Palimpseste

Raphaël Tayachi

Je me souviens de toi, de nous et puis des autres,
Et d'un amour douillet dans lequel on se vautre,
Ou des chemins heureux transformés en désert,
Comme des jeux à deux il en est que l'on perd.

Il faut savoir mourir ou périr en tentant,
De ne flétrir l'affect étiolé par le temps,
Tant la menace pèse en chaque coin de cœur,
De prétendre au concert en place et lieu du chœur.

Du chant des braises naît sans cesser la mémoire,
Abîmée des cités où résida ton être,
Où ne gît maintenant que l'esclave sans maître.

Où que porte la vue s'échoueront sans façon,
Le rêve et le poème et jusque la chanson,
Jaillis matins et soirs de belle ou sale histoire.

Du vide d'une couche au néant d'une vie,
Avant la lente et morne agonie du jardin,
C'est d'un pas de côté que fuit l'âme soudain.

A cette étrange joie prise en serrant ta main,
Le manque amer et vif succédera demain,
De me sentir tout tien qu'hier déjà ravit.

A la guerre dit-on l'usage offre la veine,
Et les miennes criant tel un seul régiment,
Voudraient lasses bien croire au joli boniment,
Pérorant que s'arrête une bataille vaine.

Les mielleux souvenirs font le pire ennemi,
De qui doit démolir un imprenable for,
Et pourtant voici donc qu'en dépit des efforts,
Je n'oublie rien de tout ce qui toucha ma mie.

Report this text