On ne badine pas avec le baba !

le-fond-et-la-forme

Exercice de style

« Balivernes ! il n'y a pas de baba à Rabat ! M'affirma mon ami libanais.

J'en suis encore abasourdi, moi-même ! Jamais, je n'aurais imaginé baver devant un baba à Rabat. Là-bas, je pensais ne me bâfrer que de baklavas et de chorba. Ces barbares à babouches, encore aux balbutiements de la pâtisserie, ne pouvaient fabriquer un baba ! Et pourtant... Flash-back !

Alors que je me baladais dans le bazar, badaud sans bagage évitant balais et babioles, une odeur s'abattit sur moi comme une bactérie sur un abattoir. Elle m'engloba, m'absorba, me bâillonna : un doux parfum de brioche relevé d'une pointe de rhum baguenaudait dans ce bazar de Rabat, impossible de s'en débarrasser.

« Caramba » bafouillais-je, tremblant de toutes mes bacchantes... pas de dérobades, je devais trouver la source. Je bavais par avance de ces futures bacchanales.

Le chemin était balisé : « Au baba baladeur » apparaissait régulièrement le long des méandres du bazar. Plusieurs kilomètres plus tard, j'errais toujours, abattu par la fatigue, enfin, j'atteignais la baraque à babas bariolée.

Je baragouinais, les bras ballants, « un baba, s'il vous plaît ! ».

Le barbu balafré au bar ne chercha même pas à me baratiner, il finit de balayer ma table et m'apporta mon baba. Imperturbable, il le flamba.

Un bachibouzouk avec son bazooka n'aurait pu faire mieux...

Peu importe, il exacerba ainsi mon désir de baba. Celui-ci s'ébattait sur l'assiette dans un peu de rhum.

Je bâillai soigneusement, prêt à accueillir la première bouchée : je le humai, pris la fourchette, et l'enfonçai délicatement dans l'objet de mes désirs. La bouchée se détacha doucement, tendrement, humidement. Ébahi, je la portai à mes lèvres, émis quelques signes cabalistiques... Il était banni de me déranger à ce moment-là. J'ouvrai grand la bouche et reçu avec bonheur le baptême du baba : le sucre, la douceur de la brioche firent sauter les premières barrières, puis le rhum déferla sur mes papilles et fit un barouf du tonnerre jusqu'à mon cerveau... Je bâfrai le gâteau en un instant.

Je bataillai pour retrouver mes sens. Mes neurones batifolaient encore quand je commandai le second... Je me rabâchais pas de bavures, pas de bavures...

Au cinquième, je bavardais avec un bachibouzouk et son bazooka, bazardant toute retenue, racontant bobard sur bobard.

Au dixième, je bambochais sur la table me croyant dans un cabaret de bastringue.

Au douzième, la débâcle atteignait son paroxysme, je déballais tout ! Un éclair de lucidité m'arrêta : cela devenait embarrassant.

Courbaturé, bringuebalant et un peu ballonné, je payai, laissant à mon nouvel ami un bakchich de nabab. Je n'oubliai pas de me faire emballer quelques babas que je trimballe depuis afin de vous les faire goûter.

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