Pointe-Cigale

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Elle a la pierre nue,

Dure sous les assauts du mistral

Qui siffle en rafales,

Brûlante aux heures où le soleil

Immobilise les jours d’été,

Et flamboyante au couchant

Quand la lumière d’or

L’enveloppe d’une luxueuse étole.

Elle a des parures insolentes,

Façades baroques

Aux lignes cossues

Et tourelle arrogante

S’élançant par dessus les pins.

Heurtant peut-être le bon goût,

Elle invite, théatrale,

A un voyage hors du temps.

Elle a des odeurs chaudes

De bois ciré et de Provence,

De tabac et de bergamote.

Elle distille ses parfums

Tout au long du jour

Comme une horloge olfactive

Si bien qu’on peut deviner l’heure

Même les yeux fermés.

Elle a des chuchotements

De tissus que l’on froisse

Et d’escaliers qui craquent,

Des murmures étranges

S’échappant des sombres greniers.

Et parfois, quand la tempête se déchaîne,

Elle hurle par ses cheminées

Et fait claquer ses volets comme des fouets.

  

Elle s’emplit la journée

De bousculades et de cris enfants

Et respire par ses fenêtres ouvertes

L’air marin ambré de résine.

Elle cache en ses recoins

Des trésors de coquillages

Et garde sur les parquets

Des empreintes de pieds mouillés.

La nuit se déployant de l’Estérel

L’enveloppe comme une caresse.

La terrasse reste longtemps éclairée

Et les papillons, en une danse folle

S’agglutinent autour de la lampe.

Bientôt les portes se ferment

Et le bruit sourd des vagues

S’insinue dans notre sommeil.

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