Des Innocents parmi les Anges

Marie Laure Bousquet

3 nouvelles :

De la difficulté d'être quelqu'un de bien- On ne refait pas l'histoire- La jeune-fille qui rêvait trop.

DE LA DIFFICULTE D’ETRE QUELQU’UN DE BIEN.

Jules fit un effort de mémoire pour se souvenir ou il avait pu voir un « fast food » pour la dernière fois. IL n'avait pas beaucoup d'argent mais il lui restait quelques monnaies. Il décida de ne pas rester seul devant son réfrigérateur ou trainait une botte de poireaux desséchés. Sans hésiter il  prit le chemin du distributeur de nourriture rapide pour dévorer un formidable hamburger qu’il imaginait déjà tout dégoulinant de sauce. Il se gara rapidement et perdit connaissance.

Quand il revint à lui il était assis à une table et dévorait avec appétit son sandwich. Devant lui un homme était assis qui lui sembla familier. Il fronçait les sourcils, il était pâle et d’un embonpoint plutôt malsain pour son âge. Il lui parla avec un fort accent que Jules identifia, c’était un américain.

- Vous avez oublié, j’ai faillis mourir pour vous ! Mon sacrifice n’a donc servit à rien !

Jules interloqué dont les lèvres avaient pris la couleur rouge orangée de la sauce barbecue, cessa son carnage pour détailler un peu mieux son voisin de table. Il remarqua qu’il ne mangeait pas et tout à coup il fit le rapprochement entre la marque de sa nourriture et le bonhomme qui le toisait. C’était le type de la télé, on avait pu le voir faire un régime ne se nourrissant exclusivement  de hamburgers de sodas et de frites et cela pendant des mois, ou peut-être des semaines, Jules ne s’en souvenait plus exactement. C’était bien lui, les images pitoyables des courbes de cholestérol montantes au fur et à mesure que la santé du jeune homme déclinait revinrent à sa mémoire. Il regarda ses mains ou le cadavre encore chaud  de son trophée pendait en lambeaux de pain et de viande, le dégoût le prit.  Il allait parler quand relevant les yeux il découvrit en face de lui une place vide. Il ne put finir et sortit.  Il se sentait  très mal. Il était devant la porte quand une petite voix aigu et vigoureuse l’interpella.

- vous n’avez pas honte, des enfants crèvent de faim dans le monde et vous vous rechignez à terminer votre sandwich, c’est vraiment choquant je ne veux plus voir ça adieu !

Jules se retourna pour voir qui elle était. Sœur Emmanuelle toutes voiles dehors se désolait de son comportement égoïste.

Vivement après un dernier regard qu’elle voulait sévère elle disparut dans l’invisible. Jules courut vers sa voiture et démarra en trombe. Il se demanda qui allait encore pouvoir lui gâcher sa journée et se fut la silhouette maigre d’un célèbre écologiste télévisuel qui lui dit fielleusement.

- les bonnes résolutions sont parties en fumée dirait-on, la marche à pieds c’est fatigant… !

Il se pinçait le nez en montrant le nuage pollué qui s’échappait du tuyau d’échappement de la voiture, avant de disparaître à son tour. Jules  sursauta car sur le siège passager venait d’apparaître un coureur automobile qu’il reconnut aussitôt, c’était celui qui avait trouvé la mort sur un circuit en Amérique du sud il y avait de cela quelques années. Il essaya de réfléchir, mais peu d’idées cohérentes venaient à son esprit, seulement les images toutes droites sorties d’une salle de cinéma ou un petit garçon avouait d’une voix douloureuse qu’il voyait des morts. Mais il se souvint que les autres visiteurs étaient bien vivants Mais non ! Je suis juste fou pensa-t-il.

- allez- y faîtes comme si je n’étais pas là.

Dit le coureur automobile apparemment très intéressé par la conduite de Jules.

- pas trop vite !

Dit une voix derrière lui. Jules se retournant vivement vit son médecin.

- que faîtes-vous là ?

Demanda Jules.

- je suis là pour vous dire ce qu’il faut faire pour rester en vie car je vous signale au cas où vous l’auriez oublié que votre cœur est fragile !!

Jules ne dit plus rien, démarra et décida de rentrer chez lui se reposer.

En quelques heures sa vie avait été bouleversée, il se coucha en essayant de ne pas voir ce spécialiste de la chronobiologie qui secouait négativement la tête en murmurant des histoires de cycles circadiens désordonnés  Jules mit des boules en mousse dans ses oreilles et entendit juste avant le silence réconfortant du sommeil, une voix acide qui lui expliquait que ce n’était pas du tout recommandé de se coucher à cette heure-là. Il sombra dans les bras de Morphée  et se réveilla le lendemain matin au sortir d’un rêve que lui expliquait un vieillard en costume et barbe blanche. Ce qu’il savait, c’est que ce n’était pas le père Noël…Mais quand il ouvrit les yeux il vit que sa maison avait repris son allure habituelle, elle était merveilleusement vide uniquement habitée par sa propre personne. Il soupira d’aise. Tout se passait comme si rien n’était arrivé, jusqu’au moment où une créature plutôt petite le visage très ridé et la peau d’une couleur du plus beau vert apparut devant lui.

-   Nous envisagions une visite sur votre planète mais nous avons jugé qu’il serait plus sage de connaître d’abord votre civilisation. Nous vous avons emprunté à votre planète… Vous avez été sélectionné, et cela parmi des milliers d’humains. Vous nous êtes apparu comme le plus humain de tous, vous détenez le raccord de faiblesses en tous genres. De plus, vous connaissez toutes les choses que vous devriez faire pour que votre vie soit plus belle et plus longue pourtant vous vous ingéniez à faire le contraire. Vous êtes vaniteux, vous mentez, vous chapardez même à l’occasion discrètement, évidemment vous n’êtes pas exactement ce que l’on peut appeler un voleur, mais tout cela fait de vous l’élu, comprenez bien, nous ne voulions pas d’un monstre…De plus, ce délicat sentiment de culpabilité qui vous mine, vous honore et nous enchante ! Nous allons vous faire une vie dorée et les habitants de ma planète pourront venir vous visiter quand ils en auront envie. Nous avons tant à apprendre de vous. Pardonnez notre intrusion dans votre mental, la matière ne nous a pas manqué et nous vous avons fabriqué un rêve que nous espérons vous avez apprécié.  Jules n’en revenait pas il ne dit rien. La créature ajouta :

  -  Nous serons bientôt prêts à découvrir  votre terre, croyez-vous que nous serons les   bienvenus ?

Fin

ON NE REFAIT PAS L’HISTOIRE

Le petit garçon examina l’homme avec curiosité, bon !  Il venait d’apprendre beaucoup de choses passionnantes et surtout la plus importante c’était que dorénavant, il était libre. Ce type n’était pas son père et donc il n’avait plus d’ordre à recevoir de lui.

Ce petit rouquin de huit ans ne manquait pas de caractère, Il ne fit aucune réflexion gardant pour lui-même les conclusions qu’il venait de tirer de la bonne nouvelle. Il tourna les talons et repartit jouer. Le professeur qui lui avait fait office de père ne fut pas vraiment étonné de la réaction du petit, il savait qu’il lui faudrait un peu de temps pour digérer tout cela. 

- dis donc Cléo, tu ne sais pas la nouvelle ! Et bien papa ce n’est pas mon papa !

La petite fille à qui il venait d’annoncer la nouvelle et qui n’était guère plus âgée que lui, répondit :

- je sais, il n’est pas le mien non plus.

- Mais alors ! Tu n’es pas ma sœur ! On va pouvoir se marier !

- ha non c’est dégoûtant !

- bon, d’accord et Napo c’est mon frère ou pas ?

- Bin non, banane, c’est pareil, il a piqué des bouts de cadavres et il a tricoté des enfants avec !

La petite fille très brune avait dit cela durement, malgré son jeune âge elle avait compris assez vite toutes les manigances de son soi-disant papa.

En effet il y avait cela une quinzaine d’années, exactement le 13 mai 2010, à notre dame des victoires à Lisieux, le faux père qui n’en était alors pas un, contemplait ce jour-là, le cortège qui emportait le reliquaire de Thérèse la fameuse sainte. Dubitatif devant la phalange desséchée de Thérèse, il s’était pris à se demander comment la foi venait à vous si vos parents ne vous l’inculquaient pas. Il imagina la petite fille élevée dans un foyer sans religion. Elle était parait-il très sensible, vers quoi se dirigerait alors cette sensibilité ? Au moins de nos jours, ne mourrait-elle pas de la tuberculose…   

Une question en appelant une autre, l’esprit curieux du cynique scientifique lui inspira une idée qu’il trouva géniale. Theo était un chercheur bardé de diplômes dans beaucoup de disciplines, avec son savoir-faire et ses connaissances il lui semblait que rien ne lui était impossible.

 Il n’avait pas rencontré la femme de sa vie car le temps passant, son physique râblais et malsain ainsi que ses manières de vieux garçon rebutait en général la gente féminine. Il échafauda rapidement un plan extraordinaire, il allait se construire une famille. 

S’il restait un peu de substance vive dans les reliques de la sainte il la trouverait.

Ce fut étonnement facile, il lui avait suffi de travailler quelques années au musée et d’attendre une opportunité pour prélever ce qu’il fallait. La réussite fut totale, une petite fille naquit abritée dans une matrice artificielle, Thérèse fut donc la première. L’enfant était charmante et réservée, un véritable petit ange. Les années passèrent, mais le sujet de son étude sur « la foi » ne fut pas réellement approfondi car une nouvelle le détourna de sa réflexion.

En effet, tout recommença quand il appris que l’on avait retrouvé le tombeau de Cléopâtre en Egypte. Son squelette exhibé au musée du Caire, avait soulevé plus de questions que de réponses.  Théo, une fois de plus, se dit que c’était un signe de son dieu personnel Adéhenis, il l’avait créé comme il avait créé Thérèse à partir cette fois du mot même « Acide désoxyribonucléique » en bref, de l’ADN. Ce petit homme ordinaire passait partout dans tous les milieux et se servait tranquillement tant sa personnalité autoritaire empêchait quiconque de s’opposer à ses demandes. Une petite Cléo vit bientôt le jour.

 Enivré par la facilité avec laquelle on lui faisait confiance et le résultat de ses petits vols, il continua avec Ramsès II dont il préleva une dent et enfin Napoléon. Pour ce dernier ce fut plus compliqué et il ne put se procurer qu’une mèche de cheveu détenue par une famille proche des Ramolino la branche maternelle de la famille  de l’empereur, mais heureusement en très bon état. Mais à la vérité, pour cet enfant, une incertitude le gagnait un peu plus à chaque anniversaire. En effet le petit Napoléon s’avérait grand et blond ! Théo se demanda à quel moment il avait pu se tromper…Il avait acheté si cher la mèche de l’empereur à ce corse dur en affaire qu’il se refusait d’admettre qu’il avait peut-être été roulé par se soi-disant descendant de la famille.  

En attendant, le petit Ramdam dérivé de Ramsès le pharaon vainqueur de la bataille de Qadesh contre les hittites,  trouvait que l’information qu’il venait de recevoir était réellement passionnante, il était libre, de faire ce qu’il voulait et dieu sait, s’il avait des idées précises sur la question.  Tout d’abord, il n’y aurait plus de limite de temps pour regarder la télévision, ensuite il voulait visiter le monde et ses secrets, mais pour cela il fallait réfléchir à la manière d’y arriver sans que cela ne lui coute ni argent ni soucis. Il n’était pas idiot et ses petits conciliabules, avec Cléo notamment car Napo n’était pas très futé il faut bien le dire, lui donnèrent à penser que leur papa avait des choses à se reprocher, son petit trafic n’étant ni légal ni moral.

-          Pourquoi nous a-t-il dit la vérité ?

Demanda-t-il à Cléo.

-          Parce qu’il voulait tester nos réactions Connaissant l’histoire de nos ancêtres « les originaux », si tu préfères les illustres pharaons, il voulait voir si cela changerait notre comportement… Il me fait pitié, Cléopâtre l’aurait décapité après l’avoir crucifié au soleil…moi, en tout cas c’est ce que j’aurais fait, des imbéciles avec un peu de connaissances scientifiques quand ils ne font pas des bombes atomiques voilà à quoi ils s’occupent ! C’est sûr que ce n’est pas de leurs cerveaux que sortiront les grandes idées qui changeront le monde. S’il avait eu un peu de véritable intelligence il se serait greffé de l’inspiration.

Cléo soupira mais Ramdam n’écoutait plus, une idée qui venait de germer dans son esprit.

-          Dis-moi, ce qu’il a fait c’est interdit n’est-ce pas ?

-          Je crois, oui on ne peut pas disposer de la vie des gens comme ça, ou veux-tu en venir ?

-          He bien c’est simple, il s’est bien amusé, à notre tour de l’utiliser. J’ai envie de voyager, qu’en penses-tu ? Si nous allions en Egypte ?

Ils en parlèrent à Napo qui n’eut pas le même enthousiasme que les autres il avait en effet une peau très blanche qui supportait mal le soleil, mais il n’émit pas d’objection car il n’était pas très fixé sur ce qu’il avait envie de faire de cette nouvelle liberté. Ils lui expliquèrent qu’il était un dérivé de Napoléon et il en fut vraiment étonné, à douze ans il faisait déjà un mètre soixante-quinze, ses cheveux blond presque blanc n’avait rien de méditerranéen, mais Cléopâtre lui expliqua :

 - Ne t’en fais pas ! Ce grand naze a du se planter dans les prélèvements.

- Sûrement pas !

S’exclama la grand-mère. La silhouette imposante de la mère du savant se tenait  derrière eux l’œil courroucé et la lippe retroussée et haineuse.

-  Mon fils est un ingénieur dans plusieurs disciplines, et le meilleur, il ne peut pas se tromper !

Martela-elle.

 - Tiens mamie, on est venu voir ses petits enfants ! Si ce n’est pas émouvant ça ! Dis donc mémé, t’étais au courant alors ?

- Bien- sûr et ne m’appelle pas mémé malotru je suis la mère d’un génie et toi tu n’es qu’une expérience ! Sans lui tu n’existerais pas ! Je ne sais pas ce que vous manigancez mais je vais aller lui dire de ce pas, qu’il doit se méfier...

La fausse grand-mère tourna les talons et le petit Napo se jeta sur ses jambes dans un placage impeccable. Napo essoufflé par son exploit, en effet basculer quatre-vingt kilos quand on en fait trente-neuf avait nécessité un sacré effort réussit quand même à dire :

- on ne peut pas te laisser partir tu es notre otage.

Cléopâtre s’exclama enchantée :

- Quelle bonne idée !

On ligota grand-maman, elle fut bâillonnée et ensuite on l’a conduisis  vers la remise. Pour cela ils s’aidèrent d’une brouette dont se servait justement mamie à ce moment-là pour transporter ses plants de tomates. A peine la porte refermée ils virent la frêle Thésa qui arrivait.

- Qu’est-ce que vous faîtes mes chéris, le maître se demande où vous êtes.

  - Ma pauvre Thésa, je me suis renseigné, je sais qui tu es.

Dis Cléopâtre.

  - Comment cela ? Je sais qui je suis : Thésa, la femme de ménage de Monsieur.

On mit la jeune fille dans le secret mais aucune larme ne fut versée, Thérèse s’avéra un esprit plein de force, elle lâcha quand même :

-          Quel pourri ! Mais que faisiez-vous ? Grand-mère est là ?

Dit-elle en voyant les plants de tomates écrasés mais leur créateur choisit d’arriver à ce moment-là.

-          Que faîtes-vous là, mais !  Vous chapardez ! Ou est Mamie ?

-          Dans le placard aux outils !

Répondit innocemment Cléo. Elle ajouta :

-          Enfin, je crois qu’elle cherchait quelque chose…

-          Maman, ou es-tu ?

Flairant quelque embrouille le faux père s’adressa à la porte. Pendant ce temps les enfants s’éloignèrent pour finir d’accomplir leur dessein, c'est-à-dire partir pour de longues vacances dans un pays qui pourrait-être le leur.

Le génie délivra sa mère qui affolée lui dit :

-          Il faut les rattraper, ils vont te dénoncer !

-          N’ai pas peur ils ne feront rien je les ai programmé pour ils s’arrêtent à la fin de l’année.

-          Comment ça ils s’arrêtent ?

-          Eh bien oui dans leur génome j’ai installé une petite bombe à retardement, si tu veux ils n’ont plus que quelques mois à vivre.

-          Tous ?

-          Oui enfin non, pas Thésa je n’y ai pensé que pour les petits je me doutais qu’ils seraient peut-être une source d’ennui vu leurs pédigrées…. Laisse-les de toute façon personne ne les croiraient.

Ils s’éloignèrent et quand ils furent loin Thésa qui s’était caché pour voir si la grand-mère allait bien car elle avait bon cœur se releva bouleversée. Elle courut rejoindre les petits. Elle avait déjà décidé de ne rien leur dire.

« Ils vont avoir besoin de moi »  Pensa-t-elle le cœur serré.

FIN

LA JEUNE-FILLE QUI RÊVAIT TROP.

Le vieux toutou s’éveilla de sa sieste débordant de nostalgie sur sa vie passée, avec « nonostalgie » comme aurait pu le dire Capucine qui aimait tant plaisanter. Mais cela s’était juste avant de périr écrasée sur l’autoroute ou l’avaient abandonné ses maîtres il y avait de cela quelques années.

Capucine ne s’était pas fait d’illusions à leurs propos,  elle avait eu la  prémonition de ce qui l’attendait.

- Je sais qu’ils ont mis tous leurs enfants à l’assistance !

 Avait-elle confié un jour à Rico en parlant de ses maîtres.

- Alors tu imagines ce qu’ils vont faire de moi ! Je ne donne pas cher de ma peau…

Rico le vieux labrador toussa un peu à l’évocation de la chienne ratier Capucine, son amie depuis ce fameux jour où il l’avait sauvé de la noyade. En effet, Capucine qui n’avait qu’un seul défaut celui de croire que tout était possible, voulut expérimenter le vol acrobatique.  Voilà donc Cap, qui monte sur le plongeoir de la piscine des voisins et qui s’élance dans le vide opérant une figure plus que périlleuse. Le labrador qui ne la connaissait pas encore entendit le plouf caractéristique d’un corps affolé. S’ennuyant un peu, le brave toutou risqua un œil intéressé au travers de la haie clairsemée des troènes. Il aperçut alors le bouillon furieux d’une bête qui se débattait dans la piscine. Le regret secret de Rico était de ne pas être un terre-neuve, il n’hésita pas une seconde sautant au-dessus de tous les obstacles, il plongea dans l’eau et récupéra le ratier. De ce jour naquit une belle amitié sans nuage jusqu'à ce jour funeste où il apprit la nouvelle de la disparition de son amie. Il soupçonna les vils maîtres de Capucine de l’avoir discrètement occis.

Le temps, bien sûr, finit par atténuer sa peine. Quand un soir, après qu’il ait englouti ses croquettes, Rico sortant dans le jardin pour faire son petit tour quotidien propice à la méditation digestive vit dans l’ombre une silhouette qu’il connaissait bien. La petite chienne s’avançât dans la lumière de la lanterne du jardin et il reconnut, le poil un peu plus gris mais bien vivante Capucine en personne.

-          Mais où étais-tu pendant toutes ces années ? je te croyais morte, écrabouillée sous les roues d’une voiture sur l’autoroute des départs en vacances ! J’avais tant de peine.

-          Ceux que tu appelles « mes maîtres » mais qui ne sont qu’une paire d’infâmes assassins, m’ont effectivement déposé un matin au bord de l’autoroute et se sont enfuient comme deux minables. Mais tu vois il se trouve que j’ai la peau dure. Je me suis frayé un chemin dans cet enfer et je m’en suis sorti indemne. J’ai voyagé ensuite de foyer en foyer et me voilà aujourd’hui.

-          Je suis tellement heureux de te voir, racontes moi qu’as-tu fait de toutes ces années.

      -   Je suis rentré au service d’un couple qui n’aimait pas les chiens et donc, j’ai dû me faire passer pour un chat.

   -  Comment ça, tu travaillais pour eux ?

   -  Oui j’étais chargée de les débarrasser de leurs souris, ils vendaient des graines de toutes sortes pour les commerces de produits biologiques. Je suis un chien ratier et donc ce ne fut pas difficile pour moi le plus compliquer ce fut d’apprendre à miauler.

- Et tu y es arrivé ?

Capucine n’attendit pas que Rico lui demande une démonstration et elle se mit à émettre un horrible cri aigu. Le vieux labrador sentit les poils de son dos se dresser, il posa ses pattes sur ses oreilles pour arrêter le massacre. La petite chienne se tut.

- C’est ça ton miaulement ?

- He oui, ils étaient aussi sourds que myopes et ce fut ma chance. Ils m’ont bien traité et bien que nos relations furent basées sur un mensonge nous nous apportâmes chacun secours et réconfort.

- C’est extraordinaire, mais dis- moi pourquoi es-tu revenu ?

- Ils sont morts, je voulais voir du pays et te revoir mon vieux pépère. Au fait, ce n’est pas qu’ils me manquent mais que sont devenues les deux pourritures qui ont tentés de m’assassiner ?

- Pareil, en plus gras et plus vieux. Ils t’ont remplacé.

- Ha bon et par quoi ?

- Une femme de ménage

Capucine pensa à la pauvre fille qui était devenue le nouveau souffre-douleur de ses ex patrons et elle se demanda à quel moment ils se lasseraient d’elles et surtout ce qu’ils en feraient ensuite…Elle dit :

-          Tu vois ce qui m’inquiète, c’est ce qu’elle va devenir, mes anciens patrons n’étant pas, il faut bien le dire, du genre scrupuleux et je ne suis pas spécialiste mais je ne serai pas étonnée si on me disait qu’ils sont, en plus, un poil sadique.

Un silence pesant suivit ce constat navrant mais pourtant bien réel.

-          Qu’el âge as-tu Rico ?

-          Quinze ans, je crois,

-          Ouah, tu es bien conservé, cela te fait plus des quatre-vingt des années des humains

-          Non !

-          Si je t’assure, je crains que tu ne sois au bout du rouleau mon pauvre, n’aimerais tu pas finir en beauté ?

-          Tu veux dire que j’aille me faire toiletter ? non en fait je n’aime pas trop ça.

Capucine soupira, Rico visiblement n’avait pas envie de comprendre ce à quoi elle faisait allusion. Elle choisit de ne pas le heurter mais une idée venait de germer dans son esprit et elle ne voulait pas la lâcher.

-          Et si nous sauvions la vie de cette petite femme, ne serais ce pas une belle façon d’accomplir notre destinée ?

-          Nous avons un destin ?

La question étonna un peu Capucine qui avait cru un instant qu’il allait répondre plus lourdement. Rico n’était pas un idiot et coquettement elle se dit qu’évidemment ! Elle ne pouvait pas être l’amie d’un imbécile.

-          Nous en aurons un, si nous le décidons, ou nous choisissons de rester des animaux domestiques ou bien nous prenons le risque d’être plus. Quitte ou double ! Et cela peut-être au prix de notre vie…

Cette envolée lyrique plus à Rico mais il ne put s’empêcher de frissonner. Ses maîtres à lui il les aimait bien, mais eux aussi ils étaient vieux et il n’avait vraiment aucune envie de mourir après eux. Après cette intense réflexion qui ne dura pas plus d’une minute il s’écria plein d’enthousiasme :

-          D’accord on va la sauver !

-          C’est bien, comment allons-nous faire ?

C’est Capucine qui avait posé la question

-          Mais je croyais que tu le savais ! c’est toi qui le propose !

-          D’accord je le propose mais je n’ai jamais dit que j’avais le mode d’emploi.

-          Bon, je vais y réfléchir. ..

-          …

Samantha referma le petit cahier sèchement et cria :

-          Rudi ! tu ne sais pas ce que faisait cette petite garce, elle écrivait des conneries sur notre compte, j’ai payé cette salope pour qu’elle nous casse du sucre sur le dos.

Le dénommé Rudi entra dans la pièce en s’essuyant ses mains tâchées de sang sur ses vêtements. Samantha ajouta :

-          Cela dit, elle avait senti le vent venir, je me demande quand même, qui lui a parlé du clebs, c’est toi ?

-          Quel clebs ? Dis donc ! t’es pas un peu givrée tu me parles du ratier ?

-          Bin oui !, on en a jamais eu d’autre que je sache ?

-          Jette moi cette connerie au feu et viens m’aider elle ne rentre pas dans les poches, c’est les guiboles, elles sont trop longues !

-          T’as qu’à les couper, merde !

-          T’es marrante toi ! c’est plus gros qu’un chien !

Elle dit tout bas comme pour elle-même :

-          En attendant je me demande qui va faire notre ménage maintenant…

Sur cette fâcheuse constatation elle quitta la pièce.

Fin…

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