lui sauta dessus sans avertissement, sans doute fâché des propos tenus à son égard précédemment. Fort heureusement, la souris chauve, petite et habile, échappa à vive allure à l’assaut du reptile, qui tentait désespérément de la gober au prix d’efforts inutiles. « Viens lézard bizarre, viens reptile malhabile, courons encore un peu. Si tu le peux, attrape-moi par la queue. »   La souris s’enfuit à grande vitesse, et laissa la créature le ventre vide, et sans richesses.

          Au bout de quelques jours de voyage, le bateau sur lequel elle s’était, sans avis, retrouvée, s’amarra finalement à quai. La souris chauve, heureuse de quitter ce logis temporaire, prit vite la poudre d’escampette, désireuse de découvrir de nouvelles têtes. Méfiante d’abord, elle alla sans but par monts et par vaux, découvrir les paysages de ce monde nouveau. A présent, la souris chauve était seule. « Ici, se dit-elle, il n’y a pas un chat qui traîne. Pas de problème à l’horizon, pas de lézard dans mon champ de vision. » La souris chauve trouva bien vite un arbre où s’abriter afin de passer une nuit de repos bien mérité. Mais quand, au milieu de la nuit, elle remarqua deux yeux rouges la fixer sans sympathie, elle se dressa sur ses pattes, et examina d’un œil interrogateur, l’arbre dans sa hauteur. Une voix de crécelle se fit alors entendre, provenant du somment de l’arbre résidentiel :

          « Bonjour, qui es-tu ?

          - Je suis une souris, répondit la souris chauve.

          - Impossible ! Fit la voix haut perchée, tu n’as que la peau sur les os. Une souris sans pelage, n’est pas une souris, cesse donc ce babillage insensé. Dis-moi qui tu es !

          - Je te l’ai dit, je ne suis rien d’autre qu’une souris !

          - Impossible ! Je n’aime pas les menteuses. Fiche le camp ! Tu vas me rendre furieuse. »

          N’appréciant guère le ton hostile de cette hôte incivile, la souris prit la liberté d’insister :

          « Avec ou sans pelage, je suis une souris ! A quoi me servirait de mentir ? Et toi, qui es-tu, peux-tu me le dire ?

          - Tu as la langue bien pendue pour une souris si menue !

          - Tu sais, j’ai connu bien d’autres animaux que moi, qui n’avaient pas l’allure de leur nature.

          - De quoi parles-tu ?

          - J’ai rencontré dernièrement, un chat malvoyant…

          - Impossible ! Coupa la voix, péremptoirement. Les chats voient bien, de jour comme de nuit je te le dis !

          - C’est pourtant bien la vérité, à n’en pas douter !

          - Tu es bien têtue pour une souris si menue !

          - Je te trouve bien de mauvaise foi, pour un animal qui ne se présente pas !

          - Qu’importe ! Je ne te crois pas. Ce devait être autre chose mais pas un chat.

          - J’ai rencontré aussi, un lézard qui n’avait pas de langue…

          - Impossible ! Coupa la voix, décidemment. Les lézards ont une langue, on dit qu’elle est fendue, ne le savais-tu ?

          - C’est pourtant vrai ! En as-tu déjà vu ?

          - Non, jamais. De mon arbre, je ne suis jamais descendue.

          - Alors comment le sais-tu ? Qui es-tu pour prétendre tout savoir de la sorte ? Descends de ton arbre, et présente-toi si tu es si forte ! »

          A ces mots, l’animal perché, décidé à faire face à l’intrus et son audace, défit les mains de leur emprise, lâcha sa branche pour la première fois, et tomba bientôt sans ménagement plusieurs mètres plus bas. La souris chauve la vit atterrir tout près d’elle, échevelée et étourdie. Elle la considéra avec grande attention, et se demanda quel type d’animal, avait cette allure originale.

          « Te voilà enfin ! Dit la souris chauve pour l’accueillir.

          - Oui, me voilà, je ne pouvais pas te laisser me mentir.

          - Alors, qui es-tu ? J’ai bien un doute, me l’ôteras-tu ? »

          Suffisant, l’animal déchu, répondit la dessus :

          « Je suis une chauve-souris ! »

          La souris chauve la considéra à nouveau, sous toutes les coutures, et constata qu’elle n’avait pas fière allure. La chauve-souris, elle, ignora ces circonspections et reprit :

          « A présent, oseras-tu me dire la vérité ? Dis-le moi en face, quelle est ta race ?

          - Je te le répète dans les yeux, une fois pour de bon, je suis une souris, que tu le veuilles ou non !

          - Impossible ! » Trancha la bête sempiternellement.

          - Qu’importe ton avis, conclut d’office la souris chauve, au nez et à la barbe de son interlocutrice. Trêve de questions existentielles, tu es bien une chauve-souris et tu n’as pas d’ailes ! »

FIN

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